Vague de chaleur dans les écoles : les collectivités sommées de s'adapter face à un bâti vieillissant

Alors qu'une nouvelle vague de chaleur touche la France depuis le 17 juin 2026, perturbant jusqu'aux épreuves du baccalauréat, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a rappelé que la rénovation des 60.000 écoles, collèges et lycées français incombe aux communes, départements et régions. Un constat qui rejoint les conclusions d'une étude du think tank VersLeHaut, selon lesquelles les collectivités se retrouvent "en première ligne" face à un chantier climatique estimé à 40 milliards d'euros.

Le baccalauréat 2026, qui a débuté lundi 15 juin par l'épreuve de philosophie et s'est poursuivi jusqu'à jeudi 18 juin avec les épreuves de spécialités – toutes organisées le matin –, doit désormais composer avec les oraux. Mardi 16 juin, à l'issue d'une réunion interministérielle sur la canicule, Édouard Geffray a annoncé que le grand oral et l'épreuve orale de français, prévus à partir du 22 juin, pourraient être "décalés de quelques heures ou de quelques jours" dans les centres d'examen jugés trop chauds. Le lendemain, sur Franceinfo, le ministre a précisé que les élèves concernés seraient prévenus "jeudi, ou vendredi au plus tard", la décision revenant aux recteurs d'académie, qu'il devait réunir mercredi après-midi "pour anticiper". Il concède que "l'idéal serait que nous ayons nos 60.000 écoles, collèges, lycées parfaitement isolés, rafraîchis", mais il rappelle que "tous ces bâtiments appartiennent aux collectivités territoriales, pas à l'État". Les écoles appartiennent en effet aux communes, les collèges aux départements et les lycées aux régions. "Nous, on finance les trois milliards d'euros qui ont été mis sur la table" pour rénover le bâti, a-t-il rappelé faisant référence au plan EduRénov, lancé en 2023 et opéré par la Caisse des Dépôts, qui vise 40.000 écoles rénovées d'ici 2034. "Aujourd'hui, il y a 24 millions de mètres carrés qui sont en cours de rénovation", précise Édouard Geffray. "Mais je ne peux pas rénover un bâtiment qui ne m'appartient pas", s'est-il défaussé. 

Les maires de nouveau face au dilemme

Comme en juin 2025, où 2.200 écoles avaient fermé en pleine canicule, les édiles oscillent entre fermeture et maintien de l'accueil. À Tours, le maire écologiste Emmanuel Denis ferme "à 40 degrés" malgré 150 millions d'euros investis dans ses 58 écoles : aération des classes dès 6h30, arrosage des cours, ventilateurs et bientôt brasseurs d'air au plafond. À Provins (Seine-et-Marne), Olivier Lavenka (LR), qui avait fermé ses onze groupes scolaires l'an dernier, a fait chiffrer une salle climatisée par école à 300.000 euros, sans trancher. À Forbach, le maire Alexandre Cassaro a constitué un stock de bouteilles et de brumisateurs et fait relever quotidiennement la température de chaque classe, avant un éventuel transfert des élèves vers des lieux climatisés. Lyon, à l'inverse, refuse de fermer ses 207 écoles et déploie son programme "aventure fraîcheur"

Fin mai, le ministère avait rappelé que toute fermeture devait résulter d'un "dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire" (notre article du 28 mai 2026) – une coordination jugée difficile à mettre en œuvre dans l'urgence par Guillaume Perrin, spécialiste de la rénovation des bâtiments publics, pour qui "80% des écoles ne sont pas équipées pour résister aux vagues de chaleur actuelles", en l'absence de plan canicule national.

Un chantier chiffré à 40 milliards d'euros

L'étude de VersLeHaut "Éducation : faisons le pari de la proximité", publiée en avril 2026, consacre un chapitre au "coûteux défi de l'adaptation climatique" (à partir de la page 121). Le bâti scolaire – 50.130 écoles, 7.230 collèges et 4.150 lycées, soit 60.000 bâtiments pour 12 millions d'élèves – représente 30% du patrimoine immobilier de l'État et la moitié de celui des collectivités, pour un coût de rénovation chiffré à près de 40 milliards d'euros (1.100 à 1.700 euros le m²). 
Plus de la moitié de ce parc, construit avant 1914 ou pendant la reconstruction d'après-guerre, pèse pour 30% de la consommation d'énergie des communes. 
Selon Nicolas Turcat, directeur du programme EduRénov à la Banque des Territoires, 55% des écoles maternelles connaîtront en 2030 des températures supérieures à 35 degrés plusieurs semaines par an, et 100% dans des départements déjà fragilisés comme la Seine-Saint-Denis. "On ne rénove pas une école comme on rénove un gymnase", souligne Pascal Laval, directeur adjoint de Réseau Canopé Centre-Val de Loire, qui insiste sur l'association des équipes éducatives aux projets. À Paris, la démarche des "cours oasis" a déjà transformé plus de 160 cours sur 636 écoles et 114 collèges, pour un coût moyen de 350 à 460 euros le m². 

Un fonds vert "freiné" ? 

À Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), la rénovation participative de la cour de l'école Rivière a été financée par le Fonds vert. Ce dispositif, complété par la dotation de soutien à l'investissement local et les prêts de la Banque des Territoires, reste le principal levier de l'État, qui a aussi créé une cellule "bâti scolaire" en 2019 et un référent dans chaque académie. Mais Antoine Jouenne, adjoint à la maire de Châtillon, délégué à l’éducation et coprésident de la commission Éducation de l’Association des maires de France, dénonce un fonds vert "freiné" : "A Châtillon, une rénovation à 1,4 million d'euros n'a été aidée qu'à hauteur de 200.000 euros."

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis