À Châteauroux, les habitants sont accompagnés pour enrichir leur opinion (36)

Depuis plus de vingt ans, l’Université du citoyen de Châteauroux participe à former des habitants à la citoyenneté. Son but : les amener à prendre la parole sur les questions d’intérêt général, de façon structurée et argumentée. 

Le « vivre-ensemble », ressassé comme une évidence à laquelle chacun serait sommé d’adhérer, voilà qui n’est pas dans l’esprit de l’Université du citoyen de Châteauroux. Lors de sa 56e assemblée plénière, en mars 2025, la thématique « Le vivre ensemble : mission possible ou casse-tête » était certes choisie, mais son traitement consistait d’abord à en interroger la faisabilité et à imaginer les solutions de sa mise en œuvre. 

« L’Université du citoyen est une instance de participation, dont l’objectif est de former les habitants les plus éloignés de la citoyenneté, afin qu’ils puissent passer du sentiment d’en avoir marre à une prise de parole collective, force de propositions », explique Virginie Iparraguirre, chef de service Insertion et solidarité au centre communal d’action sociale (CCAS) de Châteauroux. 

Ateliers le matin : constats et propositions

Comme chaque assemblée plénière, celle consacrée au vivre-ensemble débute le matin par des travaux organisés en ateliers. Chaque atelier compte au plus une dizaine de participants, afin que chacun puisse prendre la parole et exprimer son point de vue. De nombreux sujets ont été évoqués : la nécessité du respect mutuel, du dialogue, de l’ouverture d’esprit. Mais également la tendance des jeunes à l’isolement, l’usage des réseaux sociaux et le repli dans des univers virtuels. Les participants constatent aussi le développement des incivilités. Ils en appellent à des solutions qui peuvent paraître simples, mais sont fondamentales : faire preuve de solidarité, d’empathie, sourire aux autres, dire bonjour. La création ou l’investissement de lieux neutres pour se rencontrer, par exemple des cafés ou des centres socioculturels, est appelée de leurs vœux. Parmi les freins soulignés par les participants émergent l’individualisme, les différences culturelles et religieuses, le handicap ou l’homophobie. Les écarts entre les générations et les inégalités socio-économiques sont également perçus comme des freins au vivre-ensemble.

Habitants, élus et professionnels

Deux animateurs, salariés et bénévoles, encadrent chaque atelier, aident les participants à s’exprimer, à écouter le point de vue de l’autre et à produire une synthèse collective. Lors de la plénière de l’après-midi, des participants, devenus porte-parole, restituent la synthèse. Les thèmes sont rediscutés avec des intervenants locaux qui travaillent sur le sujet de la plénière. « Interviennent ainsi des sociologues, des psychologues, des géographes ou d’autres professionnels, qui sont à l’écoute des habitants, apportent leurs points de vue et répondent aux questions des participants », explique Virginie Iparraguirre. Ils sont souvent interpellés par la vision globale des habitants. Au cours des dernières années, de nombreux thèmes ont été abordés, tels que l’illettrisme ou le surendettement, sujets qui ont obtenu un grand succès, avec plus d’une centaine de participants. La parentalité a aussi beaucoup intéressé les Castelroussins, au point d’être plusieurs fois traitée en assemblées plénières. Des thèmes tels que l’égalité hommes femmes, l’accès aux droits ou la santé ont également été au programme. « La mobilisation des habitants est très variable, selon les sujets abordés, remarque Virginie Iparraguirre. Par exemple, l’assemblée consacrée à l’addiction, un problème très sensible, personnel, voire intime, n’a pas mobilisé les foules. »

Les trois assemblées plénières annuelles sont préparées par le collectif de l’Université du citoyen, qui est porté par le CCAS de Châteauroux et composé d’une quinzaine d’animateurs : des habitants bénévoles, des membres du CCAS, d’associations comme le Secours catholique, la Ligue de l’enseignement, les centres sociaux ou le conseil départemental. Pour chaque plénière, ils organisent trois réunions de préparation.

Quel impact sur la vie publique ? 

Cette participation citoyenne sur des sujets d’intérêt général a-t-elle un impact sur la décision publique ? « Ce n’est pas l’objectif de notre université, répond Virginie Iparraguirre, mais les habitants ont une expertise basée sur leur vécu et sur les réflexions qu’ils construisent en participant aux ateliers et aux plénières. Des élus comme des professionnels des sujets traités sont invités et présents à la plénière de chaque assemblée et peuvent donc se nourrir des réflexions et des souhaits des habitants. Un compte rendu leur est adressé. Notre but est de donner confiance aux habitants et de les rendre capables de défendre efficacement leurs projets auprès des collectivités et des institutions. » Et s’il y a une preuve que ça marche, c’est que l’on retrouve dans les conseils citoyens et les conseils de quartier plusieurs des habitants des quartiers prioritaires qui ont fréquenté l’Université. « C’est un grand bonheur de voir ces habitants souvent éloignés de la citoyenneté participer à ces instances de démocratie locale, qui leur permettent de s’impliquer dans la vie de leur quartier et de leur ville », se réjouit Virginie Iparraguirre.

Un budget alimenté par plusieurs financeurs

Le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Châteauroux porte la gestion administrative, le budget et coordonne les travaux de l’Université du citoyen. Le budget annuel de 6 000 euros est cofinancé par la ville, la Caisse d’allocations familiales, Châteauroux métropole, le département de l’Indre, l’État et le CCAS, soit 1 000 euros chacun. Il couvre les dépenses pour les repas du midi, le défraiement des intervenants et le petit-déjeuner. À cela, il faut ajouter le temps des agents et des élus qui s’impliquent dans les travaux de l’Université.

Les assemblées plénières ont réuni au maximum 110 habitants, 37 au minimum, avec une moyenne sur vingt ans de 70 participants. 

Châteauroux Métropole

Nombre d'habitants :

74700

Nombre de communes :

14
1 place de la République
36 000 Châteauroux

Virginie Iparraguirre

Cheffe de services insertion et solidarité, au centre communal d’action sociale

Voir aussi

Découvrez nos newsletters

  • Localtis :
    Propose un décryptage des actualités des collectivités territoriales selon deux formules : édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques.

  • Territoires Conseils :
    Recevez tous les quinze jours la liste de nos dernières publications et l'agenda de nos prochains rendez-vous.

S'abonner aux newsletters