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Design des politiques publiques : des propositions pour aller plus loin

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par
Caroline Megglé pour Localtis
dans

Economie sociale et innovation

Citoyenneté et services au public

Huit mois après avoir lancé des "Assises du design", les ministres de l'Économie et de la Culture se sont vu remettre des propositions pour structurer une véritable "politique du design". Il s'agirait entre autres de pérenniser les expériences en matière de design des politiques locales. Les acteurs, et en premier lieu la Cité du design de Saint-Etienne et la 27e Région, appellent à soutenir des démarches qui partent des territoires, à former et sensibiliser les agents de collectivité comme les étudiants en design. Mais aussi à mener une réflexion d'ensemble, un "travail critique" sur l'usage du design dans la conception des politiques publiques.

"Le design est au cœur de tout", a déclaré Franck Riester, ministre de la Culture, le 11 décembre 2019, alors qu'il clôturait, à Bercy et aux côtés du ministre de l'Économie, les Assises du design. Lancées en avril dernier par les deux ministères, ces Assises ont été portées par un collectif d'acteurs variés – 27e Région, écoles de design, organisations professionnelles, agences régionales de développement économique… Le tout emmené par la Cité du design de Saint-Étienne, que dirige Thierry Mandon, ancien secrétaire d'État à la Réforme de l'Etat et à la Simplification puis à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. 

Le design est un "outil de résolution des grandes problématiques économiques et sociales de notre temps", affirment ces acteurs dans des "Cahiers des assises". Ils mettent en avant l'"innovation par les usages", l'"approche empathique des problèmes" et les "méthodologies collaboratives" du design.

Un foisonnement de méthodes mais "aucune vision d'ensemble"

Contenant des propositions dans cinq directions – intégrer le design dans les politiques publiques ; intégrer le design dans les entreprises ; engager une politique internationale du design ; former au design et valoriser le design –, ces cahiers ont vocation à alimenter "une politique nationale du design ambitieuse", a appuyé le ministre de la Culture. Parmi les outils dont pourrait disposer cette future politique, Bruno Le Maire a évoqué la nécessité de se doter d'une "signature", d'une "marque collective" ou encore d'un "conseil national en France". Autre levier possible pour le ministre de l'Économie : la mobilisation du programme d'investissement d'avenir.

Porté par la Cité du design de Saint-Étienne et la 27e Région, le groupe de travail consacré aux politiques publiques s'est appuyé sur les contributions de quelque 130 personnes, dont des designers, des étudiants, des agents publics et des directeurs d’organisations professionnelles. "Depuis une dizaine d’années, les collectivités territoriales et les services de l’État voient dans le design un outil de transformation de l’action publique", observent les deux pilotes. Toutefois, au-delà de la notion centrale de "qualité d'usage" et malgré l'"effervescence" observée, avec un foisonnement d'expérimentations et des approches diverses – design de service, design numérique, design thinking, UX design… –, "il n’existe aucune vision d’ensemble, ni vraie réflexion sur le bon usage du design appliqué à la conception de politiques publiques". "Un travail critique reste donc à mener", selon la Cité du design de Saint-Étienne et la 27e Région. Cette dernière a accompagné de nombreuses collectivités dans le montage de laboratoires d'innovation ou encore dans le cadre de son programme "Territoires en résidences" visant à expérimenter de nouvelles méthodes d'action publique. Parmi les thèmes abordés au fil de ces projets : les services publics de proximité, l'accueil en mairie, les nouveaux usages de la médiathèque, la création d'une maison de santé, les gares rurales ou encore les lycées.

Pérenniser les laboratoires d'innovation des collectivités

Dans les "Cahiers des assises", quatre propositions sont formulées pour "développer l'innovation par le design dans les politiques publiques". La première : lancer des appels à projets "ascendants" sur le sujet, par opposition à des programmes d'innovation publique plus souvent "descendants" et "plus facilement accessibles aux grands territoires et aux acteurs déjà bien dotés". Coconstruits par les collectivités et les associations, ces appels à projets pourraient permettre de faire émerger des projets reposant sur "une démarche de design répondant à un enjeu majeur identifié par les acteurs de terrain (santé, transport, habitat, énergie, urbanisme, éducation, etc.)".

Autre proposition : pérenniser la trentaine de "laboratoires d'innovation" des collectivités territoriales, en leur apportant les fonds nécessaires. Les acteurs de ce design des politiques publiques plaident également pour la création d'une plateforme de ressources – notamment pour mesurer les effets du design dans les politiques publiques – et le lancement d'un programme de recherche spécifique. Ils appellent par ailleurs à "structurer et développer la formation des designers et la sensibilisation des acteurs publics au design". "Les collectivités territoriales peinent à recruter des designers spécialisés", observent-ils. Entre le design et l'action publique, il y aurait une acculturation et un intérêt réciproques à développer. Selon les auteurs, des designers ont vocation à intervenir, plus souvent qu'aujourd'hui, à un niveau stratégique pour "[soutenir] l'innovation publique".

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