Jeunesse - Des politiques locales qui butent sur la citoyenneté
Les chercheurs réunis pour les 5e rencontres jeunes et sociétés, du 28 au 30 octobre à Montpellier, avaient un thème de travail équilibré : "Les jeunes au début du XXIe siècle : entre motifs d’inquiétude et raisons d’espérer." Mais pour le sociologue Stéphane Beaud, "on a beaucoup plus de raisons de s’inquiéter aujourd’hui". Deux premières journées d’ateliers et de conférence avaient déjà permis de détailler toutes les crises que traverse la jeunesse actuelle, en Europe et autour de la Méditerranée. Et en clôture de ces rencontres, dans une table ronde consacrée aux "politiques de la jeunesse", Stéphane Beaud a pu assombrir encore le diagnostic pour les jeunes de France – avec des difficultés d’accès nouvelles des milieux populaires aux métiers d’instituteur ou une tendance inédite à l’émigration vers les Etats-Unis ou le reste de l’Europe. Jacqueline Costa-Lascoux, juriste, psychosociologue et psychanalyste, a souligné pour sa part la souffrance de la jeunesse du pays – manifeste par son taux de suicide ou ses conduites à risques – ainsi que sa dépendance – aux parents, notamment, dans un contexte de forte précarité. Et alors que, selon elle, "les politiques publiques sont à la dérive", à force d’oublier leurs valeurs et leurs méthodes républicaines, il reste désormais "une sortie : la démocratie de proximité".
Réalisations
Les collectivités locales, de fait, se démènent en nombre pour la jeunesse. Montpellier, la ville-hôte, a pu en donner l’exemple, avec son adjoint au maire Michel Passet. Le délégué à la jeunesse et à la ville étudiante a énuméré les réalisations menées dans cette cité où plus de 46% de la population a moins de trente ans : un "espace Montpellier jeunesse" proposant documentations et appuis divers, vingt-sept maisons pour tous, des maisons des étudiants, etc.
Co-organisatrice de ces rencontres (1), la région Languedoc-Roussillon a elle-même pu souligner ses efforts dans un livret distribué aux participants : "Aujourd’hui, c’est plus de la moitié du budget du conseil régional qui est consacrée aux 16-25 ans à travers l’ensemble de ses compétences, obligatoires comme les lycées, la formation professionnelle et l’apprentissage, ou choisies comme la prévention santé, le logement étudiant, la culture et le sport."
Au terme de la table ronde, Nicole Belloubet, de l’Association des régions de France (ARF), l’a d’ailleurs rappelé : "L’objet même des politiques conduites par les régions, dans beaucoup de points, concerne les jeunes : éducation, formation, orientation, vie économique, etc. Mais la nouveauté, peut-être, consiste à les labelliser autour d’une vision plus englobante : les politiques de la jeunesse."
Citoyenneté
Toutefois si les collectivités multiplient les politiques en leur direction, il reste encore à les inclure dans la vie politique elle-même. "Il me semble que là, nous sommes un peu en difficulté et un peu en faillite", poursuivait la vice-présidente du conseil régional de Midi-Pyrénées. "La seule réponse que nous apportons est la démocratie représentative", avec notamment les conseils régionaux, ou municipaux, de la jeunesse. Pour sa part, la ville de Montpellier estime elle-même prioritaire "la question du pouvoir et de la citoyenneté", comme le formule Michel Passet. Et plutôt que de décider pour les jeunes, elle entend "leur donner les moyens de réfléchir avec nous". Pensé avec le Conseil montpelliérain de la jeunesse, une "cité de la jeunesse" doit ainsi proposer prochainement des services, mais aussi un accompagnement vers la citoyenneté. Le projet parviendra-t-il à stimuler la participation des moins de 25 ans aux prochaines élections ?
Olivier Bonnin
(1) avec l’association Jeunes & sociétés et le Laboratoire d’études et de recherche sur l’intervention sociale (Leris)