Risques naturels - Inondations : experts et élus reviennent sur la gestion des cellules de crise

Pour fêter ses dix ans le Centre européen de prévention des risques d'inondation (Cepri), une association de collectivités réunissant une centaine de membres, a eu la bonne idée de mettre en avant le 29 juin des témoignages d'élus touchés de plein fouet par les récentes inondations et ayant eu à gérer des cellules de crise. Quelles leçons peuvent être tirées ? Quelles solidarités et outils restent à conforter ou inventer ? Quatre élus et un représentant de l'Etat ont livré leurs analyses.

Convié aux dix ans du Cepri, qui a organisé le 29 juin une journée de réflexion sur les risques d'inondation, Marc Mortureux, directeur général de la prévention des risques au ministère de l'Environnement, a dressé un bilan de la semaine d'inondations exceptionnelles qui ont touché plusieurs régions début juin. "La mobilisation des acteurs locaux m'a impressionné. Le dispositif de surveillance Vigicrues a montré sa pertinence. Sa dualité avec la vigilance de Météo-France s'est avérée complémentaire", motive-t-il. Une cellule de gestion de crise a été montée au sein du ministère : "Elle illustre le fait qu'on ne gère plus les crises comme avant, qu'il y a un besoin d'informations en temps réel, ce qui est pour nous très mobilisateur mais structurant".

Le Loiret, après le déluge

Fait caractéristique de ces inondations : elles ont eu lieu en juin et durement frappé des territoires, par exemple les villes de Montargis dans le Loiret ou Nemours en Seine-et-Marne, qui n'étaient pas connues comme étant vulnérables. Réaction du haut fonctionnaire : "Le fait que des cours d'eau échappant au système en place de surveillance aient beaucoup débordé interroge les acteurs du secteur. Faut-il étendre ce réseau de surveillance qui couvre actuellement 22.000 km de cours d'eau [en France il y en a 160.000 km, ndlr] ? Faut-il trouver des complémentarités avec d'autres dispositifs de surveillance qui pourraient être gérés par des acteurs locaux ?". Concernant la réactivité des collectivités, qu'il a saluée, il a ajouté que leurs effectifs étant réduits, un effet d'épuisement des personnels mobilisés 24 h sur 24 s'est manifesté. "Si l'Yonne ou la Loire avaient aussi débordé, il aurait sûrement fallu faire des choix et hiérarchiser en fonction des priorités".

Et si la Loire avait débordé ?

Dans le département du Loiret placé en vigilance rouge et sévèrement touché par les débordements du Loing, un affluent de la Seine, des cellules de crise ont été créées au sein des municipalités, du département et de la préfecture. La mairie d'Orléans en a par exemple géré une pendant une semaine, avec du soutien d'urgence médico-psychologique pour les sinistrés. "Sur la section de l'autoroute A10 au nord de la ville 500 à 600 automobilistes qui se sont retrouvés piégés par les eaux ont été secourus par l'armée. Je retiens de cet épisode exceptionnel l'importance des solidarités, qui sont à structurer à tous les niveaux. Nous pensions que notre plan communal de sauvegarde (PCS) était à la pointe. Mais si la Loire avait débordé nous aurions été dépassés", raconte Stéphanie Anton, adjointe au développement durable de cette ville. 

Des évacuations en grand nombre

Gérard Malbo, vice-président du département qui a fermé un tiers de ses routes, résume le phénomène qui a pris tout le monde de court : "Les zones inondables ont été moins inondées que celles qui n'étaient pas censées l'être". Environ 3.700 maisons ont été touchées dans le département. Des évacuations ont été menées là où on ne s'attendait pas à voir l'eau monter, dans des collèges et maisons de retraite. Le Sdis a évacué un millier de personnes". Au sujet de ces évacuations Marie-France Beaufils, sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps, une commune inondable dans l'Indre-et-Loire, ajoute qu'il reste un travail à faire auprès des populations toujours étonnées, parfois réticentes et se demandant s'il faut vraiment évacuer. "Il existe par ailleurs une liste des territoires à risques importants d'inondation (TRI). Mais au Cepri ce ne sont pas eux mais d'autres qui nous ont sollicités. Sur l'échiquier territorial il faut donc veiller à ne pas lâcher les zones en apparence moins exposées", poursuit cette élue, par ailleurs présidente du Cepri. "Nos plans de prévention des risques d'inondation (PPRI) étaient très tournés vers la crue de la Loire", observe Christian Braux, maire de Saint-Cyr-en-Val (Loiret). Il ne s'agissait pas d'une inondation fluviale mais d'un ensemble d'inondations par remontée de nappe, par débordement ou par ruissellement : "Des petites rivières habituellement très calmes ont atteint un niveau jamais vu !".

 

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