Dans le Dévoluy, une station de ski démantelée dans les règles de l’art (05)

Confrontée à un manque d'enneigement chronique, la station de ski de la Céüze, au nord-ouest de Gap, a fermé. La communauté de communes Buech Devoluy a organisé le démontage des infrastructures de manière à favoriser la réinstallation de la biodiversité et ouvrir le site à un tourisme quatre saisons.

Avec ses vingt-cinq pistes et ses huit téléskis, la station de ski de la Céüse a été la première station civile des Hautes-Alpes. Créée en 1938, développée dans les années 1950, prise en charge par la communauté de communes Buech Dévoluy (CCBD) en 2015, c'était la station « familiale » du secteur. Perchée entre 1 500 et 2 000 mètres d'altitude, elle se situe sous Super Dévoluy, sa voisine, qui grimpe à 2 500 mètres. Mais le changement climatique a eu raison de la Céüse, et le démontage des infrastructures de ski a commencé fin 2025. « Certes, les habitants sont tristes de sa disparition, mais il n'y a eu ni levée de bouclier, ni ressassement », note Olivier Moënard, directeur général des services (DGS) de la CCBD.

Une vision partagée : démonter de manière vertueuse

Après plusieurs hivers sans neige, un projet avorté de neige de culture et aucun candidat pour une délégation de service public, les élus de Buech Dévoluy ont acté la fermeture de la station fin 2020. « La concertation locale s'est faite sans heurts avec une vision partagée : il fallait démonter de manière vertueuse cette station située dans un espace naturel remarquable, dont une zone Natura 2000, et surtout, éviter le phénomène de station fantôme », explique le DGS. Pour penser ce démontage exemplaire, la communauté de communes s'est entourée de spécialistes, dont l’association Mountain Wilderness, qui accompagne la transition des espaces de montagne dans le respect du vivant, le Conservatoire botanique alpin et le réseau Natura 2000. « Nous avons aussi associé les services de l’État pour les autorisations environnementales, ajoute le DGS. Mais nous n'avons pas trouvé d'équivalent ailleurs pour nous inspirer. »

Limiter l'impact sur la biodiversité

Avec ces spécialistes et après un diagnostic faune flore, la CCBD a rédigé un cahier des charges de démontage, afin de limiter l'impact sur la biodiversité. Plusieurs espèces protégées sont en effet présentes sur site : des plantes, comme le panicaut épine-blanche, ou encore le genêt radié, plusieurs papillons hébergés par la gentiane croisette... La période la plus propice pour le démontage est l'automne, du fait du peu d'activité touristique et pastorale, de sols secs et d'un dérangement plus limité de la faune et la flore. L’enlèvement des infrastructures suit un protocole précis : découpage puis enroulage des câbles hors site, pour ne pas détruire la flore. Sciage des pylônes métalliques à ras, sans dessouchage des massifs de béton, que l’on recouvre ensuite de terre locale. Le cahier des charges préconise aussi des modalités strictes de transport des matériaux retirés : par voie terrestre pour la partie basse, via les pistes existantes de l’ancienne station, par les airs pour le haut du site. Le survol des hélicoptères est contrôlé par un plan précis. Enfin, les sols sont remis en état. Avant la destruction du bâti, on aura pris soin de déplacer les éventuels chiroptères qui y logent. Les éléments retirés sont ensuite revalorisés en centre de tri. « Nous avons aussi organisé la récupération préalable de certains équipements qui pouvaient servir aux stations voisines : poulies, tire-fesses, gare de départ, signalétique… », ajoute le DGS.

Suivi par un écologue

Une fois les financements accordés et les prestataires retenus pour les travaux, la comcom a missionné un écologue pour suivre les travaux et veiller au respect des préconisations environnementales. L'opération de démontage a démarré à l'automne 2025. Prévue pour durer quatre à cinq semaines, elle a dû être interrompue à mi-chemin à cause de la météo. « Nous devons désormais attendre l'automne 2026 pour finaliser l'opération », précise le DGS. En fin de chantier, aucune plantation n'est prévue ; la nature devrait reconquérir d'elle-même les sites. S'il reste des stigmates après deux ans, le conservatoire botanique prévoit toutefois de répandre des semences locales pour aider à la restauration du milieu naturel. « Notre objectif initial était d’atteindre une forme d’exemplarité et de constituer un modèle de référence, d’autant que peu de chantiers de cette envergure ont été réalisés jusqu’à présent dans les Alpes », ajoute le DGS, qui rend hommage à sa prédécesseure, Julie Mazet, qui a mené en grande partie ce projet.

Un devenir en débat

Si l'opération de démantèlement prend du temps, du fait des choix vertueux opérés et des contraintes météo, elle se déroule pour l'instant sans difficulté particulière. Seul écueil : le recours contentieux de l'unique propriétaire de cet ancien terrain de jeux, qui attaque la collectivité pour avoir mis un terme à la convention d'occupation du domaine et au versement de la redevance afférente. Quant au devenir du site, il est aujourd'hui piloté par le tout nouveau conseiller délégué au massif de la Céüse, Frédéric Rey, nouveau maire de Mateyer, la commune principale du massif. Les grands bâtiments de la station vont faire prochainement l’objet de rénovation par leurs propriétaires (une colonie de vacances et deux hôtels), l'ancien bâtiment de pied de piste pour les remontées mécaniques pourrait, demain, servir d'accueil touristique. « Le massif est déjà reconnu pour la randonnée, l'escalade ou le ski de randonnée », souligne le DGS. Les premiers à explorer ce devenir seront des étudiants marseillais, qui vont confronter leurs idées lors d'un hackathon.

Le projet en quelques chiffres

  • 8 télésièges et 6 bâtiments à démonter
  • 114 000 euros HT : opération de démantèlement, financée à 40 % par le département des Hautes-Alpes et à 40 % par la région sud, dans le cadre d'un contrat station.
  • La CCBD prend le solde de 20 % à sa charge, auquel s'ajoutent 8 200 euros HT pour le suivi environnemental des travaux, entièrement à sa charge.
  • 8 000 euros devraient être économisés par la communauté de communes, grâce à la revente du métal retiré du site

Communauté de communes Buech Devoluy

Nombre d'habitants :

9928

Nombre de communes :

20
7 rue de la Tuilerie
05 400 Veynes
accueil@ccbd.fr

Serge Eysseric

Président

Olivier Moënard

Directeur général des services

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