Investissements étrangers : la Team France Invest se déploie en région

Avec une baisse de 17% des investissements étrangers en 2020, la France sauve les meubles dans le contexte difficile de la crise sanitaire, la baisse étant de 33% à l'échelle mondiale. Pour asseoir l'attractivité du site France, le gouvernement vient de lancer officiellement la "Team France Invest", fédérant les acteurs publics autour de Business France, sur le modèle de la Team France Export. Cette "équipe de l'attractivité" va se déployer en régions dans le cadre de l'accord de partenariat du 28 septembre 2020.

Malgré la crise sanitaire, l'attractivité de la Provence s'est maintenue en 2020, avec 65 investissements d'entreprises, représentant 1.300 emplois directs dans les trois ans, contre 80 en 2019. "Nous avons perdu quinze projets par rapport à 2019, mais les chiffres sont relativement bons face au contexte", insiste-t-on à Provence Promotion, l'agence de développement économique d'Aix-Marseille-Provence. Les résultats étant dus selon l'agence à une adaptation de la stratégie, avec un développement des bureaux de liaison à l'étranger, mais aussi à de nouvelles tendances des entreprises, qui, pour certaines, décident de quitter les grandes villes pour installer leurs salariés dans des tiers-lieux répondant à leurs nouvelles envies.
Autre bon résultat dans ce contexte morose : le Grand Est. Le nombre de projets d'investissements étrangers est resté stable (104 projets tout comme en 2019) avec une forte croissance des emplois générés à terme, à 4.261 contre 3.120, soit une croissance de plus de 30%. Des résultats à mettre sur le compte du positionnement géographique de la région (45% des frontières françaises), les investisseurs "se servant de notre territoire comme d'un hub pour installer leurs sociétés à destination du marché européen", explique à Localtis Isabelle Héliot-Couronne, présidente de la commission Développement économique de la région Grand Est, précisant que 37% des investisseurs étrangers sont des entreprises allemandes. Autre facteur d'attractivité : le caractère industriel de la région, deuxième région industrielle de France. "43% des projets d'investissements étrangers sont des projets de production, détaille Isabelle Héliot-Couronne, en venant chez nous, les investisseurs savent qu'ils vont trouver les process, les savoir-faire, la ressource humaine, et aussi le lien très fort que nous avons avec l'enseignement supérieur".
Ces deux exemples sont tirés des premiers chiffres du bilan des investissements étrangers en France, livrés par Business France le 26 février 2021. Avec 1.215 décisions d'investissements d'entreprises étrangères, issues de soixante pays, la France enregistre soit une baisse de 17% par rapport à l'année 2019 (voir encadré ci-dessous). Mais elle s'en sort plutôt bien, la moyenne mondiale affichant une baisse de 33%.

Près de 35.000 emplois maintenus ou créés

Ces projets ont permis de maintenir ou créer près de 35.000 emplois. En 2019 la France était le pays européen qui avait attiré le plus de projets d'investissements étrangers ; 2020 devient la seconde meilleure année - toutes proportions gardées - depuis dix ans. Au total, la France compte 14.000 entreprises étrangères installées sur son territoire, qui représentent 13% de l'effectif salarié et contribuent à hauteur de 21% au chiffre d'affaires de l'économie française.
Le baromètre Business France 2020 de l'attractivité de la France réalisé par le cabinet Kantar fait ressortir une forte appétence des investisseurs pour la France : 85% des dirigeants de sociétés étrangères considèrent la France comme une destination attractive et huit sur dix jugent pertinentes les mesures économiques. 
Pour le gouvernement, ces résultats sont à mettre au crédit de la stratégie portée depuis 2018 par le président de la République au travers de la marque Choose France. Ce sommet, qui devrait connaître sa troisième édition le 28 juin 2021, réunit les investisseurs étrangers pour valoriser l'attractivité économique de la France. Le gouvernement mise aussi sur la baisse des impôts de production de 10 milliards d'euros en 2021 puis en 2022.

Une "équipe de France de l'attractivité" 

Mais pour mieux accompagner les investisseurs dans leur projet, le gouvernement a lancé, le 26 février 2021, la "Team France Invest", lors d'une visite du site de l'entreprise japonaise Sakata Seeds, à Angers (Maine-et-Loire). Il s'agit d'une "équipe de France de l'attractivité et de l'accueil des investissements étrangers en France, dans l'esprit de ce que nous avons réussi avec la Team France Export avec les bons résultats que l'on connaît, avec par exemple 130.000 entreprises qui exportent en France alors qu'elles n'étaient que 120.000 il y a deux ans", a détaillé Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité. Des "bons résultats" à nuancer puisque la déficit commercial s'est dégradé à -65,2 milliards d’euros en 2020, contre -57,9 milliards en 2019. Certes, dans le contexte de la crise et d'une chute des exportations. Le nombre d'entreprises exportatrices reste bien moindre qu'en Allemagne (300.000) ou en Italie (200.000).


La Team France Invest va réunir l'ensemble des acteurs publics concernés : l'Etat, les opérateurs de l'Etat, et tout particulièrement l'Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT), la Banque des Territoires et Bpifrance, les services déconcentrés, et les régions. Elle s'appuie sur les bases déjà établies par Business France et les agences régionales de développement, "ces dernières agissant comme correspondantes chefs de file en région", indique le dossier de Business France. Les jalons ont été posés avec une charte nationale des investissements directs étrangers (IDE) signée le 21 janvier 2019 entre l'Etat et Régions de France, fixant les ambitions. L'accord de partenariat Etat-régions signé le 28 septembre 2020 sur la territorialisation de la relance est allé plus loin dans le champ de l'internationalisation de l'économie en s'appuyant sur deux jambes : la Team France Invest pour l'attractivité et la Team France Export pour le commerce extérieur.

Des chartes en région

L'objectif aujourd'hui est d'anticiper les besoins des territoires et des investisseurs déjà présents (collecte et remontée des informations sur les besoins des entreprises, cartographie des implantations étrangères…), d'accompagner les nouveaux investisseurs (mise en place d'actions de promotion des 78 sites industriels clés en main, mise en relation des entreprises françaises en croissance vers les investisseurs étrangers, mise à disposition de fiches présentant les atouts des territoires) et de favoriser les échanges entre partenaires pour valoriser les atouts des territoires.
Cette équipe va aussi se doter d'ici l'été 2021 d'une plateforme numérique collaborative de traitement de projets au service des investisseurs étrangers pour informer et accompagner au quotidien les décideurs porteurs de projets. Parallèlement, les régions se dotent de chartes Team France Invest avec l'appui de Business France. L'opérateur a annoncé le 26 février son adhésion à celle de la région Ile-de-France qui crée l'équipe attractivité francilienne. D'autres chartes devraient être lancées dans les prochains jours. En région Paca, l'assemblée plénière du 17 décembre 2020 a acté la mise en place de la Team France Invest Région Sud pour rassembler les acteurs économiques régionaux de l'attractivité autour d'une dynamique commune et d'une stratégie partagée. Les parties prenantes volontaires seront invitées à signer une charte de l'attractivité. La "Team" sera animée par l'agence régionale rising SUD avec un comité régional chargé de définir les orientations stratégiques et un comité technique chargé de la mise en œuvre opérationnelle.
Pour la région Grand Est, qui prépare la signature d'une convention avec Business France pour la mise en place de la Team France Invest pour le mois de mai ou juin, l'organisation se met vite en place : Invest Eastern France, l'agence régionale d'attractivité qui est rattachée à Grand e-nov, l'agence d'innovation du Grand Est, sera l'opérateur pour la mise en oeuvre. Les neuf agences de développement économique seront aussi signataires, puisque "selon les territoires d'implantation choisis par les investisseurs, c'est elles qui les accompagneront avec la Team France Invest", détaille Isabelle Héliot-Couronne. "Ce qui nous a beaucoup intéressés, c'est qu'on n'a pas imposé un modèle national identique à chaque région mais il y a un travail par rapport à chaque tissu régional, un travail à la carte, même si la finalité est la même, à savoir augmenter l'attractivité du territoire national", détaille la présidente de la commission développement économique de la région Grand Est.


Par ailleurs, et afin de mieux accompagner les territoires sur les questions d'attractivité internationale et notamment les plus fragiles, Business France et l'ANCT ont signé le 26 février une lettre d'intention pour formaliser le renforcement de leurs collaborations. 
 

Investissements étrangers en 2020 : la France résiste mieux que les autres

En 2020, la France a enregistré une baisse de 17% du nombre de projets d'investissements d'entreprises étrangères, selon les premiers éléments du bilan des investissements étrangers en France de Business France présenté le 26 février 2021. Une bonne performance comparée à la chute de 33% des flux mondiaux d'investissements entre 2019 et 2020, due principalement à la pandémie de Covid-19. 1.215 projets d'investissements ont été enregistrés, qui ont permis de maintenir ou de créer près de 35.000 emplois : 29.809 emplois créés et 4.758 sauvegardés.
Sans surprise dans ce contexte de pandémie, le secteur de la santé a enregistré la plus forte hausse des projets (+40% par rapport à 2019), essentiellement des extensions de sites de production et des centres de R&D ou d'ingénierie. Les énergies renouvelables ont aussi vu les projets augmenter (+13%). D'autres secteurs ont été plus impactés par la crise avec notamment une baisse de 57% des projets dans le domaine de l'hôtellerie-restauration, une baisse de 56% dans l'aéronautique et de 38% dans le transport et l'entreposage et dans le secteur des logiciels et prestations informatiques, qui, malgré l'essor des modes de travail digitalisés, n'a pu développer la part de ses activités sur site. Les filières étrangères ont implanté ou développé en premier lieu des sites de production. Et le nombre d'extensions et de créations de centres de R&D s'est maintenu à un niveau élevé (146 projets).