"Il est prématuré de parler de déconfinement"

Jean Castex, entouré de quatre ministres, a apporté ce 26 novembre un certain nombre de précisions sur les annonces faites deux jours plus tôt par Emmanuel Macron. Les trois "phases", de samedi jusqu'au 20 janvier, ont été rappelées. L'accent a aussi été mis sur l'élargissement des aides aux entreprises ou personnes les plus touchées par la crise.

Pas d'annonces vraiment nouvelles, mais de nombreuses précisions. La conférence de presse de Jean Castex ce 26 novembre, à laquelle participaient quatre ministres, a permis de reprendre point par point tout ce qui avait été énoncé deux jours plus tôt par Emmanuel Macron (voir notre article du 24 novembre). Et, pour certaines questions, dont celle des tests et de la vaccination, de renvoyer à un autre point qui sera fait la semaine prochaine.

Le Premier ministre a redonné le cap : "permettre un retour par étapes à une vie plus normale" tout en "limitant au maximum le risque de reprise épidémique". Il ne faut donc pas encore "parler de déconfinement", a-t-il insisté. Il s'agit uniquement pour l'heure d'autoriser "le redémarrage progressif de certaines activités" et en revanche de maintenir "fermées plus longtemps des activités présentant un risque sanitaire plus avéré". Le tout en évitant "un 'stop and go'".

Les trois "phases" ont été rappelées détaillées :
 

Samedi 28 novembre au matin

"Les déplacements resteront contraints et l’attestation obligatoire pour toutes les sorties du domicile". Comme on le sait depuis mardi soir, "la limite des 1 km / 1 heure passera à 20 km / 3 heures" pour "marcher, faire du sport, profiter de la nature"… mais pas rendre visite "à des amis ou à la famille".

Les "activités sportives individuelles de plein air seront possibles". Jean Castex a cité la course à pied dans l'espace public, les sports individuels "dans un stade ou un terrain de sport découvert" tels que le tennis, l’équitation, l’athlétisme.

Chasser et pêcher durant 3 heures à moins de 20 kilomètres de chez soi sera également possible…

Lieux de culte : le Premier ministre a finalement confirmé la jauge de 30 personnes, précisant que celle-ci évoluera ensuite "progressivement", notamment pour aller vers une "jauge fonction de la capacité globale d’accueil".

Commerces :

Il est confirmé que "l’ensemble des commerces qui étaient jusque-là fermés" et ce, "quelle que soit leur taille", pourront rouvrir. Tous les rayons des grandes surfaces seront évidemment à nouveau autorisés. Un nouveau "protocole sanitaire renforcé" a été élaboré. C'est le ministre délégué en charge des PME, Alain Griset, qui en a présenté les grandes lignes.

Ce protocole se veut avant tout "simple et lisible", a-t-il expliqué. La jauge à l'intérieur des magasins sera de 8m2 par client (en se basant sur la surface totale de vente et hors salariés). Les commerces de plus de 400m2 devront mettre en place un système de comptage. Quand la configuration le permet, un sens unique de circulation des clients devra être privilégié. Bercy a ensuite diffusé un document détaillé sur le contenu de ce protocole.

Il a été décidé que tous les commerces pourront rester ouverts jusqu'à 21h. S'agissant de l'ouverture le dimanche, Élisabeth Borne a adressé une instruction aux préfets afin de "faciliter les dérogations" (uniquement pour le mois de décembre ; "pour le mois de janvier, nous devons étudier la chose juridiquement", a noté Jean Castex).

Les "commerces culturels" sont évidemment concernés par la réouverture au même titre que les autres (librairies, disquaires, galeries d’art, magasins d’instruments de musique…). Mais aussi les bibliothèques et les archives.

Autres activités qui pourront reprendre : le chef du gouvernement a cité les services à domicile, les autoécoles (heures de conduite) et les visites immobilières.
 

Le 15 décembre

Déplacements possibles entre régions. Ainsi que vers et depuis les territoires ultramarins (mais avec production d’un test PCR) et vers l’étranger.

Réinstauration du "couvre-feu à 21h, sur l’ensemble du territoire, qui remplacera le confinement". Comme on pouvait le supposer, une attestation sera donc "obligatoire en soirée". On peut supposer (cela n'a pas été précisé) que comme lors du premier couvre-feu, un billet de train ou d'avion vaudra attestation.

Reprise de "toutes les activités extrascolaires pour les enfants, qu’elles se déroulent en intérieur ou en extérieur", dont les activités sportives pratiquées en club. Mais uniquement, donc, celles des enfants.

En revanche, "les centres de vacances et les colonies de vacances ne pourront pas rouvrir pour les vacances de fin d’année".

Les conservatoires pourront rouvrir y compris pour les cursus non-professionnalisants, sauf pour la danse et le chant.

Musées, cinémas et salles de théâtre ou concert : le protocole présidant à leur réouverture sera le même que lors du premier couvre-feu. Comme annoncé par Emmanuel Macron, une "tolérance" horaire est prévue : le billet pourra servir de justificatif pour rejoindre son domicile après 21h suite à une séance ou un spectacle. Mais cette tolérance sera en réalité minime : Roselyne Bachelot a bien précisé que toutes les représentations devront être terminées à 21h au plus tard. Visiblement, certains professionnels du secteur n'avaient pas anticipé le fait qu'ils devraient donc recommencer à mettre en place une programmation à 18h ou 19h… Il faudra "si possible organiser nos journées différemment…", a reconnu la ministre de la Culture. Elle a précisé au passage que les dérogations déjà accordées pour les répétitions, captations ou tournages vont "perdurer".

Sports d’hiver : on sait les réactions suscitées par l'annonce mardi de la non-réouverture des stations de ski pour les vacances de fin d'année. Jean Castex a réexpliqué les raisons de cette décision. Il a toutefois ajouté qu'il "sera loisible à chacun de se rendre dans ces stations pour profiter de l’air pur de nos belles montagnes, des commerces" mais que "les remontées mécaniques et les équipements collectifs seront fermés au public". Ce qui risque entre autres de poser question par rapport à la possible pratique d'activités ne nécessitant pas de remonte-pentes (raquettes, ski de fond, ski de randonnée…).
 

Le 20 janvier

Possible levée du couvre-feu

Possible "reprise d’activité pour les restaurants" (les bars ne sont toujours pas mentionnés et le "monde de la nuit" restera clos pour une durée encore indéterminée).

"Enseignements en présentiel dans l’enseignement supérieur" et "retour à un fonctionnement normal dans tous les lycées".

Au moins jusqu'au 20 janvier, "le télétravail restera la règle et devra être le plus massif possible".

Sport : pour les adultes aussi cette fois, possible reprise des activités de sport en salle et de sports collectifs ou de contact en extérieur.

Les activités d'enseignement de la danse et du chant pourraient reprendre. Ainsi que les "concerts et spectacles debout".
 

Les aides

Fonds de solidarité rénové. Jean Castex est revenu sur le fonds de solidarité d’urgence qui a été porté de 1.500 à 10.000 euros par mois pour les petites entreprises. Et, surtout, sur l'annonce d'Emmanuel Macron de mardi : "Pour répondre aux besoins des entreprises de taille plus importante", à partir de décembre, "chaque entreprise fermée à cause du confinement pourra recevoir, chaque mois, soit 10.000 euros, soit si c’est plus avantageux, une compensation représentant 20% du chiffre d'affaires réalisé sur la même période l’année précédente". Au-delà des entreprises administrativement fermées, celles qui connaissent une forte baisse d'activité (hôtels, tourisme et événementiel...) pourront elles aussi bénéficier de ce nouveau fonds "dès lors que leur chiffre d’affaires s’est réduit d’au moins de moitié, avec un niveau d’aide qui se situera entre 15 et 20%" selon le niveau de la baisse de chiffre d’affaires. Sur ces deux cas de figure, là encore, Bercy a publié une fiche explicative.

Une aide aux "permittents". Le gouvernement a annoncé une nouvelle aide aux "saisonniers, intermittents et travailleurs en extra" : "Pour tous les salariés, qui l’année dernière travaillaient beaucoup en alternant des contrats courts et des périodes de chômage dans des secteurs aujourd’hui totalement sinistrés par la crise, nous allons leur assurer à partir du 1er novembre une garantie de ressources de 900 euros par mois jusqu’en février 2021", a déclaré le Premier ministre, avant qu'Elisabeth Borne ne détaille le dispositif (voir notre article de ce jour sur ce point).

Etudiants. Comme il l'avait déjà fait savoir le 12 novembre, le Premier ministre a évoqué la création de "20.000 jobs étudiants dont la mission sera de venir en soutien des étudiants décrocheurs". Il s'agira de contrats quatre mois et de 10 heures hebdomadaires passés par les universités. A en outre été annoncé un doublement du budget alloué aux Crous "pour verser des aides financières d’urgence à des étudiants en situation de précarité".

Jeunes en insertion. Le plan "1 jeune 1 solution" va être renforcé. Le nombre de bénéficiaires de la garantie jeunes sera doublé pour passer à "au moins 200.000 jeunes".
 

Tests, isolement, vaccin...

Un point spécifique sur la stratégie purement sanitaire est prévu la semaine prochaine. Interrogé sur l'éventualité de "tests massifs", Olivier Véran a entre autres indiqué qu'un "protocole" était en préparation pour "les entreprises et les collectivités locales qui veulent s'y engager" et sera finalisé dans les prochains jours. "Nous travaillons avec les collectivités" pour étudier "dans quels endroits et dans quelles conditions cela fait sens", a-t-il développé.

Emmanuel Macron ayant évoqué mardi l'éventualité d'un isolement "contraint" des personnes contaminées, et sachant qu'une proposition de loi a déjà été préparée par des députés de la majorité, Jean Castex a confirmé qu'une obligation d'isolement nécessiterait bien un texte de loi... mais que le gouvernement entend "avoir [son] propre texte". L'idée générale étant de "mieux faire respecter l'isolement", mais aussi de proposer "un accompagnement médical et social" renforcé. "Nous y travaillons déjà avec les associations de collectivités locales", a-t-il ajouté.

Olivier Véran reviendra prochainement sur les "enjeux logistiques" liés à la vaccination.

Enfin, le ministre de la Santé a souhaité mettre l'accent sur les enjeux de santé mentale liés à la crise et à la nécessité de "mettre en place une stratégie de suivi, de soutien et d'accompagnement de toutes les personnes en souffrance". La plateforme téléphonique de soutien aux télétravailleurs "reçoit chaque jour 20.000 appels", a-t-il rapporté, citant également "toutes les plateformes portées par les collectivités, les associations, les CCAS...".

 

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