Impact de l'IA sur l'emploi : les métropoles surexposées
Le développement de l'intelligence artificielle aura des impacts plus forts sur les métropoles que sur les territoires moins dynamiques. C'est l'une des conclusions de l'étude de la Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM) publiée le 1er avril 2026. En cause : une exposition à l'IA plus forte des tâches cognitives, complexes et non répétitives, qui se trouvent plutôt dans les grands centres urbains, à l'inverse des vagues d'automatisation précédentes qui ciblaient les cols bleus.
© Coface et Adobe stock. Sources: OEM, Coface. *Dont: RH, achats, audits, comptabilité
Le développement de l'intelligence artificielle devrait impacter davantage les grandes métropoles que les territoires souvent perçus comme étant moins dynamiques. L'étude conjointe de la Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM) "Emplois, compétences, valeur : ce que l'IA est en train de bouleverser", publiée le 1er avril 2026, fait le point sur l'impact de l'IA sur les emplois et par la même sur les conséquences au niveau des bassins d'emplois français. Elle se fonde sur l'analyse de 923 professions, chacune décomposée en tâches et évalue le plus précisément possible le degré d'exposition de chaque tâche à l'automatisation. Au-dessus de 30% de tâches automatisables (une profession sur huit environ), la Coface considère que l'impact de l'IA est fort et peut menacer des emplois. Et globalement, elle montre que contrairement aux précédentes vagues d'automatisation, l'IA cible les tâches cognitives, complexes et non répétitives, ce qui correspond aux métiers des cols blancs : ceux "qui ont pour matière première le digital, qui traitent et manipulent de l'information et nécessitent des compétences formalisées, a expliqué Axelle Arquié, économiste à l'OEM, co-autrice de l'étude, lors d'un colloque début mars, les fonctions juridiques, scientifiques, les mathématiques, la finance, les médias et la communication et les supports administratifs".
Les métiers les plus manuels les plus préservés
A l'inverse, les métiers les plus manuels, et souvent les moins rémunérés, ou intégrant des interactions humaines difficiles à standardiser, comme la production, la construction, la maintenance, le transport, la restauration, le nettoyage, et certaines activités de soin et d'accompagnement, sont les plus préservés. Rien de très surprenant. L'intérêt de l'étude est de montrer que ces variations se retrouvent au niveau territorial, avec une concentration géographique de l'exposition à l'IA dans les territoires comme les métropoles, qui concentrent les emplois à forte valeur ajoutée et à forte intensité de connaissances, un "capital cognitif" que cible aujourd'hui l'IA. "A l'inverse, les territoires souvent perçus comme moins dynamiques économiquement, bâtis autour de l'agriculture (comme le Médoc), de la production artisanale ou du tourisme (comme la Corse), bénéficient d'un tampon structurel", insiste l'étude, car leur valeur ajoutée réside dans la présence physique et humaine, deux dimensions que l'IA ne peut pas "virtualiser". La carte présentée dans l'étude fait ainsi ressortir des risques d'exposition plus forts pour les grands pôles urbains, que sont Paris, Lyon, Grenoble, Lille, Rennes, Nantes, Bordeaux et Toulouse et des bassins plus protégés, comme la Corse, le nord atlantique, les territoires autour de Sarlat ou de Royan.
5 millions d'emplois menacés
Globalement, l'étude estime que 16% des emplois en France pourraient être menacés par l'IA et disparaître, soit 5 millions d'emplois, et ce à un horizon relativement court, la France se situant dans une position médiane en Europe. "L'ordre de grandeur est macroéconomique et justifie qu'on y regarde de près", a affirmé Aurélien Duthoit, économiste secteur TIC de la Coface, co-auteur de l'étude, lors du colloque, mettant en avant le seul consensus qui ressort des études : le rythme de déploiement de l'IA. "Une fois que la technologie est disponible, le déploiement prend comme une traînée de poudre", a-t-il ajouté. Le succès quasi immédiat de ChatGPT en témoigne. "La part des entreprises qui revendiquent utiliser l'IA pour au moins une fonction est passée de 55% en 2022 à 88% l'an dernier", a encore précisé l'économiste.
Par ailleurs, la Coface indique que l'exposition à l'IA est moindre pour les personnes sorties de CAP ou BEP (10 à 15% d'exposition), que pour les personnes diplômées de l'enseignement supérieur (15 à 20%). Cela monte même à plus de 25% pour les doctorats. Mais "même dans les secteurs les plus exposés, il y a un socle incompressible de métiers où ne voit pas l'IA agir et être en mesure d'assurer ces tâches", a tempéré Aurélien Duthoit. L'industrie en revanche que l'on pensait épargnée est aussi exposée, puisqu'elle a des composantes servicielles, comme la recherche et le développement et les métiers d'ingénieurs notamment. "Certains secteurs, comme la chimie et l'électronique ont même des risques supérieurs à ceux des services", a détaillé Axelle Arquié.