Gil Avérous :  "Le candidat à la présidentielle qui fera abstraction des villes moyennes va passer à côté du sujet "

Si l'annonce de la poursuite du programme Action coeur de ville sur la durée du mandat est un soulagement pour les maires de villes moyennes réunis en congrès à Roanne, ces 2 et 3 juillet, la préparation du budget 2027 est un vrai sujet d'inquiétude. Les élus veulent envoyer un message clair au gouvernement à l'approche de l'élection présidentielle.

Les trois quarts des maires de villes de plus de 10.000 habitants considèrent que l’Etat n’en fait pas assez pour les villes moyennes. C’est ce qui ressort d’un "Baromètre des Maires de France", réalisé par l’institut Quorum pour Villes de France, à l’occasion du congrès de l'association qui se tenait à Roanne ces 2 et 3 juillet. L’occasion de jauger l’état d’esprit des élus à l’entame de leur mandat, sachant, comme le rappelle l’association, que les deux tiers des maires de villes moyennes ont été reconduits. L’un des points de crispation les plus marqués, qui a parcouru ce congrès, tient à la fiscalité. 82% des maires disent rencontrer des difficultés budgétaires. Et le manque de moyens financiers est identifié comme le principal frein à leur action (à 41%) devant l’excès de normes (24%) ou la complexité administrative (17%).

"Sinon on va refaire les gilets jaunes"

Gil Avérous, maire de Châteauroux (Indre), réélu à la tête de l’association, est catégorique : "Le candidat à la présidentielle qui fera abstraction des villes moyennes va passer à côté du sujet, et vraisemblablement, il ne sera pas élu", a-t-il averti, en clôture du congrès, ce vendredi 3 juillet, face Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’IA et du Numérique. Pas moins de quatre ministres avaient fait le déplacement lors de ces deux journées pour donner des gages aux élus que ce soit sur l’aménagement du territoire, les équipements sportifs (voir notre article de ce jour) ou encore la sécurité du quotidien. Mais la préparation du budget 2027 sera le juge de paix. "On a bien en tête un scénario qui amènerait à un projet de loi de finances adopté par ordonnance", a indiqué à la presse Gil Avérous. En d’autres termes, le budget présenté en conseil des ministres pourrait bien être celui qui sera exécuté. "Si on a un projet de loi de finances qui ne correspond pas à ces contraintes, on prend un risque irresponsable de crise (…). Je n’imagine pas une seule seconde que notre gouvernement n’ait pas cela en tête. Sinon, on va refaire les gilets jaunes", glisse le président de l’association.

Comme l’a expliqué Jean-François Debat, président délégué de Villes de France, les villes moyennes, en particulier industrielles, ont payé le prix fort des arbitrages budgétaires de ces deux dernières années, avec notamment la forte diminution de la compensation de la suppression de certains impôts économiques. "L’Etat a décidé des cadeaux fiscaux et nous demande de mettre la main à la poche", s’est indigné le maire de Bourg-en-Bresse (Ain), récemment élu à la tête du Comité des finances locales. La décision unilatérale d’augmenter de 40% d’ici à 2028 les cotisations retraites payées par les employeurs territoriaux est le coup de trop. Si on appliquait une telle méthode au privé, "il n’y aurait plus de problème de retraite", a ironisé Jean-François Debat. "Nous avons confiance dans les institutions de la République, mais si les choses continuent, nous n’aurons plus confiance dans la parole de l’Etat", a-t-il prévenu.

Demande de clarté

Les congressistes ont toutefois eu matière à satisfaction avec l’annonce par Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, de la poursuite du programme Action cœur de ville sur toute la durée du mandat municipal (lire notre article du 2 juillet), autour de deux grandes priorités, le logement et le commerce. Autre motif de satisfaction : la confirmation de l’engagement dans cet "ACV 3" d’Action Logement, acteur essentiel du programme au côté de la Banque des Territoires et de l’Anah. Françoise Gatel n’a annoncé aucune enveloppe budgétaire. "On n’attendait pas de l’Etat qu’il remette au pot de l’argent, mais de la clarté, qu’il nous écoute sur ce qu’il est important de faire", explique Gil Avérous, regrettant que le programme n’ait plus de "capitaine", après le départ de Dominique Consille, la directrice d’Action cœur de ville et de Petites Villes de demain au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires. Il est "urgent" selon lui que le comité des financeurs se réunisse, "pour qu’on connaisse le financement".

Les premiers magistrats des villes moyennes ont appelé à un recentrage du programme sur les centres-villes. Et parmi les priorités à traiter figure selon eux la question des loyers commerciaux, souvent disproportionnés par rapport au chiffre d'affaires des commerçants. 

"Les villes moyennes sont incontournables" et les maires "ont surtout besoin de visibilité, de simplicité", a déclaré Yves Nicolin, le maire de Roanne à l'adresse d'Anne Le Hénanff. "Notre pays ne va pas très bien. Les Français sont assez frustrés, voire coléreux", a-t-il dit. 

 

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis