Rezé : le dispositif territoires zéro chômeur en vitesse de croisière (44)

À Rezé, l’entreprise à but d’emploi l’Amarrez s’est donné un objectif ambitieux : la création de 100 emplois d’ici 2029. Elle mise pour cela sur sa capacité à adapter l'emploi aux personnes et à fédérer les acteurs locaux.

En 2021, Rezé s’engage dans la démarche Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD) et devient membre de l’association TZCLD. Le cœur du projet est le quartier prioritaire Château, dont la population connaît un taux de pauvreté de 38 % et un taux de chômage de près de 50 %. Près de 850 personnes sont éloignées de l'emploi, sur ce secteur qui compte 6 200 habitants. L’expérimentation veut donner accès à un emploi digne à tous les habitants qui en sont durablement privés, en mettant leurs compétences au service de besoins non pourvus localement. Pour cela, le dispositif TZCLD facilite le maillage entre les partenaires et crée un espace de coordination essentiel autour des questions d'emploi. « TZCLD est un dispositif innovant favorisant l’égalité des chances, précise Pierre Quénéa, vice-président de Nantes Métropole, en charge de la politique de la ville. Il permet aux acteurs de l'économie, du social et des institutions de travailler ensemble, de créer de nouvelles collaborations en remettant l’humain au cœur de l’économie. » En mars 2025, la ville de Rezé est officiellement habilitée Territoire zéro chômeur de longue durée. À la clé : des financements pour ouvrir une entreprise à but d’emploi (EBE)

Un accompagnement de proximité

Près de 60 volontaires sont engagés dans la démarche Territoire zéro chômeur de longue durée et réalisent un travail de terrain. Ces personnes durablement privées d'emploi mettent leurs compétences au service des besoins non pourvus localement. L'une des actions phares est la tenue de permanences, tous les mardis matin, au centre socioculturel de Rezé, où l'on vient « parler travail en buvant du café ». Une démarche d'« aller vers » et de porte-à-porte est déployée pour rencontrer les habitants. L'équipe d’appui anime aussi des ateliers collectifs de dynamisation à destination des volontaires. Pour chacun des participants, les trois objectifs principaux sont de construire son projet professionnel, développer ses compétences et découvrir des solutions d'emploi adaptées, notamment dans l'entreprise à but d'emploi (EBE).

Création d’une entreprise à but d’emploi

Depuis avril 2025, l’Amarrez emploie 15 salariés en contrat à durée déterminée. Jusque-là, ces personnes étaient en privation durable d'emploi (c’est-à-dire sans emploi depuis plus d’un an). L’équipe d’appui est constituée de quatre personnes. « L’entreprise à but d’emploi Amarrez apporte une solution aux personnes pour qui l’accompagnement vers l’emploi réalisé par d’autres structures n’a pas abouti », témoigne Annie Hervouet, conseillère municipale en charge de la politique de la ville et élue du quartier Château à Rezé. Le Comité local pour l'emploi (CLE) est l’organe central de gouvernance du dispositif TZCLD sur le territoire de Rezé. Son rôle est de fédérer l'ensemble des acteurs locaux : associations, acteurs institutionnels, entreprises.

Le droit à l’emploi

L’EBE a pour mission d'embaucher sans sélection, en contrat à durée indéterminée (CDI) de droit commun, et à temps choisi. L'objectif est ambitieux : créer 100 emplois durables d'ici 2029. La particularité du dispositif ? Toutes les personnes recrutées sont des volontaires engagés dans la démarche TZCLD. « Afin de faciliter leur retour à l’emploi, leur temps de travail est adapté à leurs compétences, à leurs contraintes familiales ou de santé, tout comme les missions qu’elles effectuent », explique Ludovic Ducuing, chargé de projet TZCLD à Rezé. Plus de 60 % des personnes employées sont reconnues comme travailleur handicapé. « Les personnes souffrent de troubles musculosquelettiques et d’impacts sur la santé mentale, souvent liés à des accidents professionnels. Les freins à l’emploi peuvent résider aussi dans la mauvaise maîtrise du français, des difficultés liées à la garde d'enfants pour les familles monoparentales, le manque de compétences numériques ou la déqualification de personnes étrangères dont le diplôme n'est pas reconnu. » Le succès du projet de l’Amarrez tient à sa capacité à adapter l'emploi aux personnes. C’est le cas pour les postes d'agents polyvalents : les horaires sont calés sur les contraintes des salariés, comme les horaires d'école. Les activités et les bureaux de l’EBE sont situés à proximité du quartier du Château, ce qui lève les freins liés à la mobilité. 54 % des salariés de l'EBE avaient par le passé pris part à des dispositifs d'insertion, sans avoir trouvé un emploi durable. Un parcours qui vient confirmer que l'EBE apporte une solution aux personnes pour lesquelles les critères du marché de travail sont inatteignables. « Le projet a un impact profond sur les participants, qui retrouvent non seulement un emploi, mais aussi le pouvoir d’agir. » 

Trois pôles d’activités

L’Amarrez répond à des besoins non couverts par les opérateurs privés du territoire, comme le veut la loi. Dans un local de 1 500 m² mis à disposition par la Métropole, l’EBE développe des activités non concurrentielles de services aux entreprises et aux collectivités. La palette est vaste : revalorisation de consommables pour l’industrie aéronautique, préparation du bois pour construire des vélobus, aide à l’orientation en magasin pour les clients à mobilité réduite d’une grande surface, lavage intérieur des véhicules des collectivités… À ces activités, vient s’ajouter un projet de revalorisation des tenues professionnelles et équipements de protection individuelle textile, en cours de déploiement. Enfin, au cours de l’année, une recyclerie spécialisée en petite enfance devrait voir le jour au cœur du quartier Château.

Rapprocher le monde économique et le monde social

Des petits-déjeuners sont animés avec les entreprises de Rezé pour les amener à réfléchir sur la façon d’adapter les emplois. « Les entreprises sont intéressées pour mettre en place des engagements Responsabilité Sociétale des Entreprises, mais peu accueillent des salariés, précise le chargé de projet. Or, de nombreux employeurs ont des besoins non pourvus. Il s’agit d’une méthode de gestion prévisionnelle des emplois sur le territoire. »

Mixer recettes et contribution au développement de l’emploi

Le modèle économique de l'EBE repose en partie sur ses propres recettes, liées aux activités commerciales. Ces entrées couvrent entre un quart et un tiers des besoins. Autre source de financement : la Contribution au développement de l’emploi (CDE), un cofinancement État-département, qui réaffecte les dépenses liées au chômage de longue durée. « Le modèle repose sur un principe fondamental : l'activation des dépenses passives liées au chômage de longue durée, précise le chargé de projet. L'objectif est de démontrer qu'il est possible de proposer un emploi à durée indéterminée et à temps choisi aux personnes durablement privées d'emploi, sans surcoût significatif pour la collectivité ».

Zoom sur le budget

Préparation du territoire pendant trois ans

– Métropole : 25 000 euros par an

– Rezé : 25 000 euros

 

Préfiguration EBE 

–Métropole : 50 000 euros

 

Financement de l’Amarrez

– Près de 20 % des recettes sont issues de la vente de produits et services, 72 % contribution au développement de l'emploi (CDE) et dotation d'amorçage, 8 % autres (subvention activité innovante de réemploi, contrat de ville…) 

– Deux postes en animation du projet financés par Nantes Métropole (50 000 euros), le Fonds social européen (FSE) (50 000 euros) et la ville de Rezé (3 000 euros).

 

 La Contribution au développement de l’emploi (CDE) est cofinancée par l'État et le département de Loire-Atlantique

– Le montant total de la CDE en 2025 s'élève à 23 621,60 euros par équivalent temps plein (ETP) et par an, soit 109 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC).

– L'État prend en charge un montant compris entre 53 % et 102 % du SMIC brut horaire par ETP. Pour 2025, la part État a été fixée à 95 % du SMIC brut horaire par ETP, soit 20 540,52 euros/ETP/an.

– Le département contribue à hauteur de 15 % minimum du montant de la part de l’État. Pour 2025, la contribution minimale du département s'élève à 3 081,08 euros par ETP et par an.

Nantes Métropole

Nombre d'habitants :

700869

Nombre de communes :

24
2 cours du Champ de Mars
44 000 Nantes
contact@nantes-metropole.fr

Commune de Rezé

Nombre d'habitants :

43556
Place Jean-Baptiste-Daviais
44400 Rezé
administration@mairie-reze.fr

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