Écoles de la deuxième chance : "Il nous manque entre 60 et 70 écoles pour atteindre une bonne couverture nationale"

Avec 17.917 stagiaires accueillis en 2025 (+4,4%), le réseau des écoles de la deuxième chance (E2C) confirme son rôle dans l'accompagnement des jeunes éloignés de l'emploi. Dans un contexte budgétaire tendu, les résultats d'insertion restent stables, mais les E2C craignent de ne pas pouvoir continuer à se développer autant que les besoins le demanderaient, sur fond de financements des régions fragilisés. 

En 2025, presque 18.000 jeunes ont été accueillis dans les écoles du réseau de la deuxième chance (E2C), contre 17.165 en 2024, soit une progression de 4,4%. Cette hausse s'explique notamment par la consolidation des structures existantes et l'ouverture de nouveaux sites, dont une E2C à Montargis et une implantation à Poitiers. Pour autant, le réseau E2C qui accompagne des jeunes éloignés de l'emploi a indiqué mardi 31 mars 2026 lors d'une conférence de presse craindre de ne pas pouvoir continuer à se développer autant que nécessaire. "Il nous manque entre 60 et 70 écoles pour atteindre une bonne couverture nationale", estime le président d'E2C France, Alexandre Schajer. 

Pour 61% des stagiaires, la sortie est positive

Les jeunes qui intègrent une E2C reçoivent environ 500 euros par mois. Ils sont formés sur la communication écrite et orale, le savoir être ou encore les outils numériques et effectuent des stages. Pour 61% d'entre eux, la sortie est positive, vers des formations diplômantes, des contrats de travail ou l'alternance. Dans le détail : 
- 24% des jeunes accèdent à une formation qualifiante ; 
- 19% à un emploi ; 
- 18% à un parcours en alternance, en progression de 2 points sur un an.

Cette dynamique de l'alternance constitue l'un des faits marquants de l'année. Elle traduit à la fois un renforcement des partenariats locaux avec les entreprises et une meilleure articulation avec les centres de formation d'apprentis (CFA). Au total, 34% des stagiaires ont bénéficié d'une expérience en entreprise durant leur parcours, témoignant du rôle central de l'immersion professionnelle dans le modèle E2C.

"Aujourd'hui, les difficultés viennent surtout des régions"

Si le réseau poursuit son extension territoriale — avec 58 E2C réparties sur 152 sites dans 12 régions et 68 départements — les perspectives de développement sont légèrement bouchées. Plusieurs projets d'implantation, notamment à Aix-en-Provence, en Guadeloupe ou à Vesoul, n'ont pas pu voir le jour faute de financements suffisants.
Au-delà de ces freins structurels, la baisse des crédits alloués aux missions nationales a eu des effets immédiats sur l'activité. 
Rappelons que ces écoles sont financées environ : 
- à 30% par l'État ;
- 30% par les régions ;
- 10% par d'autres collectivités territoriales ;
- 17% par le fonds social européen.
"Aujourd'hui, les difficultés viennent surtout des régions, l'État n'a touché qu'à la tête de réseau, mais pas aux écoles une par une", constate le président d'E2C France, Alexandre Schajer, exprimant "une inquiétude sur un coup d'arrêt au développement" des E2C. 
Dans la région Pays-de-la-Loire, l'avenir de trois écoles est suspendu à des discussions avec le conseil régional, qui a annoncé il y a deux ans l'arrêt de leur financement dans le cadre d'arbitrages budgétaires. Le directeur général d'E2C France, Cyrille Cohas-Bogey, exprime aussi des inquiétudes quant aux financements en Paca ou Nouvelle-Aquitaine.

Dans les E2C le coût d'un parcours est d'environ 6.000 euros

Le profil des jeunes concernés reste a peu près le même que les années passées. En 2025, 78% des stagiaires sont sans diplôme et 90% sans expérience professionnelle. Près d'un tiers (29%) sont issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville et 7% bénéficient d'une reconnaissance de handicap (RQTH). 
L'âge moyen des stagiaires s'établit à 19,3 ans, avec une quasi-parité entre hommes et femmes. Une évolution notable se confirme toutefois : la part des mineurs atteint désormais 32%, en progression continue depuis plusieurs années.

Dans les E2C, "le coût d'un parcours est d'environ 6.000 euros, dans les lycées professionnels c'est le double, 12.000 euros, donc on pense qu'investir dans l'accompagnement des jeunes éloignés de l'emploi c'est un investissement rentable, mais il faut s'en donner les moyens", insiste Cyrille Cohas-Bogey, rappelant que la France compte 1,4 million de jeunes "Neet" ni scolarisés, en emploi, ni en formation. 

Fin 2025 en France, les Neet représentaient 12,9% des jeunes de 15 à 29 ans, selon l'Insee. Un plan d'action européen fixe l'objectif de ramener leur proportion à 9% en 2030.

 

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