À Roanne, François Gatel annonce la poursuite du programme ACV jusqu’à la fin du mandat municipal
Le programme Action cœur de ville (ACV) – de même que Petites Villes de demain – sera poursuivi sur la durée du mandat municipal, et axé sur deux priorités, le logement et le commerce, a annoncé François Gatel lors du congrès de Villes de France ce 2 juillet à Roanne.
© Villes de France/ Françoise Gatel, Jean-François Debat et Yves Nicolin
Il y a 36 ans, Roanne accueillait le premier congrès de la Fédération nationale des villes moyennes, fondée alors par son maire, Jean Auroux. La fédération devenue depuis lors Villes de France est de retour dans la cité ligurienne ces 2 et 3 juillet 2026 pour un congrès axé cette année sur la mandature qui commence. Alors que leur villes – qu’ils préfèrent définir comme étant "de taille intermédiaire" – ont connu un regain d’intérêt au plus haut de l’État et retrouvé de l’attractivité, les 200 congressistes attendaient des engagements clairs de la part de la ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel. Et ils n’ont pas été déçus. Le Premier ministre a arbitré : "Nous avons décidé de poursuivre les programmes Action cœur de ville et Petites Villes de demain sur la durée du mandat municipal", a-t-elle déclaré, désamorçant ainsi la déception qu’elle avait suscitée deux semaines plus tôt devant les maires de petites villes réunis à Château-Thierry (lire notre article). Elle n’avait alors pas pu s’engager au-delà de 2027…
Cette prolongation pourrait même durer jusqu’en 2033, le mandat actuel ayant des chances de durer exceptionnellement sept ans, compte tenu du calendrier électoral. Ce qui impliquera "une clause de revoyure" à mi-parcours pour "recaler les choses". "Vous avez besoin de lisibilité", a insisté la ministre, ces opérations d’ampleur nécessitant selon elles "au moins deux mandats" pour se réaliser.
Deux priorités
Alors que la bataille budgétaire pour 2027 ne fait que commencer, elle n’a cependant apporté aucune précision sur les financements. Tout juste a-t-on appris que les deux priorités de cet "ACV 3" comme on l’appelle, seront le logement et le commerce. Un commerce "en pleine transformation", qui suscite de vives inquiétudes chez les édiles de ces "villes de sous-préfectures" directement frappées par les fermetures en cascade d’enseignes de prêt-à-porter, comme l’a encore montré mercredi un rapport sénatorial (lire notre article). "Nous devons nous concentrer sur le commerce de centre-ville", a encore précisé la ministre, laissant entendre un retour à l’essence même de ce programme de revitalisation lancé en 2018, après une tentative de s’attaquer à la problématique des entrées de villes, choix qui semble aujourd’hui contesté.
"Les entrées de villes et la périphérie ne peuvent pas être l’objectif d’Action cœur de ville", a martelé Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse et président délégué de Villes de France. Car "l’élan" du programme est aujourd’hui "cassé" par les fermetures des enseignes de prêt-à-porter et d’équipement à la personne. Selon lui, le périmètre du programme doit être défini par le maire et le préfet. Un point partagé par le maire de Roanne, Yves Nicolin, pour qui "ce qu’il faut viser, ce sont les centres-villes (…), et non pas continuer cet étalement urbain". "De grâce n’étendez pas ACV aux périphéries", a lancé celui qui se targue d’avoir su "redresser" sa ville en deux mandats, ramenant le taux de chômage de 12 à 7% et en menant un "vaste programme de modernisation". Après 45 ans de déclin, la ville a commencé à regagner environ 600 habitants par an depuis 2020, a-t-il affirmé.
Malentendu
Pour François Gatel, qui prépare une stratégie nationale d’aménagement du territoire, les villes moyennes sont les "forces vives de notre pays" et ont un rôle "pivot" en occupant des fonctions de centralité. "Une métropole aussi puissante soit-elle n’a pas d’avenir si elle n’a pas autour d’elle une armature urbaine", a-t-elle illustré. Action cœur de ville – né à la suite de la crise des gilets jaunes – "a profondément changé notre vision des choses", a-t-elle loué, avant de dissiper ce qu’elle considère être un "malentendu" autour du projet de loi visant à renforcer l’État local, que le gouvernement s’est résigné à retirer de l'ordre du jour parlementaire (voir notre article) face à la gronde des associations d’élus qui y voient une forme de recentralisation. Une accusation jugée "lunaire" par la ministre. "Ce que nous voulons faire, c’est un État qui se met en mode solutions." Car l’État local fonctionne aujourd’hui "en silo", "ce n’est plus acceptable".
Après avoir demandé à ce que les villes moyennes ne soient pas oubliées du programme de renouvellement urbain ("Anru 3") prévu dans le projet de loi Relance Logement, Jean-François Debat est revenu sur son domaine de prédilection : les finances locales. Celui qui vient d’être élu à la tête du Comité des finances locales (voir notre article) a vivement critiqué les choix faits en 2025 et en 2026, qui ont pénalisé les territoires industriels, le gouvernement ayant décidé de revenir sur le mécanisme prévu pour compenser la suppression des impôts de production en 2021. "Cette mesure doit être stoppée. Il faut que le projet de loi de finances pour 2027 se fasse sur des bases extrêmement différentes", a-t-il lancé à François Gatel qui a reconnu "une erreur de jugement".