France Batterie : la filière se regroupe pour peser sur les décisions de Bruxelles

Lors d'un déplacement sur le site de la gigafactory d'ACC à Billy-Berclau (Pas-de-Calais), le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, a annoncé, le 24 mars, la création de France Batterie, une association destinée à rassembler les acteurs de la filière. Mais pendant que les grands projets prennent forme très doucement pour la filière, les plans sociaux se multiplient dans la région.

Porter la voix de la filière française au niveau européen. C'est l'objectif de la nouvelle association "France Batterie", lancée le 24 mars 2026 par le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, lors d'un déplacement dans l'usine de batteries ACC (Automotive Cells Company) à Billy-Berclau dans le Pas-de-Calais, une co-entreprise entre Stellantis (45%), Mercedes-Benz (30%) et TotalEnergies (25%). L'association vise à structurer et développer une filière industrielle compétitive en France et en Europe, autour d'une feuille de route commune signée avec l'État et les partenaires sociaux, comprenant trois priorités : déployer des gigafactories pour atteindre 100 à 120 GWh de capacité de production d'ici 2030, sécuriser les approvisionnements en matières premières et développer un écosystème durable de réparation et de seconde vie des batteries. Depuis 2019, plus de 3 milliards d'euros ont été investis par l'État dans ce domaine, via les projets importants d'intérêt commun (Piec) et France 2030.

Produire 2 millions de batteries électriques chaque année d'ici à 2030

Le projet des gigafactories avait été mis en avant en grande pompe par Emmanuel Macron en mai 2023. Le président de la République avait alors annoncé l'ouverture de cinq gigafactories dans les Hauts-de-France pour produire 2 millions de batteries électriques chaque année en France d'ici à 2030, dans l'idée de permettre au pays de prendre la tête de la course aux véhicules électriques avec une autonomie de production à horizon 2027 et une capacité à exporter visant 2030. Mais quelques années après, on en est encore loin et les difficultés se multiplient. Sur les cinq sites annoncés, deux seulement sont opérationnels et encore en phase de croissance. Exemple à Douai, où le site AESC qui a été inauguré en juin 2025 par Emmanuel Macron et qui vise 200.000 batteries par an pour Renault, ne tourne qu'à 50% de ses capacités. 

"En venant ici, nous montrons le soutien à la filière des batteries, a déclaré à la presse Sébastien Martin durant son déplacement. Nous montrons que nous voulons que les moyens européens soient maintenus."

Plus de 15.000 emplois nets depuis 2009

David Cousquer, PDG de Trendeo, rappelle que les Français ne sont pas les seuls à rencontrer des difficultés. "Les constructeurs européens sont confrontés à la concurrence chinoise, il y a aussi des questions de choix techniques, on est parti plus tard et on le paye. Alors soit on accepte qu'on est parti plus tard et que c'est donc plus difficile, soit on baisse les bras", explique-t-il. Selon lui, la création de France Batterie va dans le bon sens et concrétise la fusion de la filière batterie avec le secteur de l'automobile. "On voit bien que les constructeurs chinois qui écrasent tout le monde dans l'automobile viennent de la batterie, il y a une complémentarité des deux segments", assure-t-il, mettant en avant les emplois nets créés par la filière depuis 2009 : plus de 15.000. Une filière donc porteuse.

Peser sur les décisions de Bruxelles

L'association France Batterie, qui réunit les gigafactories françaises (ACC, AESC, Verkor) et les producteurs de composants, comme la future usine de matériaux actifs de cathode à Dunkerque, co-entreprise entre le français Orano et le chinois XTC New Energy, ou la start-up Battri pour le recyclage de batteries, est construite sur le modèle de la Plateforme de l'automobile, rassemblant constructeurs et équipementiers français. Elle doit notamment permettre de percer au niveau européen, au moment où la France négocie avec Bruxelles le déblocage de prêts de 1,5 milliard d'euros pour les gigafactories, dans le cadre d'un programme européen "Battery Booster Facility" annoncé en décembre. Cinq acteurs pourraient être aidés à hauteur de 500 millions d'euros maximum chacun, ACC et Verkor étant éligibles. Objectif de la démarche française : amener la Commission à décider avant l'été.

Les grands projets et la multiplication des défaillances

Reste qu'au-delà de ces grands projets, les défaillances d'entreprises se multiplient dans la région Hauts-de-France. Le tribunal de commerce de Lille Métropole enregistre ainsi un nombre de dossiers importants sur les trois premiers mois de l'année, parmi lesquels Château Blanc, le pôle industriel du groupe Holder, connu sous l'appellation des boulangeries Paul, IDKids, les transports Ziegler, Nacon, Movitex, Pocheco, et Arc France, qui malgré le projet de reprise qui vient d'être validé, porté par Timothée Durand, voit la suppression de quelque 700 postes sur les 3.500 que compte la verrerie. Lors de son déplacement du 24 mars, Sébastien Martin s'est rendu sur le site de ce fleuron industriel qui a 200 ans. "Il était nécessaire trois jours après l'annonce de la reprise que le gouvernement vienne signifier ici qu'il était aux côtés des ouvriers et du repreneur et remercier tous les efforts qui ont été faits par les collectivités locales et les salariés dans le cadre de cette reprise", a insisté le ministre de l'Industrie, précisant que l'État allait suivre le parcours des salariés qui vont perdre leur emploi.

Une mission spéciale mise en place par France Travail

Pour soutenir les salariés, le ministre a évoqué une "mission spéciale" mise en place par France Travail, et le dispositif "rebond industriel" porté par le préfet qui vise à "aller identifier, dans les entreprises industrielles du bassin, les perspectives de développement et donc d'emplois". "Un peu plus de 110 emplois liés à des investissements industriels dans le bassin ont été identifiés", a-t-il précisé. 

Pour David Cousquer, le parallèle entre les grands projets comme les gigafactories et la multiplication des défaillances met en lumière le clivage de plus en plus net entre des secteurs qui continuent à aller bien (la défense, l'énergie ou l'aéronautique) et des secteurs qui vont beaucoup plus mal soumis à une forte concurrence chinoise (l'automobile thermique, certains segments de l'électrique), et tous les secteurs liés au coût de l'énergie et au traitement des matériaux. "La question de la hausse du prix de l'énergie ne doit pas simplifier le cas d'Arc", estime-t-il, la verrerie étant très énergivore.

À noter que Sébastien Martin a signé le 24 mars avec son homologue norvégienne, Cecilie Myrseth, un protocole d'entente sur les métaux critiques qui doit permettre une coopération plus forte en matière de recherche de terres rares et métaux stratégiques. "Aujourd'hui, l'essentiel des terres rares et des métaux stratégiques sont possédés par les Chinois alors qu'en Europe, nous avons des capacités", a-t-il déclaré, considérant l'accord comme une première étape de partage d'expérience.

 

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