Illectronisme : 34% des 16-74 ans en difficulté numérique en 2025, l'IAG creuse les écarts

Selon l'Insee, 7% des 16-74 ans sont en situation d'illectronisme en 2025 et 27% disposent de compétences numériques faibles. Si la part globale des personnes en difficulté recule depuis 2021, elle reste élevée et très marquée par l'âge et le niveau de diplôme. Et sans surprise, l'essor de l'intelligence artificielle générative, utilisée par 37% de la population, profite surtout aux publics déjà à l'aise avec le numérique.

Malgré la généralisation des démarches en ligne et la dématérialisation des services publics, la fracture numérique demeure une réalité en France. Les derniers résultats de l'enquête TIC-ménages 2025 de l'Insee, publiée le 19 février 2026, confirment que les inégalités d'accès et de maîtrise des outils numériques restent fortement corrélées à l'âge et au niveau de diplôme.

Une baisse de l'illectronisme qui masque des fragilités enkystées 

En 2025, 7% des 16-74 ans sont en situation d'illectronisme : 5% n'utilisent pas internet et 2% sont internautes mais sans aucune compétence numérique. Cette proportion était de 10% en 2021. La baisse s'explique uniquement par la progression de l'usage d'internet ; la part des internautes sans compétence, elle, demeure stable.

Au-delà de ce noyau dur, 27% des 16-74 ans disposent de compétences numériques faibles, c'est-à-dire qu'ils ne maîtrisent pas les notions de base dans un à trois des cinq domaines définis par l'indicateur européen (recherche d'information, communication, logiciels, protection des données, résolution de problèmes). Au total, 34% de la population est en difficulté numérique (illectronisme ou compétences faibles), contre 38% en 2021.

À l'inverse, 35% des personnes disposent de compétences avancées (32% en 2021) et 31% d'un niveau basique, stable depuis quatre ans.

L'âge constitue le facteur le plus discriminant. Parmi les 60-74 ans, 17% sont en situation d'illectronisme et 38% ont des compétences faibles. Chez les moins de 45 ans, ces proportions tombent respectivement à 2% et 21%.

Le diplôme joue également un rôle déterminant. Chez les 60-74 ans titulaires au plus d'un CAP-BEP, 15% sont en situation d'illectronisme et 47% ont des compétences faibles. Ces taux chutent à 2% et 18% chez les titulaires d'un bac+3 ou plus. Les écarts se retrouvent chez les plus jeunes : parmi les moins de 44 ans peu diplômés, 37% présentent des compétences faibles, contre 8% des diplômés du supérieur long.

Les femmes sont légèrement moins concernées par l'illectronisme (6% contre 7% des hommes), mais elles sont moins nombreuses à atteindre un niveau avancé (28% contre 34%).

Pour les collectivités, ces données soulignent la nécessité de maintenir des dispositifs d'accompagnement ciblés vers les publics âgés et peu diplômés, alors même que les démarches administratives locales se dématérialisent. Ces résultats confortent aussi  la nécessité de toujours maintenir la possibilité d'un accueil téléphonique (voir notre article du 15 octobre 2024).  

Protection des données, usage de logiciels source de difficultés

L'étude met en lumière de fortes disparités selon les domaines de compétences. 
La communication numérique est largement maîtrisée : 85% des 16-74 ans ont des notions avancées et seulement 6% n'ont aucune notion. Même parmi les personnes à faibles compétences générales, 80% disposent d'un niveau avancé en communication. L'envoi d'e-mails, l'usage des messageries instantanées ou des réseaux sociaux sont devenus des pratiques courantes.

La résolution de problèmes arrive en deuxième position : 67% ont des notions avancées et 24% des notions de base. Ainsi, 83% des internautes ont consulté leur compte bancaire en ligne au cours de l'année, y compris 68% des personnes à compétences faibles.

En revanche, la recherche d'information reste plus inégalement maîtrisée : 15% de la population n'a aucune notion dans ce domaine. Parmi les internautes à faibles compétences, 29% sont dans ce cas.

Les lacunes sont particulièrement marquées en matière de protection et de confidentialité des données : 22% des 16-74 ans n'ont aucune notion dans ce domaine. Chez les personnes à faibles compétences générales, 56% n'ont aucune notion et seulement 15% ont vérifié la sécurisation d'un site avant de fournir des données personnelles.

L'usage des logiciels (traitement de texte, tableur, présentation) constitue l'autre point noir : 23% de la population n'a aucune notion. Parmi les personnes à compétences faibles, 60% n'ont aucune maîtrise dans ce domaine, en hausse par rapport à 2021. Le recul de l'usage des ordinateurs au profit des smartphones et tablettes contribue à cette érosion.

Ces fragilités interrogent directement la capacité des usagers à accomplir certaines démarches administratives locales nécessitant le téléchargement, la modification et l'envoi de documents.

L'IA creuse les écarts et ne compense pas les lacunes numériques

Au-delà des compétences mesurées, le ressenti traduit un malaise. 15% des 16-74 ans se sentent dépassés par les évolutions numériques ou n'utilisent pas internet ; 7% déclarent rencontrer des difficultés. Parmi les personnes à faibles compétences, 25% se disent dépassées. Ce sentiment grimpe à 38% chez les 60-74 ans concernés.

À l'autre extrémité du spectre, 37% des 16-74 ans ont utilisé l'intelligence artificielle générative (IAG) au cours des trois derniers mois. L'usage est massif chez les 16-29 ans (73%), mais marginal chez les 60-74 ans (9%). Il est également très lié au niveau de compétence : 18% des personnes à compétences faibles utilisent l'IAG, contre 62% de celles à compétences avancées.

Les trois quarts des utilisateurs y recourent pour un motif personnel et près de un sur deux pour un usage professionnel. Mais l'IAG ne compense pas les lacunes numériques : "Elle reste mobilisée par des publics déjà à l'aise, contribuant potentiellement à renforcer les écarts", souligne l'étude.

Enfin, la situation des plus de 75 ans demeure préoccupante : 54% sont en situation d'illectronisme et seulement 5% disposent de compétences avancées, malgré une progression de l'usage d'internet par effet générationnel.

Pour les élus locaux, ces résultats rappellent que la transition numérique ne peut se limiter à l'équipement ou à la mise en ligne de services. Elle suppose un investissement durable dans la médiation, la formation et l'accompagnement, afin d'éviter que la modernisation des services publics territoriaux ne laisse durablement de côté un tiers de la population.

 

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