Sport - Grand stade de Lille, un pari financier pour la métropole

Cela faisait plus de dix ans que Lille et sa région l'attendaient. Le 17 août dernier, le Lille olympique sporting club (Losc) a pris possession de son nouvel écrin, son "grand stade", situé sur les communes de Villeneuve-d'Ascq et Lezennes et doté de 50.000 places assises. Premier d'une série de grandes enceintes qui devraient fleurir en France - à Bordeaux, Nice ou Lyon - d'ici 2016 et l'Euro de football, le grand stade de Lille constitue un tournant dans le parc français des très grands équipements sportifs. Par ses performances d'une part, par son modèle économique d'autre part.
La première innovation du grand stade de Lille est technologique. Jamais un stade de cette taille n'avait été aussi multifonctionnel en France, voire au monde. Avec son toit rétractable et surtout sa "boîte à spectacle" (achevée en décembre prochain) qui permet de faire surgir de sous sa pelouse mobile une salle couverte polyvalente de 6.000 à 29.000 places, capable d'accueillir des manifestations sportives ou culturelles de toutes sortes, l'enceinte est incontestablement à la pointe du progrès. Autant d'atouts qui ne seront pas de trop pour remplir un agenda ambitieux. Outre les quelque vingt-cinq matchs annuels du Losc, le stade prévoit en effet de recevoir du rugby en surface, mais aussi de grandes compétitions de basket-ball, de handball, de volley-ball, de tennis, de judo, de gymnastique, etc., ainsi que des concerts dans ses profondes entrailles. Sans compter les micro-événements (exposition, séminaires d'entreprise…) accueillis dans les 10.000 m2 de salles plus petites et plus conventionnelles de l'établissement. Au total, plus de cent manifestations sont donc attendues chaque année.

Recours au PPP

Ce petit bijou a bien entendu un prix : 324 millions d'euros. Pour le financer, Lille métropole communauté urbaine (LMCU), compétente en matière d'équipements et réseaux d'équipements sportifs depuis 2002, a fait appel à une formule inédite pour un tel équipement : le partenariat public-privé (PPP), à travers une convention signée en octobre 2008 avec Elisa, filiale à 100% du groupe Eiffage créée spécialement et exclusivement pour la réalisation et l'exploitation du stade. Intérêt pour la métropole lilloise : elle vient de doter son territoire d'un écrin à dimension européenne sans avoir – encore – mis la main à la poche. En effet, sur les 324 millions d'euros de coûts, 60 millions proviennent des fonds propres d'Elisa, 45 millions d'une subvention du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (soit 14%), le solde étant constitué d'un emprunt bancaire contracté par Elisa.
Mais bien entendu, pour récupérer "son" bien, LMCU devra s'acquitter d'une redevance. Le PPP prévoit ainsi qu'Elisa exploitera le stade sur une durée de 31 ans pendant laquelle elle recevra une redevance annuelle dont le coût net pour la métropole lilloise devrait s'élever à 7,2 millions d'euros. Une somme revue à la baisse en 2011, l'accord initial prévoyant une contribution communautaire de 17,2 millions annuellement. En échange, Elisa assurera, outre l'exploitation commerciale, l'entretien, la maintenance et les grosses réparations de l'ouvrage de façon à le restituer en "très bon état de conservation" en 2043.

Baisse de la redevance : à quel prix ?

Si la redevance a donc été revue à la baisse, le PPP du grand stade de Lille ne va pas sans soulever des interrogations. Dans un rapport d'observations définitives daté du 22 juillet 2010, la chambre régionale des comptes (CRC) du Nord-Pas-de-Calais mettait en avant ses craintes. Elle notait en préambule que "le coût par place de 5.200 euros HT - en ne retenant que le seul coût de construction - est élevé". (Lors de son colloque consacré aux stades en novembre 2010, la Ligue nationale de rugby estimait le coût moyen par siège pour une enceinte moderne et fonctionnelle entre 2 et 4.000 euros.)
La baisse de la redevance nette a été rendue possible par un certain nombre de facteurs dont certains ne font que reporter sur d'autres les efforts financiers, quand ils ne sont pas aléatoires. Ainsi une aide de 28 millions du Centre national pour le développement du sport (CNDS), versée au plus tard en 2013, viendra soulager les finances de LMCU une fois le processus de notification auprès de Bruxelles achevé.
Ensuite, si Elisa a consenti à un effort financier, il en a été de même pour le Losc, club résident, qui voit son loyer versé à l'exploitant augmenter pour atteindre 7 millions d'euros. Sur le terrain des ressources, LMCU bénéficiera d'une partie des recettes tirées par Elisa de l'exploitation du stade mais aussi de la valorisation des ouvrages annexes. A ce propos, la CRC observait que "même si LMCU s'est réservé le droit de contrôler la valeur du taux de rentabilité interne qui sera utilisée pour calculer la part des recettes additionnelles qui lui reviendra, cette valeur risque d'être très difficile à vérifier". En outre, la chambre retenait que "le risque sportif [les mauvais résultats du Losc et le manque de recettes y afférent, ndlr] ne sera en réalité pas assumé par le partenaire privé mais par le partenaire public".
L'endettement, notait encore la CRC "ne prend pas en compte les investissements à réaliser pour assurer la desserte du 'grand stade', lesquels ont été évalués à environ 161 millions d'euros HT en valeur décembre 2008, […] dont une partie sera prise en charge par les deux autres maîtres d'ouvrage, l'Etat et le département". A noter que ce coût prévisionnel a depuis été réévalué à la baisse.
Enfin, le coût brut de la redevance inclut le naming, ou baptême du stade du nom d'une marque commerciale. Soit 3,3 millions d'euros par an qui devraient alléger la charge de LMCU. Mais pour l'heure, les candidats ne se bousculent pas aux guichets du stade...

 

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