En Île-de-France, des formations sociales face aux ruptures de parcours
En Île-de-France, les formations sociales peinent à attirer et à retenir leurs étudiants, malgré des besoins de recrutements élevés. La région et les organismes de formation cherchent à remédier à ce problème.
© Unaforis) et Adobe stock/ Colloque organisé par Unaforis
En Île-de-France, les formations franciliennes aux métiers du social sont à la peine. Les établissements comptent moins d’étudiants que de places disponibles, malgré la mise en visibilité des cursus via Parcourssup. En 2024, 366 candidats ont été admis en cursus d’assistant de service social pour 445 places, selon l’Institut Paris Région. Et avec les abandons en cours de formation, seuls 52% des étudiants inscrits en 2020 ont obtenu leur diplôme d’assistant social trois ans plus tard, contre une moyenne nationale de 71%.
La région Île-de-France cherche donc les bonnes voies pour stopper l’hémorragie dans ce métier ou encore celui d’éducateur de jeunes enfants ou d’éducateur spécialisé. Et ce, dans un contexte contraint sur le plan budgétaire. Il ne s’agit pas d’ouvrir des places mais de "diplômer plus". "Les étudiants doivent être informés, motivés, et l’appareil de formation doit délivrer une formation de qualité à un coût soutenable", prévient Catherine Ladoy, directrice des formations sanitaires et sociales au conseil régional, lors d’un colloque organisé le 4 février dernier à la région Île-de-France par l'Union nationale des acteurs de la formation et de la recherche en intervention sociale (Unaforis)
Erreurs d’orientation
Depuis plusieurs années, les établissements composent avec un public plus jeune à plus fort risque de décrochage. En cause : des erreurs d’orientation, liées à la méconnaissance du secteur. Dans ce contexte, l’étape du stage se transforme souvent en moment critique. C’est à ce moment-là que certains étudiants peuvent découvrir qu’ils ne sont pas faits pour ce métier ou faire l’expérience de conditions de travail trop difficiles. "Un stage bien vécu, c’est une augmentation de la motivation. Un stage mal vécu, ça peut être une cassure, un abandon des études", rappelle Christophe Ribeiro, vice-président de la Fédération nationale des étudiants en milieu social.
Pour prévenir les ruptures, l’exercice d’un stage ou d’un bénévolat avant l’orientation semble être efficace. "On s’est aperçu que si les gens avaient fait au moins un stage [avant leur inscription], ils restaient plus souvent en formation", observe l’ancien directeur général de la Fondation ITSRS, Eric Marchandet. De la même manière, il observe que l’apprentissage permet de mieux "arrimer" les étudiants à la formation. Le niveau académique doit lui aussi être souvent travaillé, d’où une enveloppe régionale supplémentaire de 180.000 euros visant à reprendre les bases.
Passerelle avec l’université
De son côté, la région mise sur les "Cordées de la réussite", un dispositif où des représentants d’établissements de l’enseignement supérieur viennent à la rencontre des lycéens pour les aider à bâtir un projet d’orientation. Dans l’Essonne, un établissement de formation au travail social s’implique dans ce dispositif.
Autre stratégie : faciliter les réorientations des étudiants au sein du secteur. Une convention a été signée avec l’université Paris Nanterre pour faciliter les passages des étudiants en licence de sciences de l’éducation vers le parcours "accompagnant socio-éducatif" ou vers les diplômes d’État auxquels préparent les établissements de formation en travail social, et sans perdre leurs acquis. La réforme des diplômes du travail social, censée faciliter les réorientations à l’intérieur de ce champ très large et qui va s’appliquer à partir de 2026, est vue d’un bon œil par la région.
La région cible aussi les demandeurs d’emploi. "On travaille avec France Travail avec la volonté de renforcer l’information et le lien avec les employeurs pour faire découvrir la formation et le métier", souligne Catherine Ladoy, qui parie là encore sur les immersions professionnelles comme outil de réorientation.