Éducation à l'alimentation : une expérimentation nationale pour faire entrer le "bien manger à la française" à l'école
Une proposition de loi du groupe EPR qui vise à créer à titre expérimental un enseignement d'éducation à l'alimentation obligatoire à l'école va être examinée par la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale mercredi 28 janvier 2026, avant un passage en séance publique le 2 février. En toile de fond : des chiffres sanitaires et sociaux inquiétants et la volonté d'ancrer durablement le "bien manger à la française" dans le parcours éducatif.
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Surpoids, obésité, inégalités sociales et territoriales : l'exposé des motifs de la proposition de loi déposée mi-novembre 2025 à l’Assemblée nationale par la députée EPR de Paris Olivia Grégoire et son groupe dresse un tableau préoccupant du rapport des Français à l'alimentation.
Près d'1 adulte sur 2 est aujourd'hui en surpoids, 1 sur 5 souffre d'obésité.
En trente ans, ces taux ont doublé chez les adultes et quadruplé chez les 18-24 ans. Pas étonnant quand on sait qu'à 8 ans, un enfant a déjà consommé davantage de sucre que ses grands‑parents en une vie. Les conséquences sanitaires sont lourdes : les pathologies associées à l'obésité (diabète, maladies cardiovasculaires, troubles métaboliques) représenteraient un coût annuel estimé à 125 milliards d'euros pour les finances publiques.
La fracture est également sociale. L'obésité est quatre fois plus fréquente chez les populations défavorisées, avec des écarts marqués dès l'enfance : 1% d'enfants obèses dans les familles de cadres, contre 6% chez les ouvriers. Certaines régions affichent des niveaux particulièrement élevés, jusqu'à 47% d'enfants en surpoids à Mayotte. À ces inégalités s'ajoute l'évolution des pratiques alimentaires : chez les moins de 18 ans, les aliments riches en sucres dépassent désormais les fruits et légumes dans les apports quotidiens.
Pour les auteurs du texte, ces chiffres traduisent une "perte de repères" et justifient une réponse éducative, en amont, là où les habitudes se construisent : à l'école.
Expérimentation
Le cœur de la proposition repose sur une expérimentation de trois ans, menée dans des académies et collectivités volontaires. À l'école primaire, l'éducation à l'alimentation deviendrait un enseignement structuré et obligatoire, intégré aux programmes existants, avec au moins trois séances par an. Particularité mise en avant : l'articulation étroite avec la restauration scolaire, afin de créer une continuité entre les apprentissages en classe et les repas à la cantine.
Au collège, l'éducation à l'alimentation s'inscrirait dans le parcours éducatif de santé, via un projet annuel obligatoire, élaboré avec les départements et les acteurs locaux.
Au lycée, le dispositif prendrait la forme d'un module expérimental facultatif, en lien avec les régions et les filières de santé, d'agriculture ou de transition écologique.
L'approche se veut pratique : ateliers sensoriels, initiation culinaire, découverte de la saisonnalité, visites de producteurs ou encore sensibilisation au gaspillage alimentaire. Une évaluation intermédiaire est prévue au bout de 18 mois, puis une évaluation finale à l'issue des trois ans, avec remise de rapports au Parlement.
Pour accompagner cette montée en charge, le texte crée un fonds d'action pour l'éducation à l'alimentation, abondé par l'État mais aussi par des contributions privées. Objectif : financer les actions pédagogiques, la rénovation des cantines et la formation des personnels, en priorité dans les communes les plus modestes. Enfin, la proposition de loi renforce l'inscription de l'éducation à l'alimentation dans le code de l'éducation, afin de lui donner un cadre juridique plus lisible.
Le texte sera examiné en commission des affaires culturelles et de l'éducation le 28 janvier 2026, avant un passage en séance publique le 2 février à l'Assemblée nationale. Une première étape pour ce que les promoteurs du texte présentent comme les fondations d'une "éducation à l'alimentation à la française".