Du périphérique à la métropole : une note relance le débat sur la "Ville du Grand Paris"
Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan propose la création d'une "Ville du Grand Paris" regroupant Paris et les communes de la petite couronne. Publiée le 4 juin, cette note souhaite rouvrir le débat sur l'avenir institutionnel de l'agglomération à l'heure de l'arrivée du Grand Paris Express.
La coïncidence n'est pas fortuite. Alors que les premiers tronçons du Grand Paris Express doivent entrer en service à la fin de l'année, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan remet sur la table une question régulièrement évoquée depuis deux décennies : comment gouverner une métropole de près de sept millions d'habitants dont les frontières administratives ne correspondent plus aux réalités vécues ?
Pour Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, le calendrier donne une résonance particulière à cette réflexion. "Cette note a un intérêt maintenant pour plusieurs raisons. D'abord parce que les premiers tronçons du Grand Paris Express vont ouvrir en 2026. Les transports montrent une réalité du Grand Paris qui dépasse largement Paris et qui est en train de se transformer." L’ancien ministre des Transports pointe également un contexte politique favorable à la discussion. Entre les élections municipales de 2026 et les échéances nationales de 2027, la question métropolitaine retrouve une visibilité. "Dix ans après la création de la Métropole du Grand Paris, il est légitime de s'interroger sur son fonctionnement et sur la façon dont nous prenons les décisions à l'échelle métropolitaine", souligne-t-il. Le document se veut toutefois davantage une contribution au débat, "une boîte à outils", qu'un projet "clé en main" prêt à être transposé dans la loi.
Le diagnostic formulé dans la note est sans détour. Entre la ville de Paris, les communes, les établissements publics territoriaux, la Métropole du Grand Paris, les départements et la région, la gouvernance francilienne apparaît aujourd'hui particulièrement complexe. "Il existe une faible lisibilité des responsabilités publiques et une accumulation de couches administratives", résume Marc Fasan, conseiller au Haut-commissariat. À ses yeux, l'organisation institutionnelle actuelle peine à suivre les transformations de l'agglomération. Les déplacements quotidiens, les bassins d'emploi, les marchés du logement ou encore les grands projets d'aménagement ignorent depuis longtemps les limites héritées du XIXe siècle. "Quand on regarde les grandes métropoles européennes, on constate un décalage entre la ville vécue et la ville administrative. L'agglomération parisienne s'étend bien au-delà des frontières de l'ancienne enceinte de Thiers", observe-t-il. Cette discordance nourrit selon les auteurs de la note des difficultés de coordination sur des sujets aussi structurants que le logement, les mobilités ou la transition écologique.
Une métropole unifiée autour de 40 districts
Pour répondre à ce constat, la note avance un scénario radical : fusionner Paris, les trois départements de la petite couronne et la Métropole du Grand Paris au sein d'une collectivité unique baptisée "Ville du Grand Paris". Cette nouvelle entité regrouperait près de 6,9 millions d'habitants. Les communes actuelles et les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne disparaîtraient au profit d'une organisation articulée autour de quarante districts.
Le choix du terme n'est pas anodin. Les auteurs prennent soin de se distinguer d'une simple extension de Paris intra-muros. "Nous ne reprenons volontairement pas la notion d'arrondissement, qui pourrait donner le sentiment d'étendre Paris en gommant les identités locales. L'objectif est au contraire de préserver un échelon de proximité fort", insiste Clément Beaune. Ces districts exerceraient les compétences de proximité tandis que la nouvelle collectivité récupérerait les attributions aujourd'hui réparties entre les départements, la métropole et certaines structures intercommunales. La carte présentée dans la note n'a toutefois rien de définitif. Les noms proposés pour les futurs districts sont illustratifs et les auteurs revendiquent une démarche ouverte. "Ce n'est pas un kit clé en main. C'est une proposition ambitieuse, assumée comme telle, mais avant tout un point de départ pour nourrir la discussion", explique Marc Fasan.
Vers un maire du Grand Paris élu à l'échelle métropolitaine
Au-delà du redécoupage territorial, la note souhaite mettre en avant "une évolution démocratique" : la création d'un maire du Grand Paris doté d'une légitimité politique propre. L'idée est de sortir d'un système souvent décrit comme une "métropole des maires", où les compromis entre collectivités rendent difficile l'émergence d'une stratégie commune. Les auteurs défendent l'élection d'un Conseil du Grand Paris au suffrage universel direct, chargé ensuite de désigner l'exécutif métropolitain.
L'ambition affichée est double : clarifier les responsabilités et faire émerger un véritable lieu de décision à l'échelle du bassin de vie parisien. La réforme conserverait toutefois certains équilibres institutionnels existants. La région Île-de-France resterait compétente pour les grands enjeux stratégiques, tandis que la préfecture de police ne verrait pas son périmètre modifié. "Il ne s'agit pas d'une proposition agressive ni d'un projet figé. Nous voulons ouvrir un débat serein sur ce que pourrait être le Grand Paris des prochaines décennies", conclut Clément Beaune.