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Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis

La demande d'asile a encore diminué de 10% en Europe en 2018 et revient à son niveau de 2014

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En 2018, 634.700 demandes de protection internationale ont été enregistrées auprès des pays de l'Union européenne, confirmant pour la troisième année consécutive une baisse des demandes d'asile depuis la forte hausse de 2015-2016 due à la crise migratoire. Pour la sixième année consécutive les Syriens demeurent avec 74.000 demandes la première nationalité d'origine. Les données proviennent de L'EASO (European Asylum Support Office / Bureau d'appui européen en matière d'asile), qui publie les premiers chiffres de la demande d'asile en Europe en 2018. En dépit de cette baisse, l'EASO, qui ne donne pas de chiffres par pays européen, note néanmoins certaines tendances qu'il invite à surveiller dans les prochains mois, entre autres un rapide accroissement de certaines nationalités d'origine (Colombiens, Vénézuéliens, Géorgiens, Palestiniens, Turcs, et Iraniens), ou encore un stock de demandes en instance qui n'a pas diminué malgré la réduction du flux.

L'EASO (European Asylum Support Office / Bureau d'appui européen en matière d'asile), créé en 2011 par l'Union européenne et basé à Malte, publie les premiers chiffres de la demande d'asile en Europe en 2018. Ces données s'appuient sur les remontées de l'Early Warning and Preparedness System (EPS, système d'alerte et de préparation avancée). Les chiffres montrent une poursuite du recul de la demande d'asile, toutefois moindre que celui observé en 2017, et un retour à la normale après la crise migratoire de 2015-2016.

635.000 demandes de protection internationale enregistrées en 2018

L'an dernier, l'EASO - dont les chiffres seront prochainement repris par Eurostat - a enregistré 634.700 demandes de protection internationale déposées auprès des pays de l'UE. Ce chiffre marque un recul de 10% par rapport à celui de 2017. Il concrétise la troisième année consécutive de baisse après la crise de 2015 et ramène les pays de l'UE au niveau de 2014, qui avait vu environ 641.000 demandes de protection internationale. En outre, le nombre de demandes est resté à peu près stable tout au long de l'année 2018 (oscillant entre 45.000 et 60.000 par mois). L'EASO précise qu'environ 4% de ces demandes ont concerné des mineurs non accompagnés (MNA), avec une concentration sur certains pays d'origine comme la Gambie ou le Vietnam.

Pour la sixième année consécutive, les Syriens constituent la première nationalité d'origine avec 74.800 demandes (-24% par rapport à 2017), devant les Afghans (45.300) et les Irakiens (42.100). Parmi les pays d'origine, viennent ensuite le Pakistan (5% du total), l'Iran, le Nigeria, la Turquie et le Venezuela (4% chacun), l'Albanie et la Géorgie (3% chacun).

Des tendances "à surveiller dans les prochains mois"

Si l'EASO estime qu'"avec un nombre moindre et relativement stable de demandes enregistrées en 2018, la situation de l'asile au sein de l'UE semble avoir été stabilisée", elle relève aussi un certain nombre d'évolutions et de "tendances qui se sont intensifiées au cours de la seconde moitié de l'année et qui seront à surveiller dans les prochains mois". Il relève notamment le rapide accroissement de certaines nationalités d'origine : Colombiens (+210%), Vénézuéliens (+88%), Géorgiens (+72%), Palestiniens (+61%), Turcs (+48%) et Iraniens (+37%). Certaines de ces nationalités (Colombiens, Géorgiens et Vénézuéliens) sont en outre exemptées de visas à l'entrée dans l'espace Schengen. A l'inverse, le nombre de demandeurs originaires d'Afrique de l'Ouest est en nette diminution. Ceci vaut pour la Gambie (-62%), le Sénégal (-46%), le Nigeria et la Côte d’Ivoire (-41% chacun), le Mali (-38%) et la Guinée (-26%).

Autres tendances relevée par l'EASO : un nombre croissant de répétitions de demandes (personnes ayant déjà déposé une demande dans un autre pays de l'Union), un taux d'acceptation des demandes pour certaines nationalités "sujet à des variations considérables en hausse ou en baisse", ou encore un stock de demandes en instance qui n'a pas diminué l'an dernier malgré la réduction du flux.

Par ailleurs, cette tendance au repli depuis trois ans se traduit par un recul du nombre de décisions rendues en première instance par les pays de l'UE. Celui-ci a baissé en effet l'an dernier de 40% pour s'établir à 593.500. L'octroi de la protection internationale tend également à se réduire, puisque le taux de décisions positives est passé de 40% en 2017 à 34% l'an dernier.

La note de l'EASO ne fournit pas de statistiques par pays de l'UE. Celles-ci devraient être prochainement diffusées par Eurostat. Elles pourraient mettre en évidence un écart entre la situation de la France et la moyenne de l'UE.

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