Damien Got (Andes) : "Je souhaite que le sport devienne une politique publique à part entière"

Damien Got, maire de Margès (Drôme), a été élu président de l'Association nationale des élus en charge du sport (Andes) le 8 octobre dernier. Pour Localtis, il revient sur les axes forts qu'il entend donner à son mandat.

Localtis : Dans un communiqué publié à la suite de votre élection, vous évoquez l'ambition de transformer la force de l'Andes en influence. Les élus locaux ne seraient-ils pas assez entendus, notamment par l'État ?

Damien Got : Notamment par l'État, effectivement. On est une association d'élus, d'experts dans le sport, c'est notre thématique. Aujourd'hui, l'État prend des décisions mais on alerte depuis un certain nombre d'années sur la faisabilité des choses et surtout sur la question de savoir qui paie à la fin. C'est bien que l'État amène une vision, mais il faut que celle-ci soit applicable et que ce ne soient pas toujours les collectivités qui se retrouvent à payer. Je rappelle que 80% des financements, ce sont les collectivités. On détient 80% des infrastructures, on paie les fluides, on rénove, on entretient et on finance les associations.

Dans ce même communiqué, vous mentionnez la nécessité de faire remonter la réalité du terrain. Quelle est-elle ?

Il y a la crise du bénévolat, entre autres. Il faudrait un grand plan en faveur du bénévolat, qui pourrait être mené par le CNOSF (Comité national olympique et sportif français). La réalité du terrain, c'est aussi quand on nous dit que l'ANS (Agence nationale du sport) a moins d'argent pour rénover les équipements sportifs alors qu'on nous demande de les ouvrir, de les mutualiser. Quand j'étais adjoint au maire à Romans-sur-Isère, je frôlais les 100% d'utilisation des équipements, les collèges et les lycées jouaient le jeu et tout était ouvert. Il y a donc un manque d'infrastructures criant. On est aussi confrontés, nous collectivités, à un problème de pratique libre auquel on doit répondre. Sur ce point, le plan 5.000 Terrains de sport a été un levier formidable pour l'investissement des collectivités puisqu'il y avait des financements croisés.

Ce plan 5.000 Terrains de sport, qui a coûté environ 100 millions d'euros par an en 2024 et 2025, a constitué un effort au moment des Jeux olympiques, mais au vu de l'état des finances publiques, est-il raisonnable d'espérer de nouveau un tel plan ? 

Je ne sais pas si c'est raisonnable, mais aujourd'hui tout le monde dit que le sport est important, que l'activité physique est importante. On nous demande de mettre en place du sport-santé, de l'éducation par le sport. Il existe plein de dispositifs, mais on n'a pas suffisamment d'infrastructures pour tout recevoir. Alors je ne sais pas si c'est raisonnable dans la conjoncture actuelle, mais il y a peut-être des économies à faire par ailleurs pour les réinjecter dans les équipements et dans la pratique. 

Depuis 2019, l'ANS a mis en place des conférences régionales du sport où siègent des élus locaux. Pensez-vous aujourd'hui que les collectivités pèsent dans les décisions ? 

Non, plus du tout. Je siège à la conférence régionale du sport d'Auvergne-Rhône-Alpes. J'ai trouvé intéressant de créer le projet sportif de territoire (PST), mais aujourd'hui, la déclinaison du PST est axée quasiment sur le seul haut niveau. On a aussi créé les conférences régionales des financeurs, pour voir si les financements correspondaient au développement des territoires, s'il y avait une cohérence. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons mis en place des commissions techniques départementales dans cette conférence régionale des financeurs. On se mettait autour de la table avec les EPCI, les départements, la direction de la Jeunesse et des Sports. Ça se passait très bien, on regardait les demandes, on priorisait telle demande parce qu'un gymnase menaçait de s'effondrer et ainsi de suite. Aujourd'hui, ce sont les préfets qui vont décider. Donner de l'énergie dans toutes ces instances, l'Andes l'a fait, mais aujourd'hui, on se pose la question de savoir si c'est vraiment bien de continuer. 

Dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, l'ANS perd 20 millions d'euros en autorisations d'engagement par rapport à 2026. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

On va continuer à engager encore moins, mais est-ce que l'État va assumer ce qu'il a engagé ? C'est bien de voter un budget, mais il faut le respecter. Depuis 2024, ce sont près de 131 millions d'euros de crédits de paiement qui ont été annulés. Nous demandons simplement à l'État de respecter ses engagements, nous demandons un plan pluriannuel d'investissements clair. Fin 2025, les comptes de l'ANS faisaient apparaître 327,6 millions d'euros de subventions d'équipements restant à payer tous dispositifs confondus.

Dans ce contexte de baisses des subventions publiques, les collectivités doivent-elles se tourner vers des partenariats avec le secteur privé ?

Il ne faut pas se l'interdire, à condition de bien border les choses. Le financement du sport aujourd'hui, il va peut-être falloir le réfléchir autrement. Il faut qu'on se mette autour de la table toutes et tous pour dire ce qui est possible et ce qui n'est pas possible. Et ce n'est pas un gros mot de parler du secteur privé. Tout cela, ça s'écrit ensemble avec les autres associations d'élus, les partenaires privés, les services de l'État pour travailler au modèle de demain, car on voit bien qu'on n'y arrive pas avec le modèle actuel. Avec l'explosion de la pratique libre, on pourrait peut-être travailler sur des sites multi-activités, proposant du tennis de table, du padel, du badminton, du futsal, qui permettraient de répondre à des besoins et pourraient par moment être mutualisés avec le scolaire et les clubs.

Vous avez encore annoncé vouloir renforcer l'animation de votre réseau et le partage de solutions entre élus. Un tel travail a déjà été réalisé par l'Andes ces dernières années. Comment faire mieux ? 

Il y a une continuité. On ne va pas casser tout ce qu'a fait l'Andes. Le travail de Patrick [Appéré, président jusqu'à octobre 2026] et Vincent [Saulnier, secrétaire général jusqu'à octobre 2026] a été reconnu au sein des services de l'État et des fédérations, mais on a besoin de changer de braquet. J'ai connu l'Andes en 2016 et j'ai trouvé ça très bien, mais sur mon territoire, je n'avais pas trop de relais, j'étais obligé d'appeler chaque fois le national. On m'a alors désigné référent départemental. Aujourd'hui, il faut qu'on ait une déclinaison régionale. Il y aura donc douze référents régionaux dans un premier temps pour pouvoir discuter avec les acteurs régionaux mais aussi recruter et consolider des référents départementaux parce que je souhaite qu'on soit proches des problématiques du terrain, parce qu'un territoire rural de la Drôme n'a pas forcément les mêmes problématiques qu'un territoire rural de la Vendée. On a des expériences à partager et ces expériences doivent remonter du terrain. C'est bien qu'on ait une vision, mais il faut aussi porter la vision qui arrive du terrain. Je ne dis pas que ce n'est pas ce qui se passait à l'Andes, mais il faut le renforcer. Il faut qu'on soit plus proches de nos adhérents, et en renforçant le réseau départemental, on sera plus entendus, on mobilisera plus d'élus, plus de communes, et la voix de l'Andes sera encore plus entendue et peut-être encore plus entendable. 

Le mot de la fin ?

Je souhaite réellement que le sport devienne une politique publique à part entière au même titre que l'éducation, l'économie, l'écologie, la sécurité. Tout découlera de ça. Il faut un ministère des sports fort, pas un ministère sous tutelle ou dépossédé de ses moyens. Il y a des gens très compétents dans ce ministère pour engager une réforme et dire : "On doit avoir une rencontre interministérielle avec les acteurs de l'économie, de l'éducation, de l'insertion, de la sécurité, de la mobilité, que chacun prenne part au financement du sport." Tout le monde reconnaît que le sport est un enjeu sociétal, mais on n'y met pas les moyens. Et a-t-on besoin de tous s'occuper de ce que fait l'autre ? Tout le monde veut s'occuper du sport-santé, de l'insertion. Il vaut mieux que chacun ait son pré carré au service du sport et abonde en faveur des politiques sportives plutôt que voir chacun empiéter sur l'autre. Il faut une réelle lisibilité et surtout une simplification.

 

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