En 2023, le nombre de personnes pauvres réduit d'un tiers par la redistribution mais des inégalités en hausse

Avec un volume global de 1.271 milliards d'euros de prélèvements sur les ménages et de 1.337 milliards d'euros de transferts, soit "au prix d'un endettement public", les mécanismes de redistribution sont encore puissants en France, selon des données de l'Insee et de la Drees publiés le 16 avril 2026. En 2023, le taux de pauvreté et les inégalités ont toutefois été moins réduits que les années précédentes. 

Si le taux de pauvreté a augmenté en 2023 pour atteindre 15,5% en France métropolitaine (soit 9,8 millions de personnes en-dessous du seuil de pauvreté fixé à 60% du revenu médian, c'est-à-dire moins de 1.288 euros pour une personne seule, voir notre article), il aurait atteint 21,7% (soit 13,8 millions de personnes) en l'absence de redistribution par les prestations et les impôts directs. "Cela représente une baisse de près d’un tiers du nombre de personnes pauvres", selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, ministères sociaux), qui a publié le 16 avril 2026 des séries longues (2012-2023) sur la pauvreté avant et après redistribution, le niveau de vie et la décomposition du revenu des ménages. 

Transferts en espèces et en nature réduisent la pauvreté et les inégalités 

En toute logique, "l’effet de la redistribution sur le taux de pauvreté est particulièrement marqué" pour les catégories les plus touchées par la pauvreté : les familles monoparentales en premier lieu ("- 21 points pour celles avec au moins 2 enfants"), les adultes inactifs non retraités (- 13 points), les personnes handicapées de 15 ans ou plus (- 12 points), les familles nombreuses ("- 11 points pour les couples avec 3 enfants"), les enfants et jeunes de moins de 20 ans (- 11 points) et les chômeurs (- 10 points).

"Jointes à la fiscalité directe, les prestations de solidarité contribuent à réduire fortement les inégalités de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres", souligne la Drees. En effet, "en 2023, les 20% des individus les plus aisés ont un niveau de vie en moyenne 4,5 fois plus élevé que les 20% les plus modestes, mais ce rapport serait de 8,3 sans les transferts sociaux et fiscaux". 

À ces "transferts en espèces" (prélèvements directs, pensions de retraite, prestations familiales, minima sociaux), s'ajoutent des "transferts en nature" liés à la santé, l'éducation, le logement (aides au logement, chèque énergie) et l'action sociale (petite enfance, handicap, dépendance…) qui "réduisent fortement les inégalités de revenu", selon l'Insee qui a également publié une analyse sur les revenus des ménages le 16 avril 2026. 

Un creusement des inégalités en 2023 

"Bien qu’atténuées par les transferts sociaux, les inégalités se sont creusées" en 2023, avec un ratio entre le RDB (revenu disponible brut) moyen des 20% les plus aisés et celui des 20% les plus modestes passé de 4,1% en 2022 à 4,4% en 2023. Cela du fait notamment de "la fin des mesures exceptionnelles au pouvoir d'achat" (expliquant une "hausse modérée" de 2,6% des prestations monétaires pour les 40% les plus modestes) et des revalorisations des pensions de retraite en juillet 2022 et janvier 2023 (ayant contribué à une hausse de 7,6% des prestations monétaires pour les 40% les plus aisés, avec une "augmentation relative de la part des retraités dans cette catégorie"), décrypte l'Insee. 

Si la redistribution rehausse le "niveau de vie élargi" des ménages (indicateur plus large prenant en compte quasiment l'ensemble des prélèvements obligatoires et valorisant les services publics rendus à toute la société), c'est "au prix d'un endettement public" puisque "les pouvoirs publics prélèvent moins qu'ils ne redistribuent", met en évidence l'Insee dans une autre analyse publiée le même jour. Au total, la redistribution publique en 2023 a conduit à 1.271 milliards de prélèvements sur les ménages et à 1.337 milliards d'euros de transferts au bénéfice de ces ménages (398 milliards d'euros de pensions de retraite, 194 milliards de prestations sociales en espèces, 506 milliards de "transferts en nature individualisables" et 242 milliards de "dépenses collectives" qui sont "réparties quasi uniformément selon le niveau de vie usuel des ménages"). 

Revenu des ménages pauvres : une hausse du poids des retraites et autres pensions 

À partir des données de la Drees, on observe que l'effet de la redistribution est un peu moins marqué en 2023 que dans les années 2012-2019 où le taux de pauvreté avant redistribution était supérieur (entre 21,8 et 22,3% selon les années) et le taux de pauvreté après redistribution inférieur (entre 13,8% en 2013 à 14,8% en 2018) à celui de 2023. 

Concernant l'évolution de la composition du revenu des ménages pauvres, la part de revenus d'activité a baissé (de 37,7% en 2012 à 36,3% en 2023), de même que celle des prestations sociales non contributives et de la prime pour l'emploi (de 39,5 à 36,4%), tandis que la part des revenus de remplacement et pensions a augmenté (de 27 à 32%, ce qui correspond à une légère diminution du poids des revenus du chômage et des préretraites et à une hausse de six points des retraites, pensions d'invalidité et pensions alimentaires) – ce qui est cohérent avec le vieillissement de la population. 

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis