Sur l'Oudon, des terres agricoles pour tempérer les crues (49-53)

Le système de protection mis en place sur le bassin versant de l’Oudon vise à stocker l’eau en période de fortes pluies. Des vannes permettent de diriger l’eau vers les terres agricoles qui sont, occasionnellement, inondées. 

Le bassin versant de l'Oudon est un territoire qui présente un risque d'inondation hivernal important. Les syndicats responsables de la gestion des cours d’eau ont donc choisi de mettre en place un système de protection dès les années 2010, en partenariat avec la profession agricole. « La ville de Segré avait subi de fortes inondations, plusieurs hivers consécutifs, avec des dégâts importants, explique Régine Tieleguine, directrice du syndicat bassin de l’Oudon. Nous avons imaginé un dispositif basé sur deux types d'ouvrages : des vannes qui s'abaissent pour diriger l’eau vers des terrains agricoles, uniquement en cas de crue, et du stockage dans des plans d'eau existants ». L’objectif est de parvenir à stocker six millions de mètres cubes d’eau. Ainsi, lors d’un épisode de crue trentennale, au moment du pic de crue, la mise en route du dispositif doit permettre de soustraire trois millions de mètres cubes d’eau, abaisser le niveau d'eau de 50 centimètres, et éviter des dommages importants dans la commune de Segré.

Un dispositif négocié avec la profession agricole

Le stockage sur plans d'eau privés visait à abaisser préventivement le niveau d'eau l'hiver pour pouvoir ensuite stocker l’eau en cas d'épisodes pluvieux. Les 19 retenues temporaires sur terrains agricoles devaient être équipées de vannes. Abaissées en période hivernale, ces dernières devaient permettre d’agrandir le champ d'expansion de la crue sur une parcelle préalablement identifiée. « Les élus souhaitaient maintenir au maximum l'usage agricole de ces terres, se rappelle la directrice. Et la loi Bachelot de 2003 sur la prévention des risques, en partie assise sur nos travaux, nous a apporté l'outil juridique adapté, avec la création de la servitude de surinondation. » Doté de ce nouveau cadre juridique, le territoire a donc travaillé de concert avec les Chambres d'agriculture du Maine-et-Loire et de la Mayenne afin d'établir un protocole d’accord.

Deux types d’indemnisation

La « servitude de sur-inondation » prend la forme de conventions individuelles, passées avec les propriétaires et exploitants de chaque terrain concerné sur la période du 1er novembre au 31 mars de chaque année. Ces conventions fixent une indemnité unique d'acceptation du dispositif, versée au propriétaire et à l'exploitant agricole à la création de l'ouvrage. « Cette indemnité vient entériner une relative perte de valeur des terres possiblement impactées », explique la directrice. Puis, à chaque épisode pluvieux inondant effectivement les terres, l'exploitant peut demander une indemnité pour dommages. « Il déclare ses éventuels dégâts au syndicat de bassin, notamment la perte de récoltes. Une commission paritaire associant le syndicat de bassin versant et la chambre d'agriculture se déplace ensuite sur site pour évaluer le montant de l'indemnité, encadrée par un barème », rajoute Régine Tieleguine. Sur cette base, le syndicat mixte a obtenu l'accord des propriétaires et exploitants de 12 des 19 ouvrages projetés, réalisés de 2006 à 2017 en amont de Segré. Pour ce qui concerne les plans d'eau, trois des huit conventions prévues ont abouti.

Un dispositif partiel, mais efficace l'hiver

« Sur le secteur de Craon, nous n'avons pas réussi à obtenir les accords pour créer les ouvrages, précise la directrice. Puis, en 2010, est arrivée la tempête Xynthia et les priorités de l'État se sont reportées sur la question de la sécurité des digues. Confronté à la baisse des financements, notre programme est resté inachevé. » Pour autant, ce dispositif permet d'atteindre 85 % des objectifs initiaux de réduction de crue à Segré et fonctionne bien. Aujourd'hui, le dispositif vient d'être classé par l’État comme aménagement hydraulique pour la lutte contre les inondations. La principale difficulté consiste à s'assurer du transfert des conventions lorsque les propriétaires ou exploitants changent. 

Le problème des épisodes orageux estivaux 

En juin 2018, des orages majeurs ont entraîné une crue à l’échelle du bassin versant. « Nos conventions n'opèrent que l'hiver et nos vannes étaient ouvertes, précise la directrice. Nous avons quand même réussi à en abaisser certaines, après accord de la préfecture et des exploitants. Ce qui a permis de limiter les dégâts en aval. » Idem avec une crue inédite en juin 2024 : l’équivalent de deux mois de pluie est tombé en deux heures en tête de bassin versant. Lors de ces épisodes estivaux, les indemnités de dommages à verser aux exploitants sont conséquentes, car des cultures ou des ballots de paille sont présents dans les parcelles. En octobre 2024, un autre phénomène majeur s'est produit à Erdre-en-Anjou et 80 maisons ont été inondées. « Avec ces pluies orageuses, nous sommes dans une gestion de crise : il faut pouvoir fermer les vannes à n’importe quelle heure, en urgence, et exactement à l’endroit où l’eau tombe. Rien à voir avec notre gestion planifiée hivernale, qui, de plus, est manuelle », constate la directrice du Syndicat du bassin versant de l'Oudon. Le dispositif n’est pas adapté à ces nouveaux phénomènes.

Des études lancées pour le territoire amont

Ces épisodes estivaux augmentant avec le dérèglement climatique, deux nouvelles études viennent d'être lancées avec le Cerema sur la partie amont du bassin versant (Craon et Erdre en Anjou). « Pour amortir les épisodes orageux rapides, les solutions fondées sur la nature pourraient être les plus efficaces. Mais les études peuvent aussi nous amener à compléter et élargir notre dispositif inachevé, et, de nouveau, utiliser la servitude de surinondation. » La directrice conclut aussi à la nécessité de travailler sur l’éducation à la culture du risque : « On ne pourra pas empêcher toutes les crues, il est aussi essentiel de mieux informer les habitants. »

Le dispositif d’adaptation aux crues en quelques chiffres

  • 12 sites agricoles de surstockage, soit 154 hectares inondables
  • trois étangs de stockage
  • 79 conventions signées
  • 3,5 millions de mètres cubes d’eau peuvent être stockés.
  • 5,5 millions d’euros hors taxe : le montant de l'investissement pour créer le dispositif, dont 4,2 millions d’euros hors taxe de travaux. 80 % de subventions versées par les partenaires financiers : l’État, la région des Pays de la Loire, les conseils généraux de la Mayenne et de Maine-et-Loire.
  • Montant des indemnités d’acceptation du dispositif : 96 000 euros, versés entre 2006 et 2017
  • Montant des indemnités versées pour dommages : 13 000 euros en juin 2018, 13 000 euros en juin 2024, 13 000 euros en janvier 2025.

Syndicat bassin de l'Oudon

6 rue de la Roirie
49 500 Segré-en-Anjou Bleu
contact@bvoudon.fr

Régine Tiéléguine

Directrice

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