Fibre Excellence : la pression s'accentue sur l’État avant le verdict du tribunal de commerce ce 17 juin
Placée en redressement judiciaire, Fibre Excellence joue son avenir devant le tribunal de commerce de Toulouse. À quelques jours de l’audience du 17 juin 2026, régions et syndicats appellent l’État à soutenir le projet de reprise porté par la direction, afin d’éviter la liquidation des deux dernières usines françaises de pâte à papier et la menace qui pèse sur 670 emplois.
© @Sébastien Vincini/ Carole Delga et Sébastien Vincini à Saint Gaudens le 12 juin
Le sort de Fibre Excellence se jouera dans les prochains jours devant le tribunal de commerce de Toulouse. Placé en redressement judiciaire le 27 avril 2026, le groupe, propriétaire des deux dernières usines françaises de pâte à papier situées à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône), est toujours à la recherche d’un repreneur susceptible de préserver les 670 emplois des deux sites, à l’arrêt depuis avril. Une nouvelle audience est prévue le 17 juin, avant une décision définitive attendue le 24 juin.
Depuis le retrait de son actionnaire indonésien Jackson Wijaya, dont la famille contrôle le géant mondial du papier Asia Pulp and Paper, Fibre Excellence a reçu une offre de reprise portée par son équipe dirigeante actuelle. Une proposition que le ministre chargé de l’industrie, Sébastien Martin, a jugée insuffisante lors des questions au gouvernement du 9 juin à l’Assemblée nationale, estimant qu’elle n’était pas soutenue par un acteur industriel.
Une filière déjà fragilisée
Cette prise de position est intervenue alors que les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, la métropole Rouen Normandie ainsi que les syndicats CFDT, CGT et Force ouvrière ont adressé un courrier commun au Premier ministre, Sébastien Lecornu, pour réclamer une intervention urgente de l’État. Selon les signataires, une liquidation de Fibre Excellence fragiliserait une filière représentant plus de 10.700 emplois directs et indirects.
Le projet de reprise porté par la direction, soutenu financièrement à hauteur de 8 millions d’euros par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que par plusieurs partenaires institutionnels et industriels, reste toutefois conditionné à plusieurs décisions relevant de l’État. Dans leur courrier, les collectivités et les syndicats estiment qu’un délai supplémentaire pourrait être accordé par le tribunal, mais uniquement si les engagements attendus de l’État sont formalisés avant l’audience du 17 juin.
Parmi leurs demandes figurent notamment une revalorisation du tarif auquel EDF rachète l’électricité produite par les sites dans le cadre de leur activité, la sécurisation de l’approvisionnement en bois via l’Office national des forêts (ONF), un soutien financier au projet de reprise et des garanties sur les modalités de cession des actifs afin d’assurer la viabilité économique de l’entreprise.
"Une fin de non-recevoir"
La réponse du gouvernement, adressée le 12 juin par le ministre chargé de l’Industrie, n’a pas convaincu les élus et les organisations syndicales. René Sale, représentant de Force ouvrière dans les Bouches-du-Rhône, y voit même "une fin de non-recevoir". En réaction, régions et syndicats ont organisé une conférence de presse commune pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un manque d’engagement de l’État.
À cette occasion, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a réaffirmé son soutien au projet de reprise porté par la direction et sa volonté de l’améliorer d’ici l’audience du 17 juin. "Le message que nous portons tous est clair : nous sommes mobilisés et ces usines ne fermeront pas", a-t-elle déclaré.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a de son côté insisté sur le caractère décisif de l’audience à venir, tout en dénonçant "l’opacité la plus totale" entourant la procédure. Une seconde offre aurait en effet été déposée par le groupe SPB, mais son contenu demeure inaccessible aux représentants des salariés et aux régions. "SPB est un ferrailleur associé à un papetier canadien, donc un concurrent dont on peut douter des réelles motivations", a-t-elle affirmé, rappelant que ce groupe avait déjà repris puis "démantelé" les papeteries de Condat.
Agir contre les fossoyeurs de cette industrie
Le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, Sébastien Vincini, a lui aussi exprimé son inquiétude face à un éventuel scénario similaire. "Cela suffit", a-t-il lancé, dénonçant "l’inaction" de l’État. "Je ne comprends pas que le ministre de l’Industrie ne prenne pas de mesures contre les fossoyeurs de cette industrie. Il y a des solutions, il est possible d’agir." Même tonalité du côté de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cyril Juglaret, président de la commission d’appel d’offres régionale, appelle l’État à "faire preuve d’ambition et de bon sens". "Il faut agir maintenant, car le coût social, économique et environnemental serait considérable", prévient-il.
Face à l’urgence, la CGT et Force ouvrière plaident pour une nationalisation temporaire de Fibre Excellence, présentée comme une solution immédiate pour éviter la disparition du groupe. À plus long terme, élus et syndicats réclament également un plan national de soutien à la filière forêt-bois-papier, ainsi que la création d’un label garantissant l’origine française de la pâte à papier.