Se doter d'une stratégie nationale et former davantage : les solutions de l'Igas pour résoudre la crise du recrutement dans les métiers du soin

Comment briser la spirale infernale de la crise d'attractivité des métiers du social, du médicosocial et du sanitaire ? L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) vient de publier trois rapports identifiant des leviers d'action : l'un sur les tensions de recrutement en général, le deuxième sur les systèmes d'information et le troisième sur la sinistralité dans les métiers de l'autonomie. L'Inspection préconise en particulier la mise en place d'un véritable pilotage de ces sujets, reposant sur un comité interministériel, et le renouvellement du protocole État-régions sur la formation d'infirmiers et aides-soignants supplémentaires. 

Face aux "tensions de recrutement majeures" et à la crise d'attractivité que connaissent les métiers du sanitaire, du social et du médicosocial, comment agir ? Pour éclairer le débat et proposer des leviers d'action, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a publié le 6 février 2026 trois rapports faisant suite à des missions qui ont été conduites entre 2024 et 2025.  

Une insuffisance de personnes formées et diplômées 

Le premier rapport identifie la cause principale de ces tensions de recrutement : un "effet de ciseau entre des besoins en hausse et une offre en baisse", phénomène "à la racine de nombreuses difficultés que rencontrent les acteurs" (fermetures de lits dans les hôpitaux ou les Ehpad, non-exécution partielle de plans d'aide APA, allocation personnalisée d'autonomie, etc.) 

"Le facteur explicatif principal de cette situation est l’insuffisance de personnes formées et diplômées", affirment les inspecteurs, s'appuyant en particulier sur les données relatives aux infirmiers. "Entre 2012 et 2023, le nombre d’infirmières diplômées est passé de 26.447 à 24.215", alors même que la population augmentait de 2 millions d'habitants "dont une part des plus de 65 ans passée de 17 à 21%". Les tensions de recrutement dégradent en outre les conditions de travail, ce qui dégrade l'image de ces métiers et alimente une "spirale négative". 

L'un des deux autres rapports de l'Igas porte sur la sinistralité des métiers de l'autonomie, dont le coût était estimé en 2023 à "20.000 ETP perdus au titre de l'absentéisme ATMP (accidents du travail-maladies professionnelles) soit près de 0,9 milliard d'euros" (en estimation basse). L'Igas formule ainsi des propositions pour mettre en œuvre "une nouvelle stratégie de réduction des risques professionnels". 

22.000 places supplémentaires en formation sanitaire et sociale à créer d'ici 2028 

L'Igas retrace l'historique des rapports et des plans gouvernementaux ayant porté sur cette crise d'attractivité, dont la "revalorisation structurelle mais hétérogène des rémunérations" issue du Ségur et le protocole État-régions ayant permis d'augmenter les places de formation d'infirmiers et aides-soignants. Mais si les objectifs de création de places ont été atteints, les entrées en formation d'aide-soignant n'ont pas augmenté et le taux d'abondon a fortement augmenté en formation d'infirmier, est-il constaté.   

"Avec un taux d’abandon constant, pour maintenir la densité standardisée d’infirmières, il faudrait augmenter le nombre d’entrées en formation de près de 5.000 places, en passant le quota de 39.000 à 43.400 places", évaluent les inspecteurs qui reprennent différentes projections dont une étude inédite de l'ONDPS. Selon cette dernière, 3.000 places supplémentaires de formations d'aide-soignant seraient également nécessaires. 

Quant aux professionnels du grand âge, un enjeu de formation continue est mis en avant. "Il conviendrait enfin de former ou de certifier ceux qui travaillent auprès de personnes âgées dépendantes, sans avoir été formés" : il pourrait s'agir des trois quarts des 144.500 aides à domicile (selon une estimation de 2023) intervenant auprès de personnes âgées dépendantes. Dans les Ehpad, 30.000 professionnelles feraient en outre "fonction d'aides-soignantes". 

L'une des recommandations du rapport est d'élaborer un nouveau protocole État-régions "portant le nombre de places supplémentaires à 22.000 à horizon 2028", avec une répartition "plus objective" des places sur la base de travaux de prospective. 

À court terme, soutenir les "initiatives locales fructueuses"

Pour y parvenir, "une véritable stratégie nationale des ressources humaine" du secteur sanitaire, social et médicosocial doit être mise en place en France, à l'instar de ce que d'autres pays ont développé – sont cités les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou l’Australie. L'Igas préconise de créer un comité interministériel en charge du pilotage de cette stratégie, de renforcer les capacités de prospective via la mise en réseau des différents organismes concernés. 

Le troisième rapport de l'Igas est ainsi entièrement dédié à l'amélioration de la "connaissance des données RH pour structurer une politique d'attractivité des métiers du social". 

Pour trouver des solutions "à très court terme", les inspecteurs recommandent en outre de développer des "initiatives locales fructueuses, telles que les plates-formes des métiers de l’autonomie à condition qu’elles soient bien articulées avec les départements et France Travail". Ces initiatives pourraient être soutenues dans le cadre d'appels à projets de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis