Confinement et enfance en danger : moyens renforcés et signalements en hausse

Le gouvernement a livré un point de situation sur l'enfance en danger, dans le contexte du confinement. Nombre d'appels au 119, appels transmis aux services de police ou gendarmerie, placement d'urgence en foyer ASE...

Dans un communiqué commun du 22 avril, Nicole Belloubet (Justice), Christophe Castaner (Intérieur) et Adrien Taquet (Protection de l'enfance) livrent un point de situation sur l'enfance en danger, dans le contexte du confinement généralisé depuis plus d'un mois. Les chiffres annoncés confirment la nécessité d'une grande vigilance et justifient la "mobilisation du gouvernement" sur l'impact probable du confinement en termes de violences envers les mineurs. Mais, à la différence de ceux des violences conjugales (voir notre article ci-dessous du 20 avril 2020), les chiffres avancés restent assez difficiles à interpréter.

Les appels au 119 en hausse de 89%...

Dans la semaine du 13 au 19 avril, le nombre d'appels adressés au 119 – le numéro national pour l'enfance en danger – a atteint 14.531 contre 7.674 sur la même période d'avril 2019, soit une augmentation de 89,35%. Mais, comme le précise d'ailleurs le communiqué des trois ministres, "ces chiffres en augmentation constante depuis début avril attestent l'efficacité de la campagne de sensibilisation du gouvernement a? destination du grand public, lancée la semaine du 30 mars 2020 sur l'ensemble des chaines radio, TV et des plateformes en ligne". Cette progression ne correspond donc pas nécessairement à une hausse équivalente des faits de violence.

En revanche, la campagne a eu un impact très net sur le profil des appelants : les appels de mineurs sont en nette hausse, qu'il s'agisse de jeunes se disant confrontés à une situation de danger (+80% sur les deux dernières semaines par rapport à la même période de 2019) ou de camarades (+58%). De même, la part des voisins parmi les appelants a augmenté d'environ 80% ces dernières semaines.

...mais qu'en est-il du nombre des violences ?

D'autres chiffres permettent cependant d'avoir une meilleure approche de la hausse des violences envers les enfants. Les "appels urgents" ont ainsi progressé de 60% depuis le début du confinement. Ces appels urgents sont ceux qui sont transmis en priorité aux cellules de recueil des informations préoccupantes (Crip) des départements. Ils correspondent donc à de fortes suspicions de danger pour les enfants concernés (même si ses suspicions ne sont pas toujours confirmées par l'enquête des travailleurs sociaux du département). Mais le communiqué n'indique pas quel est le nombre de ces appels urgents.

Un chiffre plus inquiétant encore est celui de la hausse de 230% des appels transmis directement par le 119 aux services de police ou de gendarmerie et qui correspondent donc à des situations de danger grave et immédiat, nécessitant une intervention sans délai des forces de l'ordre. Mais, si la hausse est spectaculaire en pourcentage, elle résulte du passage de 8 à 27 appels de cette nature. Enfin le communiqué indique que "92 enfants ont bénéficié d'un placement en urgence pour assurer leur protection depuis le début de la période de confinement", mais sans fournir de comparaison dans le temps. Pour mémoire, on rappellera que les foyers départementaux de l'enfance, qui assurent l'essentiel des accueils en urgence, reçoivent chaque année environ 20.000 enfants (mais qui ne relèvent pas tous d'un accueil en urgence).

Des dispositifs fortement étoffés

Le communiqué du 22 avril rappelle aussi les mesures mises en place pour faire face à la hausse des appels au 119 : recrutement d'écoutants supplémentaires et rappel d'anciens écoutants, recours aux heures supplémentaires, renforcement du pré-accueil qui permet de réorienter certains appels, contribution des associations spécialisées comme l'Enfant bleu ou la Voix de l'enfant... Les résultats de cette mobilisation sont bien au rendez-vous, puisque les capacités d'écoute du 119 en nombre d'heures hebdomadaires ont progressé de 26%, tandis que le taux de décroché est monté à 90% dans la semaine du 13 au 19 avril (au lieu de 80% la semaine précédente).

Enfin, le communiqué rappelle brièvement les actions mises en place par les ministères de la Justice et de l'Intérieur : instructions données aux forces de l'ordre et aux parquets de donner la priorité aux violences intrafamiliales et aux violences envers les enfants, mise en place d'un dispositif de signalement en pharmacie (avec l'Ordre des pharmaciens), renforcement du portail de signalement des violences sexuelles et sexistes... L'Intérieur a notamment constaté une augmentation significative des interventions des services de police ou de gendarmerie à domicile pour des différends familiaux (+48% pour la période du 16 mars au 12 avril 2020), mais cette notion est beaucoup plus large que celle des violences envers les enfants.

Au final, il est vraisemblable qu'il faudra attendre au-delà de la fin du confinement pour avoir une vision précise de son impact sur les violences envers les mineurs. Mais cette incertitude actuelle n'obère en rien les efforts déployés par l'État et les services d'aide sociale à l'enfance (ASE) des départements pour accroître fortement le niveau de vigilance et de mobilisation dans un contexte qui reste très incertain.

 

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