Villefontaine : un réseau pluridisciplinaire pour prévenir les violences conjugales (38)
À l’échelle de la commune de Villefontaine, un réseau de prévention des violences conjugales et intrafamiliales accompagne et conseille les victimes. Parmi les chevilles ouvrières de ce réseau : l’un des sept centres de santé sexuelle de l’Isère et la coordinatrice sociale du centre communal d’action sociale, installée au sein de la gendarmerie.
© CSS Villefontaine
Depuis fin 2017, le centre de santé sexuelle de Villefontaine est pleinement intégré au réseau de prévention des violences conjugales mis en place par la commune. Sa mission : déceler d'éventuelles violences, accompagner les victimes et les aider à porter plainte, si elles se sentent prêtes. Et ce, grâce à un travail partenarial, mené par les deux professionnelles de santé (sage-femme et médecin spécialisé en gynécologie) et les conseillères conjugales et familiales.
« La spécificité du centre de santé sexuelle de Villefontaine, c’est que les conseillères conjugales et familiales reçoivent les patientes avant toute consultation médicale », relève Margot Marchetti, qui est l’une des quatre conseillères. L’objectif est d’échanger avec les patientes sur les sujets en lien avec la sphère psychosociale et évaluer s’il y a des difficultés dans le couple, la famille, la parentalité, au niveau personnel…Des violences peuvent être détectées à ce stade : la question est systématiquement posée. « Nous pouvons aussi proposer des entretiens de soutien psychologique pour accompagner les femmes, aussi bien sur le plan de la santé physique que sur celui de la santé mentale », ajoute Margot Marchetti, qui souligne l’intérêt de cette « porte d’entrée médicale » qui permet de mettre au jour des situations complexes. Le centre de santé sexuelle peut établir des certificats de violences. « Nous suivons beaucoup de femmes victimes de violences qui sont souvent très isolées. Pour les aider à sortir de cet isolement, il est important de proposer un accompagnement pluridisciplinaire », poursuit la conseillère conjugale et familiale.
Échanges mensuels
Au-delà du seul centre de santé sexuelle, c’est tout un réseau de prévention des violences intrafamiliales qui permet une prise en charge pluridisciplinaire à Villefontaine. Depuis le centre de santé sexuelle, les patientes peuvent être dirigées vers du conseil juridique, avec la Maison de la justice et du droit, obtenir l’aide de France Victimes, ou encore aborder le volet social, avec la coordinatrice sociale de la gendarmerie.
« Tous les membres du réseau se retrouvent une fois par mois, ce qui permet de bien connaître les différents partenaires et d’évoquer ensemble les situations auxquelles nous sommes confrontés, indique la conseillère conjugale et familiale. Nous pouvons partager, autour de nos situations, les regards de différents professionnels. »
Déposer plainte est souvent difficile et nécessite du temps. Margot Marchetti adresse parfois des patientes à Aurélie Pensuet, la coordinatrice du centre communal d’action sociale (CCAS), qui travaille au sein de la gendarmerie de Villefontaine. Celle-ci explique ce qu’est une plainte, comment se déroule la procédure, quelles sont les conséquences, ce qui permet aux patientes d’obtenir les derniers éclairages et d’être mieux accompagnées en cas de plainte.
Informations sur la procédure de plainte
Le poste de coordinatrice sociale du CCAS au sein de la gendarmerie a été créé en 2005, il vise à soutenir les gendarmes sur le volet social. « Si une femme se présente à l’accueil sans vouloir dénoncer ouvertement les violences qu’elle subit, elle peut venir me parler et se renseigner sur les démarches. Je l’accompagne dans l’orientation vers les organismes : centre de santé sexuelle, assistante sociale, dépôt de plainte si elle se sent prête… », expose Aurélie Pensuet.
Elle prend en charge, entre autres, les victimes, les mineures qui fuguent, et les auteurs de violence. « Depuis 2020, il existe une convention entre le tribunal, France Victimes et la mairie de Villefontaine pour la mise en place de l’Ecovi, c’est-à-dire l’éviction du conjoint violent », explique-t-elle. Ce dispositif permet de reloger et d’accompagner les auteurs pour les éloigner des victimes.
Créé fin 2017, le réseau de Villefontaine est aujourd’hui composé d’Aurélie Pensuet, de Margot Marchetti, de la juriste de la Maison de la justice et du droit, de deux responsables de Maisons pour tous, de travailleurs sociaux et de puéricultrices du centre médico-social, de France Victimes 38-APRESS, de la Caisse d’allocations familiales et de l’ALPA (association qui gère des logements d’urgence).
Le réseau se réunit une fois par mois. Il a comme missions principales d’éviter l’errance des personnes reçues, d’avoir une meilleure interconnaissance des partenaires en lien avec cette problématique, être un lieu d’échanges et de réflexion des professionnels sur des situations rencontrées. Il permet également de mettre en place des actions pour le public et les professionnels, pour la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) ou encore pour la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (le 25 novembre). Au programme : ciné-débat, théâtre-débat, animations sur les marchés avec distribution d’affiches et de violentomètres, escape-game avec les lycéens, les habitants et les Maisons pour tous...
En quelques chiffres
- 99 personnes ont participé au ciné-débat à partir du film « L’Amour et les forêts » de Valérie Donzelli, en 2023
- 320 personnes accompagnées (dont 124 nouvelles situations) en 2024, par la coordinatrice sociale de la gendarmerie. Certaines personnes sont accompagnées plusieurs fois, parfois suivies pendant plusieurs années
- 8 900 euros : budget consacré aux actions de sensibilisation en 2024 (dont 1 800 euros provenant du fonds interministériel de prévention de la délinquance -FIPD - et 2 300 euros du département de l’Isère, via la conférence des solidarités)
- 66 800 euros : budget dédié au poste de la coordinatrice sociale en 2024 (dont 7 000 euros du FIPD)
- 98 % du financement du centre de santé sexuelle de Villefontaine provient du département de l’Isère. Il s’agit d’une une structure associative, anciennement dénommée Planning familial
Commune de Villefontaine
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