Foncier, impôts de production, innovation : les principaux freins à lever pour développer l'industrie en France

Au-delà des incantations, le chemin de la réindustrialisation sera long. Lors d'une conférence organisée le 20 septembre 2021 par la Société d'engagement dans l'industrie nationale avec la région Ile-de-France, élus et chefs d'entreprise ont tenté d'identifier les principaux freins à lever. Continuer à baisser les impôts de production, faciliter l'implantation des entreprises industrielles dans les territoires et investir davantage dans la recherche et l'innovation font partie du lot.

Quels sont les freins et les leviers à la réindustrialisation de la France ? Lors d'une conférence organisée le 20 septembre 2021 par la Société d'encouragement de l'industrie nationale avec la région Ile-de-France, élus et chef d'entreprise se sont exprimés sur le sujet. Avec la crise Covid-19, "la petite musique résonne à nouveau, a déclaré Antoine Troesch, directeur de l'investissement à la Banque des Territoires, il faut s'en féliciter et les dogmes du type 'l'industrie, c'est mal, c'est polluant, c'est mieux ailleurs' ont disparu". Mais la crise a aussi la fragilité de chaînes des valeurs, dont une partie a été sous-traitée à l'international. Pour reconquérir des places fortes, le chemin sera long. Si la France dispose de nombreux atouts indéniables - savoir-faire techniques et industriels, filières performantes, etc. -, plusieurs freins sont identifiés.
Une fois encore, le manque de flexibilité, notamment pour l'installation de sites industriels sur le territoire, a été pointé du doigt. Le rapport du député d'Eure-et-Loir, Guillaume Kasbarian, remis au gouvernement le 23 septembre 2019, avait mis en évidence les principaux obstacles et proposé quelques pistes d'amélioration donnant notamment lieu à un programme de "Sites clés en main", des sites prêts à accueillir des industriels et dont les procédures d'autorisation ont été traitées en amont. L'idée a depuis fait florès : 127 sites ont été sélectionnés à ce jour. En novembre 2020, la région avait publié la carte de 26 sites sur son territoire, estimant à 22.000 le potentiel d'emplois correspondants.

La question du foncier productif

"La bataille se fait au moment du choix du lieu de l'implantation, a témoigné Olivier Bogillot, président de Sanofi France, des ponts d'or sont proposés par nos voisins à l'international car une fois que l'entreprise est installée, elle reste longtemps, l'Europe est un peu naïve sur le sujet." Mais il arrive que les acteurs européens se fassent eux-mêmes concurrence pour l'installation d'industriels sur leur territoire. 

"Notre point faible, c'est le foncier, a renchéri Alexandra Dublanche, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France, chargée du développement économique et de l'attractivité, de l'agriculture et de la ruralité, nous avons développé des outils, comme la société d'économie mixte SEM IDF Investissements et Territoires créée avec la Banque des Territoires et nous allons par exemple investir à Nemours en Seine-et-Marne pour aider une entreprise de tôlerie industrielle, Lewis Industrie. Nous allons acheter le foncier, demander un loyer et quand l'entreprise aura réussi à se relocaliser, nous nous dégagerons du foncier." "Il faut qu'il y ait un mélange entre investissement public et privé, a abondé Antoine Troesch, le programme Territoires d'industrie lancé il y a deux ans ne marcherait pas s'il n'y avait pas la rencontre entre les élus des territoires et les chefs d'entreprise sur le plan local".

Des investissements publics et privés

Autre enjeu pour favoriser le retour des usines : la montée en compétences des ingénieurs français, sachant que la désindustrialisation a aussi entraîné une perte de savoir-faire dans de nombreux domaines. "En dix ans, la qualité des ingénieurs formés en Chine, en Inde ou en Egypte, est exceptionnelle", a insisté Jacques Aschenbraich, PDG de Valéo, "la qualité des ingénieurs français, si on n'y prend pas garde et si on limite les budgets des grandes écoles, sera amoindrie".

Les impôts de production, et globalement toutes les charges qui incombent aux entreprises industrielles, sont aussi perçus comme un fardeau par les industriels. "C'est un de nos plus gros handicaps, les impôts de production et les prélèvements français sont les plus élevés au monde, beaucoup de choses sont faites pour les réduire, a insisté Jacques Aschenbraich, en allusion à la baisse de 20 milliards d'euros programmée sur deux ans, mais rien ne se fera s'il n'y a pas une action forte de l'Etat." Pour Olivier Bogillot, "la réduction des impôts de production s'est arrêtée à la moitié du chemin".

L'investissement dans la recherche et le développement, qu'il soit public ou privé, est aussi jugé indispensable. "Nous avons un appareil productif vieillissant, donc moins compétitif, il faut réinvestir, innover", a assuré Pascal Daloz, président d'honneur Alliance pour l'Industrie du Futur (AIF). La région Ile-de-France tente ainsi d'accompagner les entreprises industrielles locales à se moderniser, via des missions de conseil, des accélérateurs ou des clubs d'ETI. Elle n'hésite pas à intervenir même auprès de grands groupes comme Renault, à Flin, pour les accompagner dans la transformation de leurs usines. En l'occurrence, l'usine de Flin est transformée en un site dédié à l'économie circulaire et à la mobilité électrique. La collectivité intervient dans ce cas à travers la SEM IDF Investissements et Territoires. Et la région aide aussi les grands groupes à bénéficier de l'écosystème des startups franciliennes. Un challenge en intelligence artificielle appliquée à la cancérologie a ainsi été lancé par la région et l'institut Gustave Roussy, avec une dotation à la clé de 1,5 million d'euros pour financer les travaux réalisés en collaboration avec les experts de l'institut.