Le Val pratique le « courtvoiturage » au quotidien (83)
Dans le Var, la commune du Val a choisi la mobilité solidaire pour faciliter le déplacement de ses habitants isolés et éparpillés dans ses hameaux – jeunes ou plus âgés. Elle s’appuie pour cela sur la plateforme Atchoum et un réseau de conducteurs solidaires.
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Depuis plus de trois ans, les habitants de Le Val ont pris l’habitude de faire appel au « courtvoiturage » : du covoiturage pour des déplacements sur de courtes distances. Une communauté de conducteurs solidaires, parmi les habitants de la commune, assurent ces trajets. La mise en relation se fait par l’intermédiaire de la plateforme Atchoum. Ce service se charge également de la gestion des plannings et du défraiement des conducteurs.
En pratique, le demandeur commence par contacter la plateforme (par téléphone, via internet ou à sa permanence) afin de faire sa demande (date, heure, trajet). La plateforme mouline pour faire circuler la demande au sein de la communauté des conducteurs solidaires. « En général, il y a toujours quelqu’un qui se rend disponible, surtout si la demande n’est pas pour le jour même », explique le maire Jérémy Giuliano.
Le centre communal d’action sociale en copilote
Le centre communal d’action sociale (CCAS) a passé convention avec la start-up Atchoum pour lancer ce « courtvoiturage ». « La commune n’a pas de compétence transport, qui relève de l’intercommunalité, mais le Centre communal d’action sociale peut, dans le cadre de ses aides facultatives, développer un service de mobilité solidaire », explique le maire.
Les courses se payent par des tickets. Le CCAS en achète un stock chaque année à la plateforme. Qu’il distribue ensuite, en fonction des besoins et des urgences sociales. Par exemple, une maman qui doit se rendre à l’hôpital, un jeune suivi par la mission locale qui a besoin d’être véhiculé pendant une semaine, etc.
Les personnes peuvent aussi aller directement acheter des tickets dématérialisés en ligne ou se rendre à la maison Le Val Service où un agent de la plateforme Atchoum assure une permanence. C’est ce ticket qui est donné au conducteur qui assure la course. Il n’y a donc aucun échange d’argent. Les conducteurs sont en revanche indemnisés par la plateforme, en fonction des kilomètres parcourus, selon un barème qui prend en compte l’usure du véhicule, le prix de l’essence, etc.
Une centaine d’usagers
La configuration de la commune - un cœur de village de mille habitants et plus de trois autres mille éparpillés dans les hameaux et quartiers résidentiels - fait que sans voiture il est difficile de faire grand-chose. Cela explique que près de 5 % des habitants utilisent le service. Particulièrement des personnes âgées et des jeunes sans permis, ni voiture, ni scooter. Le nombre de kilomètres cumulés sur l’année atteint 16 000. La grande majorité (80 %) des déplacements répond à des besoins du quotidien, pour aller faire des courses dans la ville voisine de Brignoles, aller chez le docteur, etc. D’autres l’empruntent pour des déplacements plus lointains, jusqu’à la préfecture, à Draguignan, à une quarantaine de kilomètres, voire à l’aéroport.
« En voiture Simone » avait préparé le terrain
« En voiture Simone », était le nom du service de transport à la demande que la commune avait lancé avant le Covid. Un service qui reposait sur un agent municipal, et permettait, moyennant réservation 24 heures à l’avance, de planifier des trajets trois après-midi par semaine, sur le seul territoire de la commune. « Cela a si bien marché, que nous avons été obligés de fixer une limite d’âge, au-dessus de 65 ans, pour répondre aux demandes qui nous semblaient les plus nécessaires. Mais cela a créé des frustrations », explique le maire.
Au lancement d’Atchoum, « En voiture Simone » a continué à rouler quelques mois, jusqu’au départ en retraite de l’agent. « Cela a permis de faire la transition entre les deux formules », observe le maire. « En voiture Simone » a ainsi joué le rôle à la fois de révélateur du besoin, et d’amorçage des futurs usagers d’Atchoum.
Une locomotive pour le lien social
Pour le maire, ce « courtvoiturage » participe à rompre l’isolement de personnes, notamment des plus âgées. Qu’elles aient recours au service en tant qu’usager ou qu’elles y participent en tant que conducteur solidaire. Beaucoup de conducteurs sont en effet de jeunes retraités qui ont envie de rester en activité et se sentir utiles. S’il est « assez facile d’identifier les personnes qui peuvent avoir besoin de ce service, en faisant des réunions publiques et en faisant tourner l’information par les canaux habituels, c’est plus difficile en revanche de trouver des conducteurs acceptant de s’inscrire sur une plateforme et de recevoir des sms pour une course le lendemain », reconnaît le maire.
Au 30 juin 2026, pas moins de 159 passagers étaient enregistrés comme usagers. Depuis mars 2026, l’équipe de conducteurs bénévoles tourne à cinq personnes, un « bon niveau » pour assurer les courses selon le maire.
La mairie s’appuie beaucoup sur le tissu associatif. Car les premières réunions publiques n’ont permis de pré-identifier qu’une poignée de conducteurs. « Le bouche-à-oreille est la meilleure façon de faire tourner l’information, parce que les gens se connaissent et sont susceptibles de savoir qui pourrait trouver un intérêt à rejoindre la communauté », explique le maire, attentif à ce que le « courtvoiturage » soit « greffé » à chaque manifestation municipale. Qu’il s’agisse d’un repas des aînés, une fête de village, des représentants de la communauté Atchoum sont invités à venir témoigner. « Progressivement, cela permet d’élargir le cercle », assure le maire. À condition d’être patient. Deux à trois années auront été nécessaires pour que le service atteigne le bon niveau.
Aujourd’hui, « la communauté Atchoum fait partie d’un nouvel écosystème qui se renforce et se nourrit, organiquement. C’est comme cela que l’on recrée des liens », apprécie l’élu.
Des liens que le CCAS, la mairie et Atchoum prennent soin d’entretenir, en réunissant deux fois par an les usagers et les conducteurs, autour d’un barbecue avec des remises de prix symboliques. Aujourd’hui, Atchoum a même pignon sur rue. Le service vient d’ouvrir sa propre Maison de la Mobilité, face à la mairie.
1,25 euro la course
Pour la municipalité, le coût d’abonnement à la plateforme Atchoum est de 2 554 euros par an. S’y ajoutent 343 euros pour l’impression des tickets
Le CCAS prend en charge une cinquantaine d'euros de trajets/an pour aider les bénéficiaires sur des déplacements particuliers (rendez-vous médicaux, France Travail, formations…)
En dehors de ces situations, pour les usagers du « courtvoiturage », le prix d’un ticket pour un trajet est de 1,25 euro
L’indemnité des conducteurs varie suivant le nombre de kilomètres parcourus. En deçà de 10 kilomètres, le bénévole reçoit un forfait de 3,75 euros par trajet, au-delà s’ajoute 0,38 centime par kilomètre.
Commune du Val
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