Emmanuel Macron souhaite que la France réinvestisse l'aide publique au développement, en crise

Dans son discours aux ambassadeurs, le 8 janvier, le président de la République a pris la défense de l'aide publique au développement (APD), victime "d'attaques indignes", et appelé la France à "réinvestir" cette politique dont il a par ailleurs acté "la crise de financement". Une crise qui n'épargne pas l'Hexagone : les crédits dédiés à cette politique ont été fortement rabotés depuis 2024 et devraient encore l'être en 2026. Jusqu'aux coupes budgétaires, l'investissement des collectivités, lui, n'a pas faibli. Du moins si l'on tient compte de l'aide aux réfugiés, plus que jamais prépondérante.

À l'occasion de son intervention devant les ambassadeurs de France, le 8 janvier, le président de la République a pris la défense de l'aide publique au développement, dénonçant les "attaques indignes et contraires aux intérêts mêmes de la France" dont est selon lui l'objet cette politique. Pour mémoire, l'APD avait été l'an passé vivement critiquée par la députée européenne Sarah Knafo (ENS). 

Une politique "en crise"

Le président de la République n'en a pas moins acté "la crise de l'aide publique au développement" : "Force est de constater qu'il y a une crise de financement", a-t-il déclaré, considérant que "le retrait massif américain et les difficultés financières de beaucoup d'Occidentaux créent une situation de stress". Un mouvement qui n'épargne d'ailleurs pas la France (lire notre article du 7 avril). "Au total, entre la loi de finances pour 2024 et la loi de finances pour 2025, les crédits de la mission ont diminué, à périmètre constant, de 28% en autorisations d'engagements (AE) et de 35% en crédits de paiement (CP)", constatait à l'automne dernier la commission des finances du Sénat. 

Un appel à un "réinvestissement", qui se heurte aux contraintes budgétaires

"Nous devons nous réinvestir", a lancé Emmanuel Macron aux diplomates, invitant à "aller au bout de ce qu'on a fait avec l'AFD ces dernières années, qui est de penser l'investissement solidaire et durable, et aussi de repenser les mécanismes, de faire davantage avec le secteur privé, d'utiliser davantage les leviers, de réformer la gouvernance des grands acteurs comme on a commencé à le faire mais pas suffisamment vite". 

En termes budgétaires, le mouvement de baisse devrait toutefois se poursuivre en 2026. Dans son rapport précité, le Sénat relevait ainsi que projet de loi de finances initial prévoyait 4,43 milliards d’euros en AE et 3,67 milliards d’euros en CP, soit une baisse respective de 13,6% et de 16,1%. Lors de son audition par la Chambre haute, Amélie de Montchalin avait expliqué cette réduction par "une revue de dépenses dont découlent plusieurs décisions" : l'arrêt du financement des "projets rentables" ; le recentrage de l'action en dehors des Brics, "en particulier la Chine" (un pays dont le président a par ailleurs dénoncé "l'agressivité commerciale de plus en plus désinhibée", rendant "déjà caduc, pour partie", le rapport Draghi) ; la concentration des efforts sur les enjeux de santé et humanitaires.

L'APD des collectivités se concentre toujours davantage sur l'aide aux réfugiées

Publié le 19 décembre dernier, le rapport annuel 2025 sur l'APD des collectivités en 2024 montre en revanche que cette dernière ne faiblit pas. Après une hausse en 2023, elle "progresse de nouveau en 2024 pour atteindre 199,6 millions d'euros, soit +8,9%". Cette hausse est toutefois "principalement portée par l'aide aux réfugiés" (149 millions d'euros), relève le rapport, laquelle constitue plus que jamais le premier poste budgétaire de l'APD. 

Hors aide aux réfugiés, le rapport relève même que l'APD des collectivités "connaît une première baisse significative de -20%, passant de 63 millions d'euros en 2023 à 50 millions d'euros en 2024". Un montant principalement porté par les régions (18,4 millions d'euros), devant les EPCI et métropoles (10,4 millions d'euros), les villes de plus de 100.000 habitants (9,9 millions d'euros), les départements (9,5 millions d'euros) et enfin les villes de moins de 100.000 habitants (2 millions d'euros).

L’Afrique et l'eau

Toujours hors aide aux réfugiés, le continent africain reste le premier bénéficiaire (26,5 millions d'euros), porté par la coopération avec le Sénégal (5,1 millions d'euros), Madagascar (3,8 millions d'euros) et le Bénin (2,5 millions d'euros). Complètent le podium l'Europe continentale (9,7 millions d'euros) et le Proche-Orient (5,4 millions d'euros). Les dix premiers bénéficiaires concentrent la moitié de l'APD hors aide aux réfugiés. 

L'aide humanitaire est, elle, principalement dirigée vers la Palestine (1,2 million d'euros sur les 2,4 millions d'euros d'aides apportées) et l'Ukraine (1 million d'euros sur un total de 1,6 million d'euros d'aides).

L'eau et l'assainissement (10,6 millions d'euros) reste le principal secteur d'intervention.

 

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