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Des pistes pour éviter un Anru 3

La communauté professionnelle du renouvellement urbain francilienne s'est réunie les 27 et 28 juin 2019 à la Cité des sciences et de l'industrie (Paris), dans le cadre du Forum régional des acteurs du renouvellement urbain (Fraru) organisé par l'Anru. 

"Comment faire en sorte que mon successeur, dans 20 ans, n'ait pas à relancer un énième NNNPNRU ?" La question, ces derniers temps, obsède Julien Denormandie, ministre du Logement et de la Ville. Il l'a répété ce 27 juin, à la Cité des sciences et de l'industrie, où se sont réunis durant deux jours 500 acteurs du renouvellement urbain francilien, dans le cadre du Fraru 2019 (Forum régional des acteurs du renouvellement urbain) organisé par l'Anru. En tribune comme dans la salle, au niveau national comme sur le terrain, l'enjeu est le même : réussir ce nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), pour qu'il soit le dernier. Et pourquoi pas, soyons fous, que les quartiers prioritaires deviennent des quartiers "comme les autres", que la politique de ville entre enfin dans le droit commun. 

Penser "habitat"

Pour cela, Julien Denormandie pense qu'il faut changer de prisme : penser "habitat" et non plus seulement "logement". Autrement dit : intégrer dans tout projet de renouvellement urbain non seulement l'offre de logement, mais aussi la mobilité, l'école, la sécurité, l'emploi… (voir aussi son intervention lors du Printemps des Territoires organisé le 6 juin 2019 par la Banque des Territoires).
Le ministre a invité les participants du Fraru à relever dans les quartiers Anru ce qu'il appelle un "défi d'excellence", qui pourrait influer les politiques urbaines classiques. Une ambition caressée en son temps par un autre ministre de la ville (voir notre article du 5 juin 2014 Rénovation urbaine - Najat Vallaud-Belkacem invente la "clause du quartier le plus favorisé" pour préfigurer la ville "d'excellence", à la fois "durable", "écologique" et "intelligente").

"L'argent est là"

Chacun ses obsessions. Celle d'Action Logement, et de son représentant au Fraru Jean-Baptiste Dolci, c'est de "faire revenir les actifs dans ces quartiers". D'une part en proposant davantage de logements intermédiaires et de logements en accession sociale ; d'autre part en apportant des équipements publics et notamment des écoles* et des crèches. "L'argent est là, on peut faire de belles choses, la parole est au terrain", a lancé Jean-Baptiste Dolci, vice-président d'Action Logement Groupe, principal financeur de l'Anru.

À l'Anah, l'obsession dans les quartiers Anru, c'est de déployer son arsenal de dispositifs pour s'attaquer enfin aux copropriétés dégradées, jusqu'à présent "grands oubliées du renouvellement urbain". En gardant toujours en tête que, pour beaucoup de ses occupants, ces immeubles aux abords sales, insalubres et dangereux constituent "les derniers lieux où on peut habiter avant la rue", souligne Valérie Mancret-Taylor, directrice générale de l'Agence. Les prix sont si peu attractifs que l'on "peut acheter un logement avec un prêt à la consommation", indique-t-elle. D'où la présence de copropriétaires vivant dans la grande précarité qui, de bonne foi, ne paient pas leurs charges ni ne votent les travaux, ou sont totalement dépassés par les enjeux de sécurité et d'insalubrité, ou encore sont "négligents" parce qu'ils sont bailleurs et n'habitent pas dans les lieux. 

"On voit de plus en plus de marchands de sommeil"

Ces profils constituent, selon Sylvie Froissard, directrice de la Soreqa, la majorité des copropriétaires concernés par les opérations de régénération de l'habitat ancien à Saint-Denis sur lesquelles elle intervient. "On voit de plus en plus de marchands de sommeil", observe-t-elle également, avec les impacts que l'on connait : des loyers qui montent et aucun financement pour les travaux et l'entretien. 
Le maire de Grigny, Philippe Rio, évoque ainsi, dans sa commune, des chambres de 9 m2 loués 500 euros à des personnes qui ne peuvent pas accéder au logement social. Un phénomène qu'il craint se voir développer avec la publication prochaine d'un décret issu de la loi Elan autorisant la co-location à baux multiples. Selon lui, les marchands de sommeil pourraient y trouver la parade à une pratique aujourd'hui illégale. Pour l'éviter, il milite pour que la co-location à baux multiples soit interdite au moins dans les Orcod-IN (opérations de requalification des copropriétés dégradées – d'intérêt national).
Plus généralement, Philippe Rio appelle à "la mobilisation des bailleurs sociaux", convaincu qu'"il y a une place pour l'argent public dans le recyclage des copropriétés".

Associer les projet Anru au Grand Paris Express

Pour le président de l'Anru Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois, les projets de renouvellement urbains franciliens doivent résolument prendre de la hauteur géographique, a minima monter à l'échelle intercommunale. 
Les PRU franciliens doivent aussi s'appuyer sur les deux grandes opportunités de développement régional : l'arrivée du métro du Grand Paris Express et les Jeux olympiques et paralympiques de 2024. "Ce sont bien entendu des projets qui vont durablement transformer la région. Les projets NPNRU doivent y être pleinement associés pour qu’ils bénéficient aux habitants de nos quartiers", a déclaré Olivier Klein.

Les perspectives de Thierry Dallard, président du directoire de la Société du Grand Paris (SGP) sont sans appel : aujourd'hui les habitants de Clichy-Montfermeil ont accès à 300.000 emplois à 45 minutes de chez eux ; avec le tram qui sera mis en service prochainement et le métro du Grand paris Express, ils auront accès à un marché du travail de 3,5 milliards d'emplois.
Le président de la SGP insiste aussi sur l'apport de ce "métro du XXIe siècle" dont l'enjeu, selon lui, est de passer d'une "logique de déplacement vers une logique de reconstruction de la ville sur la ville". Sans que les populations les plus modestes, et les plus précaires, ne se retrouvent évincées hors des quartiers des nouvelles gares, ont rappelé plusieurs intervenants. Olivier Klein y semble particulièrement attaché. Lui dont les parents, a-t-il raconté, "ont acheté en 1966 au Chêne pointu sur deux promesses non tenues : une autoroute et un métro". 

*Voir à ce propos le Cahier pratique "Ecole et renouvellement urbain", réalisé par l'Anru et le CGET, distribué lors du Fraru et disponible en ligne
 

 

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