Fatima Bellaredj (CG Scop) : "La moitié des sociétés coopératives d’intérêt collectif ont une collectivité territoriale à leur capital"

Alors que la Confédération générale des Scop tient son congrès annuel à Toulouse jeudi 26 et vendredi 27 mars, sa déléguée générale, Fatima Bellaredj, décrypte le bilan de mandature de l’organisation pour la période 2022-2025. A la veille de l’ouverture d’un nouveau cycle qui sera marqué par la succession de son président Jacques Landriot, la CG Scop confirme un réel engouement pour ce type d’entreprises qui se traduit par une progression forte des effectifs depuis 2022.

Localtis : Dans le bilan de mandature (2022-2025) que vous publiez, vous relevez une progression du nombre de structures ainsi que du nombre d’emplois dans le réseau des Scop et des Scic. Pouvez-vous d’ailleurs nous rappeler la distinction entre ces deux statuts ?

Fatima Bellaredj : Les Scop (sociétés coopératives et participatives) sont des entreprises dont le capital est détenu par les salariés ; les Scic (sociétés coopératives d’intérêt collectif) sont multi actionnariat : on y trouve des salariés mais aussi d’autres partenaires tels que les collectivités territoriales ; autant de parties prenantes qui acceptent de définir collectivement le projet stratégique de l’entreprise. On dénombre actuellement en France 4.500 Scop ou Scic qui représentent près de 95.000 emplois coopératifs.

Que faut-il retenir en priorité de votre dernier bilan de mandature ?

Nous avions défini il y a quatre ans un projet stratégique à l’échelle du mouvement dans lequel nous proposions une vision commune et des objectifs de développement avec l’ambition d’inscrire les Scop comme "les entreprises de demain", avec une dimension sociétale forte et une large prise en compte des enjeux de la transition écologique. Nous nous étions alors fixé le cap de 100.000 emplois coopératifs. Nous n’y sommes pas totalement parvenus mais il est vrai que nous traversons une période difficile avec une crise économique qui s’installe. A ce titre, 2025 aura été une année particulièrement difficile pendant laquelle nous avons continué de créer des emplois mais où nous avons également connu des défaillances d’entreprises.

Si l’on considère la séquence dans son ensemble, comment expliquez-vous cette progression des indicateurs, notamment s’agissant de l’emploi ?

On constate en premier lieu un vrai engouement pour le modèle coopératif qui traduit un certain dynamisme entrepreneurial qui correspond à ce que recherchent beaucoup de citoyens. Le modèle coopératif connaît ainsi une réelle accélération ces dernières années car il correspond à des nouvelles aspirations citoyennes telles que la répartition du partage de la valeur. Dans une Scop, les salariés sont parties prenantes et touchent les bénéfices de l’entreprise.

Le modèle des Scop est régulièrement associé à celui des entreprises en difficulté qui cherchent un nouveau souffle pour poursuivre leur activité. C’est une image, dites-vous, qui ne reflète pas la réalité du modèle coopératif...

On se bat pour que ce ne soit pas la seule manière de voir les Scop mais c’est effectivement une image qui nous colle à la peau ! En réalité, ces cas de figure ne représentent que 7% des entreprises que l’on accompagne tandis que les "transmissions saines" pèsent quatre fois plus. Nous travaillons d’ailleurs de plus en plus avec le réseau des CCI (chambres de commerce et d’industrie) pour faire mieux connaître notre modèle auprès des créateurs d’entreprises. La plupart des projets provenant d’entreprises qui ne vont pas bien, nous ne les accompagnons pas : s’il n’y a pas de marché, pas de potentiel pour que l’entreprise se redresse, on ne va pas envoyer des salariés dans le mur.

En termes d’emplois, vous annoncez une progression de +4,4% dans les Scop et de plus de 32,5% dans les Scic. Comment expliquez-vous cet écart ?

Globalement, l’emploi coopératif poursuit sa croissance avec +12,1% entre 2022 et 2025. La progression dans les Scop est plus forte en valeur absolue que celle dans les Scic dont le statut est relativement récent puisqu’il a été créé il y a seulement 25 ans. On observe néanmoins une progression continue des Scic qui répond à des aspirations territoriales : la moitié d’entre elles ont une collectivité à leur capital, le plus souvent la commune, car elles répondent vraiment à des besoins locaux, par exemple dans le domaine alimentaire lorsque l’on souhaite mettre en place des circuits courts.

Le développement des Scop et des Scic est-il homogène sur l’ensemble du territoire ?

Non, il existe des disparités au niveau des territoires qui s’expliquent d’abord par l’histoire : ceux sur lesquels le monde ouvrier est très présent, notamment dans l’industrie et le bâtiment, comptent davantage d’emplois coopératifs. Le second critère, c’est la capacité que nous avons à mettre en place des partenariats localement, comme c’est le cas en Bretagne ou en Nouvelle-Aquitaine, notamment. C’est tout le sens du projet stratégique que nous avons déployé : nous avons décidé de mettre des moyens afin que les unions régionales qui sont fédérées au sein de la Confédération générale des Scop puissent recruter des experts pour accompagner les entreprises, ce qui explique le doublement des emplois sur 10 ans. Je rappelle que sur les deux dernières mandatures (de 4 ans chacune) nous sommes passés de 52.000 à 95.000 emplois, avec un chiffre d’affaires global qui a progressé de 5,5 milliards d’euros à 10,3 milliards d’euros.

 

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