À Caen, des routes à hérissons entre les jardins (14)

Depuis 2021 à Caen, des passages sont créés entre propriétés publiques et jardins privés pour la petite faune sauvage, dont le Hérisson d’Europe. Cette mobilisation en faveur du petit mammifère, simple et concrète, constitue parfois un premier pas vers une prise de conscience et un engagement plus large en faveur de l’environnement et de la biodiversité, pour les habitants, comme pour les agents des collectivités.

En ville, le hérisson profite de l'absence de son principal prédateur, le Blaireau européen, pour arpenter son domaine vital. Chaque nuit, cet animal solitaire parcourt plusieurs kilomètres pour se nourrir, principalement d'insectes, trouver des partenaires, boire ou faire des nids. Tranquille en ville ? Pas tout à fait, car le morcellement des jardins l'oblige à passer par des rues où l'automobile est son principal ennemi, et se mettre en boule pour se protéger ne lui est malheureusement d'aucun secours. « En 2024, des études dans nos pays voisins ont amené à classer l'espèce comme quasi menacée à l’échelle européenne, sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature », indique Nicolas Klatka, chargé de mobilisation citoyenne au Groupe mammalogique normand (GMN), association normande d'étude et de protection des mammifères sauvages.

« Piqu'Caen » : faire exister une règle du PLU

« Nous travaillons depuis longtemps avec le GMN, autour de plusieurs espèces de mammifères », souligne Aurélien Régné, directeur espaces verts et biodiversité à la ville de Caen, qui, chaque année, met à l'honneur un animal totem. « Le hérisson est arrivé à l'occasion de réflexions sur un atlas de la biodiversité communale, qui n'a pas abouti. Et notre Plan local d’urbanisme avait inscrit une obligation de maintenir des passages pour la petite faune dans les cœurs d’îlot verts. On s'est dit qu'il était intéressant d'élargir le sujet à toute la ville. » En 2021, la ville et le GMN lancent la création de passages par une opération de participation citoyenne : recherche d'un nom, création d'un logo, conception d'un passage en contreplaqué en forme de hérisson, fourniture d'abris à hérissons pour les premiers volontaires... « Piqu'Caen » est né.

Chaque habitant volontaire mobilise ses voisins

Financé au départ via un appel à projet de l'Office français de la biodiversité (OFB) et une subvention de la ville de Caen, le GMN embauche alors un chargé de mission sur l'opération à raison d'un jour par semaine. « Dans les communes qui conventionnent, je réponds à la sollicitation de chaque particulier volontaire, en visitant son jardin, explique le chargé de mission du GMN. J'explique les solutions pour faciliter le passage des hérissons, charge au volontaire d'aller motiver ensuite ses voisins. » Une fois ceux-ci convaincus, rendez-vous est pris pour créer les passages : de simples trous sécurisés dans un grillage ou un carottage de 15 centimètres de diamètre dans le mur mitoyen. Une petite pancarte signalétique « Route à hérissons, laissez passer » est ensuite installée sur chaque passage créé. Les participants peuvent aussi fabriquer un logo hérisson dans un fab-lab local : « C'est joli, ça contribue à l'acceptabilité ». Un mois après la création, le GMN installe enfin un piège photographique pour vérifier l'utilisation du passage.

80 % des passages sont empruntés par des hérissons

Le GMN a suivi 80 passages créés : 80 % de ces passages ont montré une fréquentation du hérisson. Au-delà des particuliers volontaires, les services de la ville de Caen se sont aussi mobilisés en identifiant des parcs municipaux où existaient des obstacles au passage du hérisson. « C'est à la marge, car ils sont peu grillagés, souligne le directeur des espaces verts. Cependant, l'accès aux cimetières est un vrai sujet : ce sont des espaces intéressants à connecter dès lors que l'on n'y utilise plus de produits phytosanitaires. » Un stade et un jardin d’hôpital ont aussi été reliés, des cours d'écoles également. « Le hérisson est une belle mascotte pour communiquer auprès du grand public, mais également pour sensibiliser nos collègues en interne, qui n'ont pas tous été formés à jardiner en faveur de la biodiversité. »

Un projet qui prend de l'ampleur

Mis en avant par les médias locaux et nationaux, le projet a vite pris de l'ampleur avec des demandes provenant de nouvelles communes, prêtes à conventionner. En 2023, le projet s'est élargi à l'échelle régionale, prenant le nom de « Piqu'en Ville » avec une montée en charge du chargé de mission et l'implication de bénévoles. À l'échelle de la communauté urbaine de Caen la mer, treize nouvelles communes ont conventionné, la communauté urbaine ayant décidé de subventionner le programme pour les plus petites d'entre elles. Depuis 2021, plus de 500 passages ont ainsi été créés à Caen la mer, dont la moitié à Caen, connectant 590 jardins privés ou municipaux. Le programme fonctionne bien auprès des propriétaires de maisons avec jardins privés, les bailleurs sociaux commencent à participer, lors d'opérations de rénovation de leur patrimoine. Les copropriétés privées sont plus lentes à s'engager. La communication et la mobilisation des habitants passent notamment par des fêtes ou animations nature : « Des occasions qui nous permettent de collecter de belles listes de nouveaux volontaires », souligne le chargé de mission du GMN.

Lier les interventions avec les trames vertes

Le projet n'a qu'un coût limité pour les communes impliquées (100 euros par jour d'intervention du GMN). Ployant sous les sollicitations, le GMN commence désormais par demander une carte des trames vertes aux communes candidates : « Cela nous permet de mieux cibler des interventions vraiment utiles et une communication en direction des particuliers proches de ces axes », souligne le chargé de mission. L'association réfléchit aussi à faire évoluer le projet pour inclure des particuliers résidant dans des communes qui n'auraient pas signé de convention. Enfin, le GMN prévoit également de suivre la présence des hérissons, avant et après installation des passages avec un protocole scientifique qui devrait conforter « Piqu'en Ville ».

L’opération en chiffres

  • 514 passages créés à Caen la mer (pour moitié dans la ville de Caen), qui connectent 590 jardins privés et parcelles communales. Près de 80 nouveaux jardins sur la liste des volontaires, en attente de la réalisation des passages
  • 13 communes de Caen la mer ont conventionné avec le GMN
  • 100 euros par jour d'intervention facturé aux communes conventionnées. 3 communes sont engagées pour un forfait annuel de dix jours. La communauté urbaine prend en charge le coût pour les dix « petites communes » volontaires, via une subvention de 10 000 euros par an
  • Près de 200 000 euros sur trois ans (2023-2025) : coût global du projet « Piqu'en Ville » à l'échelle Normandie, financé en très grande partie par le Fonds Vert, du mécénat, du financement participatif et les subventions des collectivités. Le lancement initial à Caen en 2021-2022 a bénéficié de fonds de l'Office français de la biodiversité
  • ¾ temps d'un chargé de mission au Groupe mammalogique normand consacré à ce projet à l'échelle régionale

Communauté d'agglomération Caen-la-Mer

Nombre d'habitants :

285877

Nombre de communes :

48
16,rue Rosa Parks
14000 Caen

Aurélien Régné

Directeur espaces verts et biodiversité

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