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Déconfinement : quelles pistes privilégier pour les transports ?

Comment se déplacer à nouveau, à la fin du confinement, sans risque d'être infecté par le coronavirus ? La question taraude le monde des transports qui prépare "le jour d'après". La crainte d'une déferlante automobile comme cela s'est produit en Chine est aussi dans toutes les têtes. C'est donc l'idée d'un redémarrage progressif avec toutes les précautions sanitaires d'usage qui se dessine, le vélo pouvant venir en complément des transports urbains dans les grandes agglomérations.

Comment relancer les transports publics au moment du déconfinement sans risque de propagation du coronavirus ? La question fait aujourd'hui figure de casse-tête pour les acteurs du secteur, qui redoutent une déferlante automobile. "On voit ce qui se passe dans d'autres pays. (...) On sait qu'en Chine les gens se sont précipités dans les voitures et sont beaucoup moins présents dans les transports collectifs", remarquait le 15 avril le P.-D.G. de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, lors d'une audition au Sénat. "C'est l'enjeu stratégique majeur : si à la sortie de crise, le grand gagnant, c'est la voiture individuelle, je pense qu'on aura loupé quelque chose", soulignait-il.

Crainte du retour de la pollution

Même crainte de la part de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) : "Un retour massif à la voiture serait catastrophique pour la sécurité routière, l’économie, les budgets publics, la santé et le cadre de vie ; il entraverait la lutte urgente contre le réchauffement climatique", alerte-t-elle dans un communiqué ce 20 avril. En outre, la relance de la pollution atmosphérique liée aux particules fines, issue notamment du trafic routier, augmente la mortalité liée au coronavirus, selon des chercheurs de l'université de Harvard tandis que d'autres scientifiques se demandent même si ces particules peuvent transporter le virus.
Reste que le principal problème pour les transports au moment du déconfinement réside dans le respect des normes de distanciation dans des espaces normalement bondés. En Île-de-France par exemple, disait Jean-Pierre Farandou, "si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100% des trains on ne transporte que 20% de ce qu'on transporte d'habitude... Donc ça ne marche pas !" En termes capacitaires, une mesure de distanciation sociale dans un métro, un tramway ou un bus réduit sa capacité maximale de 60 à 80%. Outre la réponse insuffisante à la demande, il pourrait en résulter un engorgement fâcheux sur le plan sanitaire dans les stations.

Le port du masque incontournable

La SNCF réclame donc le port du masque obligatoire pour tous les passagers, du TGV au RER. La RATP est sur la même position, de même que la présidente d'Île-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, qui demande à l'État d'"imposer le port du masque obligatoire pour les voyageurs, contrôlé par les forces de l'ordre avec verbalisation des contrevenants". Les kiosques des gares pourraient en vendre, selon elle. "Le port obligatoire d’un masque, dès que chacun pourra en disposer, est nécessaire", abonde la Fnaut.
"Par cohérence et exemplarité, tous les personnels des opérateurs de transport public au contact du public, à commencer par les conducteurs et les contrôleurs, devront être tenus de porter également un masque", préconise aussi l'exploitant Keolis.
"Il est probable, s'agissant des transports publics, qu'il soit obligatoire pour les utiliser de porter un masque grand public," lors de la sortie du confinement général de la population, prévu à partir du 11 mai, a déclaré le Premier ministre, Édouard Philippe ce 19 avril, lors d'une conférence de presse consacrée à la situation de l'épidémie.
Parmi les pistes également avancées par le monde des transports, on évoque évidemment un effort accru sur le nettoyage du matériel, mais aussi un filtrage des passagers. D'autant que tous les transports publics, actuellement au ralenti, ne pourront pas repartir normalement à la fin du confinement.

"Remontée progressive de l'offre"

Il faudra "concilier les exigences sanitaires et les contraintes d'exploitation" résume-t-on à la RATP. "Tout le monde imagine une remontée progressive de l'offre en parallèle de la remontée progressive du trafic, avec des incertitudes concernant la disponibilité" du personnel, dont certains membres sont malades ou gardent leurs enfants, note Claude Faucher, délégué général de l'Union des transports publics et ferroviaire (UTP), qui réunit les exploitants français. Pour la Fnaut, "l’offre doit précéder la demande du public". "Les voyageurs étant souvent captifs du transport public, et leur nombre par véhicule diminuant pour éviter leur entassement, la fréquence et l’amplitude horaire des services devront être fortement accrues et des véhicules de grande capacité introduits : bus articulés, trains longs", avance-t-elle.
Pour éviter la thrombose, tous les acteurs sont favorables à un prolongement important du télétravail et à des horaires différés pour répartir les flux dans la journée.

L'alternative vélo

Le salut viendra peut-être aussi du vélo. Bogota, Berlin, New York ou Vienne ont profité de la forte baisse de la circulation automobile pendant le confinement pour aménager des pistes cyclables provisoires en annexant des voies routières. Des agglomérations françaises comme Grenoble, Montpellier, Paris ou Rennes comptent suivre le mouvement pour donner plus de place aux cyclistes et rendre leurs trajets plus sûrs (lire notre article du 16 avril ci-dessous). "Les gens vont avoir psychologiquement du mal à s'agglutiner dans les trams, bus ou métros", par crainte de transmission du virus, relève Pierre Serne, président du Club des villes cyclables, et l'enjeu des aménagements temporaires ne concerne pas que les centres-villes mais aussi "des voiries plus interurbaines ou périurbaines", souligne-t-il, en prenant l'exemple d'hôpitaux excentrés où des soignants vont travailler à vélo.
Pour la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), il est primordial d'installer ces pistes cyclables provisoires sur des axes entiers, pas seulement des tronçons isolés, de les accompagner de parkings à vélo provisoires et d'en installer qui suivent le tracé de lignes de métro. "Il faut vraiment sécuriser les infrastructures" pour que les cyclistes se sentent en sécurité, insiste Olivier Schneider, président de la FUB.
En Île-de-France, où l'usage du vélo a bondi depuis les grèves, il serait possible "de passer de 400.000 à 800.000" personnes à vélo par jour, d'autant que la météo printanière s'y prête, estime la présidente de la région, Valérie Pécresse. Pour y parvenir, elle travaille "avec le RER-vélo", un collectif d'associations qui a imaginé neuf lignes cyclables, jusqu'à Mantes-la-Jolie ou Melun. L'idée est d'"expertiser tout ce qu'on peut faire, très rapidement", a expliqué Valérie Pécresse à l'AFP.
Paris, qui a déjà multiplié les pistes cyclables, compte "favoriser les déplacements domicile-travail" à vélo après le déconfinement, a indiqué à l'AFP l'adjoint à la mairie en charge des transports, Christophe Najdovski. Cela passera par "des aménagements légers, peu coûteux, rapides à mettre en oeuvre, sécurisés et réversibles" sur la chaussée d'habitude réservée aux voitures et aux deux-roues motorisés, poursuit-il. "J'envisage d'aménager provisoirement des axes au-dessus des lignes de métro les plus empruntées... Concrètement, nous voulons doubler les lignes 1, 4 et 13 par des réseaux vélo en surface", a précisé la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans une interview parue dans le Journal du dimanche ce 19 avril, dans laquelle elle présente son plan pour le déconfinement. La métropole de Lyon veut aménager "de nouveaux espaces piétons et de nouvelles pistes cyclables" avec des "modulations possibles en fonction des horaires", dit David Kimelfeld, président de la métropole. Grenoble, Montpellier ou Rennes prévoient aussi d'accélérer leurs plans vélo.

Incitation à s'équiper en vélos

Un autre enjeu est d'équiper les gens en vélos. En plus des primes existantes pour acheter des vélos électriques et des vélos cargo, la FUB défend l'idée d'un chèque de 100 euros pour "financer la remise en état de vélos" qui sommeillent aujourd'hui dans des caves ou de bourses à vélos d'occasion, dans le respect des gestes barrière. Les réparateurs de vélos, qui font partie des commerces prioritaires mais dont beaucoup ont fermé, pourraient rouvrir avant le 11 mai, suggère Olivier Schneider. Enfin, pourquoi ne pas rendre gratuits les systèmes de vélo en libre-service "et les étendre encore plus", suggère Joël Hazan, expert au Boston Consulting Group (BCG), pour qui le maintien du télétravail fait également partie de la solution.

 

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