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Déconfinement : la Corse reste une île, mais redevient accessible

Un décret paru ce 3 juin vient corriger une erreur publiée deux jours plus tôt, qui avait fait bondir les professionnels de tourisme corse. La Corse sera bien librement accessible.

C'était un – petit – couac dans la phase 2 du déconfinement, mais un décret paru au Journal officiel du 3 juin vient de le réparer. Dans sa rédaction initiale, l'article 10 du décret du 31 mai 2020 "prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire" (voir notre article ci-dessous du 2 juin 2020) – traduction réglementaire des annonces d'Édouard Philippe (voir notre article ci-dessous du 28 mai 2020) – indiquait en effet que "sont interdits, sauf s'ils sont fondés sur un motif impérieux d'ordre personnel ou familial, un motif de santé relevant de l'urgence ou un motif professionnel ne pouvant être différé, les déplacements de personnes par transport public aérien : 1° Au départ du territoire continental de la France à destination de l'une des collectivités mentionnées à l'article 72-3 de la Constitution [l'Outre-mer, ndlr] ou de la collectivité de Corse ; 2° Au départ de l'une de ces collectivités à destination du territoire continental de la France ; 3° Entre ces collectivités". Une disposition supposée s'appliquer jusqu'à la phase trois du déconfinement, et donc au moins jusqu'au 22 juin.

La mesure a aussitôt suscité un tollé, alors que l'apport des touristes (français ou étrangers) arrivant du continent est un enjeu vital pour l'économie de l'île (31% du PIB, contre une moyenne nationale de 7,4%). Pour Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l'Agence du tourisme de la Corse, "rien dans les propos du Premier ministre Édouard Philippe, évoquant la phase 2 du déconfinement, ne laissait présager que la Corse serait placée sous un régime d'exception. Les professionnels du tourisme sont vent debout, ils ne font qu'exprimer leur légitime désarroi". Pour leur part, la CCI et les organisations patronales se disaient prêtes à saisir la justice. La mesure a d'autant plus surpris que les arrivées par ferries sont parfaitement libres. Édouard Philippe a d'ailleurs reconnu, dès le 2 juin, qu'il s'agissait d'une erreur et que la disposition concernant la Corse allait être "corrigée dans le bon sens". C'est chose faite avec le décret paru au Journal officiel du 3 juin.

À la décharge du gouvernement, il faut reconnaître que les acteurs locaux ont envoyé, ces derniers temps, des messages quelque peu contradictoires. Le 18 mai, donc après l'annonce de la phase 1 du déconfinement, des professionnels de santé de Corse (dont les deux conseils de l'Ordre), mais aussi du continent, publiaient une lettre ouverte demandant une "régulation des flux" et "la mise en place de mesures, fortes, humaines, éthiques et déontologiques", sans d'ailleurs préciser ce qu'il fallait entendre par là. De son côté, Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif de l'île, a été plus précis en faisant approuver par l'Assemblée de Corse, au début du mois de mai, un rapport demandant la mise en place d'un "Green Pass" à partir du 23 juin, qui conditionnerait le droit d'entrer en Corse à la présentation d'un test négatif au covid-19 (voir notre article ci-dessous du 25 mai 2020). Après la parution du décret du 31 mai, Gilles Simeoni a aussitôt exigé la suppression immédiate des dispositions en question, tout en confirmant sa demande d'instauration du Green Pass qui, outre de fortes incertitudes juridiques, n'est pas vraiment de nature à inciter les touristes à fréquenter l'île de beauté. Si le gouvernement n'a pas l'intention de donner suite à cette demande, Frank Robine, le préfet de Corse, a néanmoins annoncé à l'AFP, le 3 juin, la présentation très prochaine d'un "package de mesures sanitaires positives et non restrictives", afin de "rassurer les gens qui viendront" sur l'île. On attend désormais la réaction des départements et régions d'outre-mer qui, contrairement à la Corse, ne disposent pas de liaisons maritimes et pour lesquels l'apport du tourisme est tout aussi vital.

Références : décret n°2020-664 du 2 juin 2020 modifiant le décret n°2020-663 du 31 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire (Journal officiel du 3 juin 2020).
 

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