François Bonneau : "L'orientation est un sujet majeur, il lui faut des réponses majeures"

Au lendemain de la présentation d'un livre blanc des régions qui propose d'accroître la compétence des régions en matière d'orientation, François Bonneau, président du conseil régional Centre-Val de Loire et de la commission de l'éducation de Régions de France, fait le point pour Localtis sur les sujets d'éducation.

Localtis - Régions de France fait une place très importante à l'orientation dans son livre blanc présenté le 8 mars. Pourquoi lui donner une telle place ?

François Bonneau - En effet, on n'a jamais vu l'orientation mise à ce niveau. Vous avez déjà vu un candidat à l'élection présidentielle poser l'orientation comme problème majeur de la société dès sa première intervention ? Cela ne s'est jamais vu, jamais. C'est un sujet majeur et il faut des réponses majeures pour la faire évoluer, mais sans tout casser car les enseignants, notamment les professeurs principaux, font un travail formidable. Malheureusement, ces derniers n'ont l'occasion de rencontrer des professionnels que tous les cinq ou dix ans alors que les métiers se transforment à la vitesse grand V. Il faut que chacun trouve sa place, c'est un sujet qu'on ne peut pas contourner. Il faut l'aborder frontalement dans le respect des compétences de chacun mais en créant du commun.

Vous demandez que les régions deviennent cheffes de file de l'orientation professionnelle des jeunes et des demandeurs d’emploi et que soit transféré aux régions l’ensemble des moyens relatifs à cette compétence. Aujourd'hui, l'articulation avec l'Éducation nationale est-elle inopérante ?

Mon approche est simple, je me mets là où sont le citoyen, le jeune, la famille, l'entreprise. Je pars du concret et je me demande si notre système actuel d'orientation est lisible, réactif et près des territoires. Je pense qu'on peut faire plus simple. Alors, je dis : "Faisons plus simple." Le chef-de-filât veut dire qu'une partie de l'éducation et de la formation dépend des régions, tandis qu'à l'autre bout de la chaîne, l'emploi est aujourd'hui dans le champ de compétences des régions. Entre les deux, il y a l'orientation, la manière dont un jeune construit son chemin.

Quelle articulation imaginez-vous avec la région cheffe de file en matière d'orientation ?

Il y a beaucoup d'acteurs et il faudra en garder beaucoup. On a besoin de l'Éducation nationale, de l'implication du monde économique, on a besoin de grands services, mais il faut un chef-de-filât à une échelle pertinente, et ce territoire c'est la région. La région cheffe de file, c'est l'assurance du respect des compétences et des spécificités de chacun, mais à travers une mise en commun, une mutualisation.

Vous traduisez cette volonté par la création d'agences régionales de l’orientation professionnelle sous pilotage des régions, associant l’ensemble des acteurs et chargées d’animer des campus par bassin d’emploi…

Oui, ces agences régionales seront des creusets au sein desquelles on va travailler tous les sujets de l'orientation, pour faire en sorte que quand une branche professionnelle parle des métiers de la santé, de la cosmétique, du médicament, de l'aéronautique, une branche qui est capable d'élaborer de très beaux supports, elle puisse assez facilement trouver sa place dans le programme d'éducation et d'orientation d'un collège ou d'un lycée.

Que répondez-vous à ceux qui parleront de rupture d'égalité sur un sujet comme l'éducation, considéré comme régalien ?

Il faut coconstruire, il faut du dialogue et nous y sommes prêts, mais la première atteinte à la fonction d'orientation a consisté à former cinq ou dix fois moins de conseillers d'orientation qu'il y a trente ans. L'État lui-même a réduit la voilure. On ne donne pas les outils aux professeurs principaux, censés ouvrir les yeux des jeunes sur l'avenir. On ne leur permet pas de comprendre ce monde. Bien sûr, il y aura des résistances, mais tout jeune doit avoir accès à une orientation très qualitative. Il ne s'agit pas de fragiliser un domaine régalien mais de l'accomplir dans le cadre régional, lequel paraît central, avec un chef de file. Quand j'ai en mon temps guerroyé pour que nous ayons un chef-de-filât sur la jeunesse, on me disait : "C'est le ministère, ça ne se discute pas." Aujourd'hui, ce n'est plus le ministère mais on travaille avec lui. Mais un chef de file n'est pas un caporal. Nous souhaitons porter un service public moderne et ouvert à tous.

Vous souhaitez également modifier la gouvernance des lycées en distinguant la fonction de proviseur et celle de président du conseil d’administration, et en choisissant ce dernier parmi les membres extérieurs à l’établissement. Pour quels bénéfices ?

Aujourd'hui, dans ma région, il y a des lycées de l'Éducation nationale et des lycées agricoles. Dans ces derniers, depuis de nombreuses années, les présidences de conseils d'administration sont assurées par des professionnels de l'agriculture, des responsables de filières, parfois des élus, et je vous assure que cela se passe bien. Ces lycées proposent une ouverture au monde, socioculturelle ou économique, tout à fait intéressante. Pourquoi ne pas regarder de côté-là ? Le lycée n'est pas un sanctuaire centré sur lui-même. Un lycée, c'est aussi l'animateur d'un territoire, un lieu où se développent des projets culturels, où l'on est en interaction avec l'environnement et avec le monde économique car la plupart des lycées ont des filières professionnelles et technologiques. Comment motiver un jeune dans ces filières s'il n'est pas capable de voir, au moment de sa formation, le sens que cela a dans l'activité d'une entreprise ? Créer un lien avec le territoire à travers la présidence du conseil d'administration, ce n'est absolument pas nier la nécessité de son projet pédagogique, c'est l'enrichir.

Récemment, la loi 3DS a donné aux collectivités une autorité fonctionnelle sur les gestionnaires des collèges et lycées. Vous continuez de militer pour un transfert de ces personnels de l'Éducation nationale aux régions. Pourquoi ?

Les lycées ont changé de tête depuis que les régions en ont la responsabilité, chacun peut le constater. Dans un établissement scolaire, lorsque vous avez traité de la restauration, de l'internat, de la viabilisation, de l'entretien, des fonds sociaux, de la rénovation des équipements et de la construction des bâtiments, vous avez traité de tellement de choses. Aujourd'hui, pour l'essentiel, les gestionnaires des lycées mettent en œuvre des politiques, des responsabilités et des compétences qui sont celles de la région. Là aussi, discutons mais soyons clairs. Ne pinaillons pas éternellement. Je prends un exemple. Désormais, la loi demande qu'une part importante de l'approvisionnement de la restauration scolaire se fasse localement. C'est très intéressant, cela donne aux agriculteurs l'espoir d'obtenir un marché, des jeunes peuvent avoir envie de s'installer car le modèle est rentable : il faut qu'on traite ce sujet avec les gestionnaires. Il ne s'agit pas d'affaiblir leur statut, ni d'affaiblir l'équipe de direction des lycées. Leurs interrogations sont totalement légitimes, prenons le temps d'en discuter.

Le dernier point de votre livre blanc concernant l'éducation vise à sécuriser l'enseignement immersif des langues régionales à travers une révision constitutionnelle. Là encore, vous entendez revenir sur une loi votée en 2021. Pourquoi ?

Le creuset de l'éducation crée du commun et la langue fait partie de ce creuset commun. Mais un certain nombre de langues régionales portent une culture, une histoire, une modalité du vivre-ensemble. Et ce n'est pas affaiblir la République que de les reconnaître. Nous voulons l'unité de la République et la force des territoires. L'unité n'est pas l'uniformité.

 

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