Localtis

Habitat social - Housing Europe s'inquiète du recul des politiques du logement au sein de l'UE

Publié le
par
Jean-Noël Escudié / PCA
dans

Logement

Social

Europe et international

Développement économique

Alors que le climat reste toujours aussi tendu entre le gouvernement et les acteurs du logement social, Housing Europe - la fédération européenne du logement social, qui regroupe 43.000 organismes HLM gérant 23 millions de logements - publie son étude "The State of Housing in the EU 2017" (L'état du logement dans l'Union européenne en 2017). Au-delà des fortes différences de la part du logement social dans l'ensemble de l'habitat au sein des pays de l'UE (de 1,7% en Estonie à 30% aux Pays-Bas, en passant par 16,8% en France), l'étude met en évidence la convergence d'un certain nombre d'enjeux et de difficultés, qui recoupent le débat français.

La croissance retrouvée se traduit par une reprise de la hausse des prix du logement, plus rapide que celle des revenus

Alors que l'Union européenne retrouve le chemin de la croissance, Housing Europe rappelle que "cette croissance laisse de nombreux Européens derrière elle". La Fédération observe notamment que cette croissance retrouvée se traduit aussi par une reprise de la hausse des prix du logement (voir l'encadré ci-dessous), qui croissent plus rapidement que les revenus dans la plupart des Etat membres. L'année 2016 a vu ainsi la plus forte hausse du prix des logements depuis 2009, au plus fort de la crise. Même si ces hausses sont d'intensité variable selon les pays, le logement représente le poste principal du budget des ménages européens. Sa part atteint désormais près du quart des ressources des ménages, contre 21,7% en 2000 et 22,5% en 2005.
Pour la Fédération, la conséquence de cette situation est que "les inégalités de logement et les inégalités de revenus se renforcent mutuellement". Elle en voit la preuve dans le fait que le taux moyen des ménages en risque de pauvreté consacrant une part excessive de leurs revenus à sa loger est passé de 35,9% en 2005 à 39,3% en 2015. A l'inverse, ce taux a légèrement diminué chez les ménages plus aisés. En outre, cette situation creuse des écarts entre les propriétaires et les locataires (du parc social comme du parc privé) et crée des difficultés supplémentaires pour les nouveaux entrants dans le logement, comme les jeunes ou les migrants.

Les grandes villes et les aires métropolitaines particulièrement touchées

Autre phénomène pointé par Housing Europe : cette situation entraîne globalement un accroissement du nombre de personnes sans logement, problème auquel les pouvoirs publics apportent une "faible réponse politique". Le rapport observe que seule la Finlande a réussi à inverser la tendance en développant une politique efficace.
Cette tension sur les prix et sur l'offre est évidemment une conséquence de la reprise encore lente de la construction. Celle-ci reprend de façon nettement plus lente que les prix, ce qui crée des pénuries de logements, "particulièrement dans les grandes villes et les aires métropolitaines à forte croissance démographique". Le rapport relève en particulier des phénomènes de ce type au Royaume-Uni, en Suède, en Irlande, au Luxembourg, mais aussi - à un niveau plus local - aux Pays-Bas et en Allemagne.

"Les leçons n'ont pas été tirées par les responsables des politiques du logement"

Pour la Fédération, la réponse politique n'est manifestement pas à la hauteur. Elle estime ainsi que "dans la plupart des cas, les réponses politiques au niveau des Etats membres ont consisté à réduire les dépenses publiques pour le logement social, au profit de mesures pour accroître la production dans le secteur privé ou encourager l'accession à la propriété". Du coup, la plupart des grandes villes sont confrontées à un manque de logement, d'où une "difficulté croissante à trouver des logements adaptés et abordables sur des territoires où se situent pourtant les offres d'emplois". A l'inverse, on observe des taux de vacance élevés dans des territoires en stagnation ou en déclin.
Dans ce contexte, les bailleurs sociaux continuent de proposer des loyers "significativement plus bas que le marché", mais font face à un double défi : la baisse de revenus des locataires actuels et un grand nombre de demandeurs en liste d'attente.
De cette conjonction de phénomènes et d'évolutions, Housing Europe tire la conclusion que "les leçons n'ont pas été tirées par les responsables des politiques du logement". Pour l'association, la crise de 2008 aurait dû constituer un tournant, favorable à une prise de conscience sur l'importance d'investir dans le logement abordable et non spéculatif. Il y a pourtant eu peu de changements dans les politiques du logement.

Les collectivités ont dû s'investir davantage dans le logement

Au contraire - et à quelques exceptions près -, les bailleurs sociaux ont du faire face à une attrition du financement public et compter davantage sur les financements privés. Les pays disposant d'une longue tradition de logement social, comme l'Autriche ou la France, ont toutefois bénéficié d'une meilleure résilience, alors que les pays à faible tradition de logement social ont été fortement touchés, à l'image de l'Italie, de la Grèce, de l'Irlande ou du Portugal.
Dans ces conditions, observe Housing Europe, les collectivités territoriales ont été amenées à développer des solutions palliatives, comme de chercher à accroître la disponibilité foncière ou de contribuer davantage au développement d'une offre abordable.
 

Prix en hausse et retournement de la construction

En même temps que le rapport 2017 de Housing Europe, deux publications d'Eurostat confirment les difficultés du logement au sein de l'Union européenne. La première, en date du 11 octobre, fait état d'une hausse des prix du logement (prix à l'achat, toutes catégories confondues) de 3,8% au sein de la zone euro, entre le deuxième trimestre 2016 et le deuxième trimestre 2017. Cette hausse sur un an est même de 4,4% sur l'ensemble de l'UE. Ces hausses sont respectivement de 1,5% et 1,8% entre le premier et le second trimestre 2017. Sur un an, les plus fortes hausses concernent la République tchèque (+13,3%), l'Irlande (+10,6%) et la Lituanie (+10,2%), tandis que les prix ont au contraire diminué en Italie (-0,2%). La France se situe légèrement en dessous de la moyenne de l'UE (+3,5% sur un an et +1,3% sur deux trimestres).
Le second communiqué d'Eurostat, en date du 18 octobre, semble confirmer un retournement de tendance dans la construction en Europe. En août 2017, la production dans ce secteur, corrigée des variations saisonnières, a ainsi diminué de 0,2% dans la zone euro et de 0,4% dans l’Union Européenne à 28, par rapport au mois de juillet, durant lequel la production dans le secteur de la construction est restée stable dans la zone euro, tandis qu'elle augmentait de 0,1% dans l'UE. Ce recul de 0,2% de la production dans le secteur de la construction est imputable à une baisse de 0,2% pour la branche bâtiment et de 0,1% pour la branche génie civil. Les baisses les plus prononcées concernent la Suède (-9,7%), la Slovénie (-3,6%), la Slovaquie (-1,4%) et l'Allemagne (-1,2%), tandis que la Hongrie (+9,8%), l'Italie (+1,8%) et la Bulgarie (+0,9%) affichent les plus fortes hausses. La France se situe à nouveau en dessous de la moyenne de la zone euro, avec un recul de la construction de 0,1% au mois d'août.
Sur un an (de août 2016 à août 2017), la tendance reste toutefois positive compte tenu de l'impact de la reprise, avec une évolution de la construction de +1,6% pour la zone euro et de +3,1% pour l'UE à 28. Mais la France fait, cette fois-ci, nettement moins bien que la moyenne européenne, avec une progression de seulement 0,7%. En août 2017, la France affiche ainsi, pour une base 100 en 2010, un indice de la production dans le secteur de la construction de 89,9 contre 94,9 pour la zone euro et 100,2 pour l'UE à 28. Elle se trouve très loin de pays qui ont largement dépassé l'indice de départ de 2010, comme la Hongrie (120,7), la Suède (119,6), le Royaume-Uni (117,8) ou les Pays-Bas (111,3). En juillet 2017 (dernier mois disponible avec les données complètes des 28 Etats membres), onze pays de l'UE avait déjà dépassé la base 100 de 2010, tandis que la France se contentait encore d'un indice de 89,8, se classant ainsi au 22e rang européen.
J.-N.E.

 

Haut de page