La canicule s'installe dans la durée et s'étend

La canicule s'est installée ce 18 juin sur une large partie de la France, de Paris au centre-est, et s'étendra vendredi, avec une cinquantaine de départements en vigilance orange, et plusieurs municipalités annulant la populaire Fête de la musique prévue dimanche 21 juin.

Alors que l'été ne commence que dimanche, MétéoFrance, dans son bulletin de 16h00 ce 18 juin a étendu à 53 départements la vigilance orange "canicule" à partir de vendredi midi, contre 26 jusqu'ici, "le long d'un axe allant du Sud-Ouest au Nord-Est". 

L'épisode de chaleur s'annonce "étendu, durable et intense", avertit l'organisme, alors que les 40°C ont été atteints ce jeudi à Montmorillon (Vienne), un record pour cette station de Météo France ouverte en 1990. Il a fait plus de 39°C à Tortezais (Allier), Issoudun (Indre) ou Chateaumeillant (Cher). A Orly en région parisienne, le thermomètre est monté à 36,9°C. D'autres températures notables ont été relevées à 15h00 - 35,3°C à Paris, 36,4°C à Lyon, 36,6°C à Ferté-Hauterive (Allier). Le "pic caniculaire remarquable" est attendu à l'échelle de la France entre dimanche et mardi, avec des "pointes à 40°C en particulier sur l'Ouest et le Centre (entre Garonne et Loire), avertit Météo France. Déjà la nuit de mercredi à jeudi "a été chaude sur une grande partie du pays", souligne Météo France. Le mercure n'est pas descendu sous les 23,8°C à Mont-Saint-Vincent (Saône-et-Loire), une valeur inédite au mois de juin" pour cette station, indique l'établissement public. Lorsque la température n'est pas redescendue sous 20°C, on parle de "nuits tropicales", estime l'organisme. Elles "mettent à mal notre sommeil et nos capacités de récupération. Loin de s'habituer, plus ces nuits sont fréquentes, plus notre corps fatigue et plus le risque sanitaire augmente", rappelle le gouvernement.

La SNCF a en conséquence supprimé 71 trains Intercités qui devaient circuler de jeudi à lundi, pour "prévenir les pannes potentielles de climatisation". Les lignes concernées sont Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, Paris-Clermont-Ferrand et la Transversale Sud Bordeaux-Marseille.

Fête de la musique compromise

La fournaise met particulièrement à rude épreuve les élèves et personnels des établissements scolaires (lire notre article de ce jour).   Elle met également en péril la populaire Fête de la musique, née il y a plus de quarante ans et prévue dimanche. Brive-la-Gaillarde (Corrèze) a annoncé qu'elle annulait les animations prévues, et à Claye-Souilly (Seine-et-Marne) c'est une annulation complète "dans un souci de sécurité pour les artistes, les bénévoles, les agents mobilisés et l'ensemble du public", selon les autorités. Les festivités ne se tiendront pas non plus dans certaines petites villes comme Le Teich (Gironde), Ecommoy (Sarthe) et Saint-Savinien-sur-Charente (Charente-Maritime).

Face aux fortes chaleurs, Paris a autorisé la baignade dans une portion du canal Saint-Martin, dans l'est de la capitale, pour en faire un "véritable outil de rafraîchissement". "Profitez-en, et faites attention à vous avec la chaleur", a lancé le maire PS, Emmanuel Grégoire, dans un message sur X. 

Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne dans la lutte contre la canicule, estime la Fondation pour le logement des défavorisés. Dans un rapport publié jeudi, elle rappelle que les quartiers populaires sont surexposés à la précarité énergétique d'été et au phénomène des "logements bouilloires" (lire notre article de ce jour).

Deuxième épisode de chaleur de l'année

C'est le deuxième épisode de chaleur en quelques semaines qui touche la France, frappée en mai par des températures inédites pour le mois. La France subit "des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses aussi, signe manifeste du changement climatique", souligne Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France.

Face aux fortes chaleurs, qui affectent la santé, de "bons réflexes" sont à adopter "par tous" pour se protéger, a rappelé mercredi Santé publique France (SpF), alors que l'absence de déploiement de sa campagne de communication sur l'adaptation à la chaleur a fait polémique. Ces épisodes caniculaires, qui surviennent "de plus en plus tôt" et coïncident avec des périodes d'examens ou des événements culturels (fête de la musique) et sportifs comme le Mondial de football (11 juin-19 juillet), ont "un effet immédiat sur l'organisme, quel que soit son âge", note l'agence dans un communiqué.

Elle recommande de boire de l'eau régulièrement avant d'avoir soif, de rester au frais chez soi ou dans un lieu frais (bibliothèque, cinéma, magasins, piscine, pièce rafraîchie...) en évitant les sorties jusqu'en fin de journée, de privilégier les activités douces, de manger frais et équilibré, de limiter le café ou le thé et d'éviter l'alcool.

Face au risque aggravé de noyades, SpF insiste sur "des gestes simples" : surveillance active et permanente des jeunes enfants, respect des consignes de sécurité, adaptation à son état de forme, etc. Garder son logement le plus au frais possible ou adapter ses déplacements en voiture (heures les moins chaudes, eau en quantité suffisante, ne jamais laisser un enfant seul dans une voiture...) reste aussi recommandé. Alors que "la fatigue liée à la fois à la chaleur et au travail peut conduire à une baisse de la vigilance et à des accidents de travail", les employeurs doivent "mettre à disposition des travailleurs un local de repos adapté aux conditions climatiques", aménager leurs chantiers "de manière à permettre l'organisation de pauses dans des conditions de sécurité équivalentes" notamment, rappelle l'agence sanitaire.

Un "plan endurance" présenté par le gouvernement

Critiqué par l'opposition pour son "impréparation" lors du précédent épisode de chaleur, le gouvernement entend montrer sa mobilisation. "La France se place comme l'un des pays pionniers en matière d'adaptation", a assuré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Mais "pour autant, le chemin que nous devons parcourir est très long", a-t-elle dit en présentant ce 17 juin un "premier bilan" du Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), censé préparer la France à un réchauffement pouvant aller jusqu'à +4°C d'ici 2100.

Au côté de Monique Barbut, ce 17 mai à l'hôtel de Roquelaure, le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun a annoncé une série de mesures contenues dans un "plan endurance" pour accélérer l'adaptation des logements aux canicules. "Le mur devant nous est considérable. Un peu plus d'un logement sur trois s'apparente à une bouilloire thermique. La canicule n'est pas une question météorologique ou climatique, c'est désormais une question de justice sociale", a déclaré Vincent Jeanbrun lors d'un point presse.

Parmi les mesures annoncées, un amendement sera introduit dans le projet de loi de relance du logement, qui sera présenté mercredi prochain en Conseil des ministres, pour permettre aux copropriétés de voter à la majorité simple des travaux d'ampleur et de rénovation. Cette mesure sera assortie de la possibilité de faire financer les travaux, notamment l'installation de stores, volets et brasseurs d'air, par un prêt collectif à la copropriété.

La TVA sur les pompes à chaleur réversibles air-air passera par ailleurs à 5,5%, contre 20% aujourd'hui pour la pose et 10% pour l'équipement, tandis que le sujet du confort d'été sera systématiquement intégré dans les projets de rénovation de l'Anru 3 dans les quartiers de la politique de la ville. L'installation de protections solaires et brasseurs d'air est éligible à MaPrimeRénov' pour les rénovations d'ampleur des logements dans le parc résidentiel privé, a précisé le ministère dans un communiqué. Depuis le 1er janvier 2025, ces équipements bénéficient également d'un taux de TVA réduit à 5,5% dans le cadre d'une rénovation.

"La climatisation va être amenée à se développer", a reconnu par ailleurs Vincent Jeanbrun, qui souhaite conditionner ce développement à la réalisation préalable des solutions "les plus sobres en matière de consommation énergétique". Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer la nature en ville, ainsi que sur l'essor de la géothermie et des réseaux de froid, avec pour objectif de doubler la capacité de ces derniers d'ici 2030 et de la tripler d'ici 2040.

Sur le logement social, un travail de recensement des fragilités sera mené et les bailleurs devront s'engager à intégrer la question du confort d'été dans toutes les rénovations financées par un prêt de la Caisse des dépôts. Pour les logements neufs, l'indicateur de confort d'été sera révisé pour une "mise en cohérence avec la trajectoire réelle de réchauffement" avec un décret prévu "avant le 1er janvier 2027".

"La conférence de presse du gouvernement à la veille d'une nouvelle vague de chaleur aurait dû être l'occasion d'annoncer des vraies mesures (...) mais tout en vantant le fait que la France serait à la pointe de l'adaptation, il n'a fait aucune annonce réelle", a réagi la Fondation pour le logement des défavorisés dans un communiqué. "Le gouvernement se contente des mesures existantes, et de quelques petites annonces floues, comme le recensement des logements sans protections solaires dans le parc social", a-t-elle ajouté.

L'Etat "faillit à protéger la population" des risques sanitaires de "l'urgence climatique", selon l'ONG Oxfam

L'Etat "continue à méconnaître l'urgence climatique" et "faillit à protéger la population face aux risques climatiques", en particulier les plus fragiles, premières victimes d'un sous-investissement chronique dans le système de santé notamment, estime l'ONG Oxfam dans un rapport publié ce 18 juin.

Le changement climatique est une "bombe sanitaire passée sous les radars du gouvernement", dit l'ONG pour qui ses impacts sur la santé sont "insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques" : lutter contre la pollution de l'air, rénover les logements et respecter la trajectoire de neutralité carbone sont des mesures à "prioriser urgemment".

"Le système de santé ne parvient plus à protéger la population des conséquences du changement climatique", lit-on dans le document auquel ont contribué chercheurs de l'Inserm et universitaires alors qu'"à l'hôpital, il fait de plus en plus chaud, au point qu'il devient de plus en plus difficile d'y soigner".

La chaleur a causé la mort de 5.722 personnes à l'été 2025 en France, selon Santé publique France. "La mortalité liée à la chaleur y a été 31% plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches", dit le rapport, qui alerte notamment sur les fumées de feux de forêt, "dix fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières et industrielles".

"Nous sommes particulièrement vulnérables à ces conséquences sur la santé, car l'état de notre système de santé continue à se dégrader à l'heure où le changement climatique augmente les besoins de soins", affirme l'ONG, pointant la suppression "d'un quart des lits d'hôpital depuis 2000" et la baisse des effectifs d'infirmiers et d'aides-soignants entre 2012 et 2023.

Or les risques sanitaires "ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées" : les risques d'insuffisance rénale aiguë (+70% lors des canicules de plus de sept jours) d'infarctus du myocarde (+7% lors des journées les plus chaudes de l'année) et d'AVC (+3,8% pour chaque degré supplémentaire au-delà d'un seuil variable selon les régions), augmentent aussi, souligne l'ONG.

Les infrastructures hospitalières sont "particulièrement vulnérables aux risques climatiques" alors que "59,5% du bâti est vétuste", ce qui "menace la prise en charge des malades à des moments où les besoins sont pourtant les plus importants", dit-elle. Or "les personnes victimes de précarité, subissent "une triple peine : risque disproportionné de vivre avec une maladie chronique, aggravation de ses symptômes et soins perturbés", estime Oxfam, pour qui "en l'absence d'une anticipation renforcée des risques, le changement climatique aggravera les inégalités de santé déjà existantes". AFP

 

 

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