Dijon Métropole déploie l’autoconsommation collective à grande échelle (21)
Comment l’autoconsommation collective devient-elle une réalité dans un quartier populaire des années 1960 ? À Dijon, Fontaine d’Ouche s’est transformé en moins de six ans en un territoire à énergie positive, où les habitants consomment des watts produits localement.
© Cœur_de_Prod
« Nous voulons assurer la plus grande indépendance énergétique et la décarbonation de notre territoire, avec l’adhésion des habitants », affirme François Rebsamen, président de Dijon Métropole. Ce projet de réhabilitation de grande ampleur d’un quartier populaire a séduit la Commission européenne début 2020. Sélectionnées à l’automne de la même année dans le cadre du programme européen Horizon 2020, Dijon et Turku (Finlande) conduisent le projet Response (integRatEd Solutions for Positive Energie and reSilient CitiEs) jusqu’en septembre 2026. Les deux villes pilotent un consortium de 53 partenaires européens. Dans la capitale des ducs de Bourgogne, dix bâtiments de logements, deux groupes scolaires et des équipements sportifs vont, grâce aux financements européens, être rénovés thermiquement, équipés de 4 500 panneaux solaires et de dispositifs de suivi, pour mesurer production et consommation d’énergie. Résultat : plus de 2 000 MWh/an d’électricité produite (118 % des besoins du quartier), dont 90 % sont consommés localement, dans plus de 30 bâtiments. Le tout représente une réduction de 75 % des émissions de CO2. Le projet visait à inciter les habitants à s’engager dans la démarche et ce pari est en passe de réussir.
Une mobilisation exemplaire des habitants
Dès 2021, un collectif d’ambassadeurs, recrutés parmi les habitants, est formé pour expliquer aux locataires du quartier les travaux, innovations et bénéfices attendus de cette opération. Le programme comprend : la rénovation thermique des bâtiments, l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toitures de leurs immeubles et les pergolas des parkings en voirie. La sensibilisation est ensuite menée par des jeunes en service civique, qui disposent d’une grande maquette, exposée dans le quartier. En parallèle, la nouvelle Gazette, Ça Avance, est distribuée à tous les habitants. Elle est complétée par un jeu de rôle : Dessine ton quartier à énergie positive, qui glisse les habitants dans la peau des concepteurs de l’opération. Enfin, au début la saison de chauffe, des médiateurs de l’association Pimms Médiation (Points d’information médiation multi services) vont à la rencontre des locataires pour parler d’autoconsommation et expliquer les bons gestes du quotidien, un aspect primordial du projet.
L’autoconsommation, indicateur d’adhésion
Un accord collectif est rapidement signé avec les locataires des deux bailleurs sociaux pour appliquer l’autoconsommation aux parties communes. L’objectif de réduction des charges est atteint en 2026. Pour les contrats individuels, cela prend du temps. « Les habitants ont la possibilité d’appuyer sur un bouton-poussoir sur leur compteur lorsqu’ils sortent de chez eux pour réduire leur consommation », souligne François Rebsamen. Ce geste participe à un système d’apprentissage collectif et de prise de conscience des locataires, afin que l’écologie puisse être synonyme, pour eux, de sécurité, de confort et de pouvoir d’achat. D’une centaine en mai 2025, à l’inauguration, les locataires signataires d’un contrat d’autoconsommation collective sont passés à 221, un an après. Et leur nombre augmente chaque mois. Les difficultés d’adhésion portent sur la lisibilité des économies sur la facture d’électricité. En cause : la multiplicité des opérateurs, la volatilité du prix de l’énergie et le manque de recul, après moins d’un an de fonctionnement.
« Il faut que les fournisseurs d’énergie communiquent mieux », déclare Grégoire Ensel, directeur de l’innovation de Grand Dijon Habitat. Un audit auprès des locataires est prévu pour analyser leur perception et collecter les doléances. Les campagnes de « recrutement » se poursuivront au-delà de la fin du programme européen, en septembre 2026. D’ores et déjà, les habitants mesurent le confort de logements mieux isolés et les gains sur leur facture, de l’ordre de 10 %, soit environ 50 euros/an.
Piloter l’énergie du quartier
« Ce n’est pas une juxtaposition d’innovations mais un projet d’ampleur, reproductible à l’échelle d’un quartier politique de la ville de 10 000 habitants », rappelle Carmen Munoz-Dormoy, directrice d’EDF Bourgogne-Franche-Comté. 80 innovations ont été testées. Ainsi, un système de management de l’énergie optimise production et consommation. Un dispositif de stockage journalier permet de fournir l’énergie en début de soirée, lors du pic de consommation quotidien. Un tableau de bord en ligne partage ces informations avec tous les partenaires, notamment les bailleurs sociaux, et répartit l’autoconsommation et les flux d’énergie entre les clients. Enfin, avec sa plateforme climat air énergie, Dijon Métropole suit l’évolution de la consommation par type d’énergie et la diminution effective des émissions de gaz à effet de serre. Cette plateforme a été élargie à l’ensemble du territoire de Dijon Métropole qui souhaite, avec EDF, la développer davantage, pour la proposer à d’autres structures. À commencer par les 17 intercos voisines.
Chiffres clés
- Budget global : 36 millions d’euros
- Financements :
- Commission européenne : 6,23 millions d’euros,
- Ville et Métropole : 13,7 millions d’euros,
- Grand Dijon Habitat et Orvitis : 16,7 millions d’euros)
- 618 logements, 24 bâtiments, 1 100 locataires, 600 usagers des écoles
- Energie : 2 000 MWh/an d’électricité photovoltaïque (118 % des besoins du quartier), 2 200 MWh/an de chaleur renouvelable (Réseau de chauffage urbain)
- réduction de 75 % des émissions de CO2
- réduction de 80 % de la consommation de gaz fossile
- réduction de 40 % de la consommation d’énergie par rapport à 2019
Dijon Métropole
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François Rebsamen
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