La Fédération française de basket et les élus locaux jouent collectif
La Fédération française de basketball vient de lancer une formation pour apprendre à ses instances déconcentrées à mieux dialoguer avec les élus locaux. Si elle espère faire comprendre les difficultés de ses clubs, elle propose aussi de mettre en avant les apports du sport pour les collectivités.
© Claude Cannet
Dialoguer avec les élus locaux et les responsables des sports des collectivités est une nécessité pour les fédérations sportives. La Fédération française de basket-ball (FFBB) l'a bien compris, qui depuis 2018 a conclu plusieurs partenariats avec des réseaux nationaux tels que l'AMF (Association des maires de France), France urbaine, l'Andes (Association nationale des élus en charge du sport) ou l'Andiiss (Association nationale des directeurs et des intervenants d'installations et des services des sports). Les élections municipales de mars 2026 et l'arrivée de nouveaux élus lui ont donné l'occasion d'aller plus loin en proposant aux dirigeants de ses structures décentralisées (ligues régionales et comités départementaux) une formation pour les aider à dialoguer avec leurs partenaires publics.
Pour Fabien Dominguez, président du comité départemental de l'Isère de basket, il y avait urgence : "En mars, Jean-Pierre Hunckler, le président de la fédération, est venu nous voir lors de sa tournée nationale et les clubs l'ont alerté sur les difficultés qu'ils avaient avec les mairies." Dans un contexte de baisse du nombre de constructions de salles et de concurrence avec d'autres activités, y compris extra-sportives, les clubs ont mis en avant le fait que les collectivités, elles-mêmes soumises à des difficultés budgétaires, étaient de plus en plus nombreuses à demander une participation financière, là où elles mettaient auparavant les salles à disposition gratuitement. "Il semblerait qu'il y ait de plus en plus de monétisation des infrastructures, s'inquiète Fabien Dominguez. On est face à un vrai enjeu de survie et il y a une attente des associations à faire le lien avec les collectivités pour alerter et essayer de trouver des solutions. Or aujourd'hui, on n'est pas outillé, on ne sait pas faire. On a des contacts avec le département, qui est notre interlocuteur institutionnel, mais on en a très peu avec les communes." Ce que la fédération fait déjà avec les grandes collectivités, elle propose donc de le transmettre à quelque cent vingt dirigeants de ses ligues et comités.
"Présenter le club sans tout de suite demander de l'argent"
Une initiative que Frédéric Leclerc, référent départemental de l'Andes, adjoint au maire chargé des sports de Montlouis-sur-Loire mais également représentant des élus auprès de la FFBB, voit d'un bon œil. Car si cet élu est bien identifié par les responsables du basket d'Indre-et-Loire comme l'homme capable de mettre de l'huile dans les rouages avec les collectivités et de débloquer de nombreux dossiers, ce n'est pas le cas partout. Il a donc joué le jeu en participant à l'élaboration de la formation de la FFBB : "La liaison entre les élus, les agents territoriaux, les administrations, ce sont des choses qu'il faut apprendre, il faut connaître les portes d'entrée, savoir jusqu'où on peut aller et jusqu'où on ne peut pas aller." Parmi les faux pas à éviter, l'élu conseille de ne pas confondre vitesse et précipitation : "Lorsqu'il y a un changement de majorité, il faut aller présenter le club à la nouvelle municipalité, mais sans tout de suite demander de l'argent ou un équipement. Ensuite, il faut travailler ensemble, car la collectivité a un programme qui a été validé par les habitants. Il faut voir comment chaque discipline peut s'intégrer dans ce projet. De plus, il existe des schémas territoriaux issus de la conférence régionale du sport. Il faut donc articuler tout ça."
La question de la prise en compte des enjeux des parties prenantes se pose d'ailleurs dans les deux sens. "On a parfois des élus aux sports très compétents, qui viennent du monde sportif, pointe Fabien Dominguez. Mais dans certaines communes, les élections municipales ont pu mettre en place de nouvelles équipes qui n'ont pas forcément connaissance de tous les enjeux des associations sportives, notamment du basket." Et ceci d'autant plus que, dans de très nombreux territoires, la demande de subvention annuelle est parfois le seul échange entre club et collectivité.
"L'échelle départementale peut être le bon interlocuteur"
L'huile dans les rouages, ce sont donc les ligues et comités qui se proposent de la mettre. "Les clubs sont beaucoup dans l'opérationnel, parfois ça peut être délicat, explique Fabien Dominguez. J'ai une présidente de club qui envoyait des mails incendiaires à sa mairie car une porte cassée n'avait pas été réparée... je n'aurais pas aimé être à la place du maire. C'est pour éviter des conflits et des incompréhensions que l'échelon au-dessus peut prendre le relais. On a cette chance de pouvoir prendre de la hauteur, d'avoir un point de vue global et non pas club par club. L'échelle départementale peut être le bon interlocuteur pour éviter que le président de club se retrouve face une mairie avec laquelle il a un peu de mal."
Constructions, aménagements, créneaux horaires, conflits d'usage, autant de sujets sur lesquels Fabien Dominguez souhaite soutenir ses clubs en s'appuyant sur la nouvelle formation de la FFBB. "L'idée est de savoir comment on peut accompagner nos clubs mais sans négocier à leur place, comment faire comprendre à la collectivité la problématique de nos clubs, comment construire un réseau pour faire savoir que quand un club a une difficulté, c'est moi qu'il faut contacter." Au menu de la formation, tous les grands thèmes qui permettent à chaque responsable de ligue ou de comité de se mettre à niveau sont présents : organisation et financement du sport, gouvernance du sport et réseaux de collectivités, fonctionnement des collectivités et infrastructures sportives, soutiens aux clubs, stratégie fédérale et partenariats avec les collectivités. Du côté des élus locaux, Frédéric Leclerc se réjouit particulièrement de l'accent mis sur les normes : "La formation de la FFBB peut aussi être une occasion pour les dirigeants du basket de prendre conscience des contraintes des collectivités."
"Nous allons présenter le volet social du basket"
Dans la foulée de cette formation, le président du comité départemental de l'Isère a placé cette année 2026 sous le signe des relations avec les collectivités locales : "On va faire partir dans les prochains jours un courrier à tous les maires élus au mois de mars pour les féliciter et leur rappeler quelques éléments sur le basket dans notre département. Et on a pour projet d'organiser un rendez-vous à l'automne avec les maires et les agents territoriaux, pourquoi pas en partenariat avec l'Andes, pour leur présenter un peu plus notre activité, les besoins de nos clubs." À travers cette communication, le basket n'entend pas seulement jouer sa carte, il met également des atouts dans la main des collectivités, que ce soit à travers la cohésion sociale, l'inclusion, la promotion de la santé, l'animation de la vie associative locale ou l'attractivité du territoire que le sport est capable de porter. Et il devient une carte-maîtresse à l'heure de demander des subventions. "Nous allons présenter le volet social du basket, un tas d'actions éducatives à l'école, dans les hôpitaux, les Ephad, rappeler qu'on est un sport fortement féminisé. Ce sont des enjeux forts à faire valoir auprès de l'Agence nationale du sport (ANS)", plaide Fabien Dominguez.
Après une première phase de déploiement en 2026 qui vise exclusivement les dirigeants des ligues et comités, la formation de la FFBB sera accessible à l'ensemble des clubs à partir de la rentrée sportive 2026-2027. Une proposition qu'approuve Frédéric Leclerc : "Quand on construit un bâtiment, on fait des fondations. Mais la difficulté, c'est le local, entre les clubs et les collectivités. C'est là où il faut vraiment ce lien de communication. Or nous sommes dans une période de renouvellement de générations avec des jeunes dirigeants qui arrivent et ont besoin de savoir où aller pour avoir une information." Une nouvelle génération qui n'a plus qu'à saisir le ballon lancé par la FFBB.