Garantie jeunes universelle : Élisabeth Borne en appelle aux collectivités

La ministre du Travail a précisé les contours de la future garantie jeunes universelle, mardi 18 mai, devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Cette garantie reposera en particulier sur un "accompagnement global" (emploi, mobilité, au logement, à la culture, au sport) qui impliquera l'ensemble des collectivités.

Alors que l’aide à l’embauche des jeunes de moins de 26 ans - mesure phare du plan "1 jeune, 1 solution" de 9 milliards d’euros mis en place en juillet 2020 - s’achève à la fin du mois de mai, la ministre du Travail, Élisabeth Borne, a confirmé, le 18 mai, que les travaux autour de la "garantie jeune universelle" étaient "en cours" et devaient "mobiliser l’ensemble des acteurs dans les territoires". "Il faut que tout le monde, les collectivités, quel que soit leur niveau, les réseaux associatifs, puissent se mobiliser pour avoir un accompagnement le plus global possible pour les jeunes", a-t-elle affirmé, devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée qui l’auditionnait sur les dispositifs jeunesse. Au-delà de l’emploi, cet accompagnement global doit aussi prendre en compte les difficultés d’accès à la mobilité, au logement, à la culture, au sport.

Accusée par plusieurs députées de faire du "rafistolage" et de se limiter à des "mesurettes", la ministre a défendu son bilan, en particulier celui de l’aide à l’embauche des jeunes. Entre août 2020 et mars 2021, 1,5 million de jeunes de moins de 26 ans ont ainsi pu être embauchés en CDI ou en CDD de plus de 3 mois, "soit quasiment autant qu’avant la crise sur la même période". "Le taux de chômage des jeunes a augmenté depuis le début de la crise de l’ordre de 9%. (...) Après la crise de 2008/2009, le taux de chômage des jeunes avait augmenté de 30%", a-t-elle exposé. "Notre plan a été efficace, il a permis de contenir l’augmentation du chômage en général et particulièrement celui des jeunes."

1,4 million de jeunes précaires

L’actuelle "garantie jeunes" avait été façonnée en 2013 pour répondre aux jeunes "ni en emploi, ni en études, ni en formation" (les fameux "neets" de la nomenclature européenne). En pleine crise, le gouvernement avait décidé, à l’automne dernier, de doubler le nombre de bénéficiaires en 2021, passant de 100.000 à 200.000, dans le cadre du plan "1 jeune, 1 solution". Mais la situation impose d’aller plus loin, la précarité des jeunes s’étant fortement accentuée. Au total, la ministre comptabilise 1,4 million de jeunes en situation de précarité, qu’ils soient "neets" ou tout simplement en emploi précaire, soit 12% de la classe d’âge des 18-25 ans. L'objectif est qu'"aucun jeune ne renonce à un accompagnement vers l'emploi, ne renonce à une formation parce qu'il aurait des difficultés financières", a-t-elle insisté. "C’est bien le sens du travail qui est en cours, au-delà de tous les dispositifs qui sont mis en place." "À la demande du président de la République, je porte le projet d’une garantie jeunes universelle qui vise à permettre à chaque jeune de bénéficier d’un accompagnement personnalisé vers l’emploi assorti d’une allocation allant jusqu’à 500 euros par mois s’il en a besoin", a-t-elle précisé, ajoutant qu’une première pierre avait été posée le 1er mai avec l’augmentation de la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle portée de 300 à 500 euros pour les 18-25 ans (voir notre article du 3 mai 2021). 

Cette solution combinant accompagnement personnalisé et allocation, défendue notamment par le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse, dans son rapport remis à la ministre le 7 janvier, s’oppose à celle d’un "RSA jeunes" porté à gauche ou d’un "revenu universel".

Repérage des jeunes

Dans cet accompagnement global, la ministre compte s’appuyer sur l’ensemble des collectivités. Tout d’abord sur les régions qui sont en charge de la formation professionnelle et qui peuvent accompagner les jeunes "vers les métiers qui recrutent - les métiers de la transition écologique, du numérique et du soin -, ainsi que les formations qualifiantes". "Nous avons besoin de travailler avec les départements pour ne pas perdre les jeunes en sortie d’ASE (aide sociale à l’enfance). Nous avons besoin de travail avec les intercommunalités et les communes pour le repérage des jeunes. (…) C’est vraiment un travail partenarial dans l’esprit du service public de l’insertion et de l’emploi (Spie)", a-t-elle développé.

Le repérage est à ses yeux un enjeu majeur, que ce soit pour la future garantie jeunes universelle, "mais également dans le cadre de l’obligation de formation des 16-18 ans entrée en vigueur en septembre 2020". L’objectif est "d'aller chercher tous les jeunes qui sont aujourd’hui invisibles". "Il faut qu’on ait une information fluide entre l’Éducation nationale et les missions locales. On ne peut pas attendre des mois entre le décrochage d’un jeune et son accompagnement, notamment par une mission locale." La ministre entend aussi "amplifier le nombre de jeunes accompagnés par les missions locales" (1,2 million de jeunes étaient en contact avec le réseau en 2019). "On a besoin du maillage [des missions locales] pour embarquer tous ceux qui sont en contact avec les jeunes, pour les orienter au mieux, pour faciliter l’accès à un emploi durable."

Le "carnet de bord" du Spie en place en septembre

Dans l’attente de la garantie, la ministre a dit avoir veillé à ce que dans tous les dispositifs d’accompagnement les jeunes puissent avoir accès à une aide financière. C’est aujourd’hui le cas avec le Pacea (parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie) pour les missions locales, l’accompagnement intensif des jeunes de Pôle emploi, l’accompagnement renforcé des jeunes ou l’accompagnement de l’Apec.

La ministre a indiqué que dans le cadre du service public de l'insertion et de l'emploi, le "carnet de bord" serait en place en septembre (voir ci-dessous notre article de ce jour). Il doit assurer un "accompagnement sans rupture", en permettant "aux différents acteurs de pouvoir accéder directement aux informations utiles pour coconstruire le parcours". Le carnet ne repose que sur "des informations que la personne accepte de partager avec les professionnels".

Si l’aide à l’embauche s’achève bientôt, ce n’est pas le cas de l’aide exceptionnelle à l’embauche des alternants (apprentis et contrats de professionnalisation) qui sera prolongée jusqu’à la fin de l’année 2021, a enfin souligné la ministre. Cette aide se monte à 5.000 euros pour un mineur et 8.000 euros pour un majeur. L'enjeu : faire en sorte que la rentrée exceptionnelle de 2020 pour l'apprentissage soit "la norme".