La porcelaine de Limoges devient la première indication géographique artisanale au niveau européen
La porcelaine de Limoges ouvre la voie à la protection des produits manufacturés au niveau européen. Depuis un règlement de décembre 2025, qui a étendu aux produits artisanaux et industriels les indications géographiques européennes jusqu'ici réservées à l'agroalimentaire, 73 autres demandes ont été enregistrées.
© INPI/ Alain Rousset, João Negrão, Michel Bernardaud et Pascal Faure
La "porcelaine de Limoges" est devenue lundi 18 mai, la première fabrication artisanale à se voir décerner une indication géographique européenne par l'Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).
Depuis le 1er décembre 2025, un nouveau règlement a étendu aux produits artisanaux et industriels les indications géographiques de l’UE déjà appliquées aux produits agroalimentaires tels que vins et fromages (lire notre article). L’enregistrement de la porcelaine de Limoges - déjà homologuée au niveau national depuis 2018 - va la protéger "contre les imitations et les usages abusifs, tout en reconnaissant le lien étroit entre sa qualité, sa réputation et son origine géographique", se félicite la Commission selon laquelle les IGP artisanales et industrielles suscitent "un vif intérêt". "Depuis l’ouverture des demandes d’enregistrement, 74 demandes ont été soumises par des États membres, dont la France, la Suède, la Slovaquie, la Slovénie, le Portugal et la Tchéquie", couvrant des produits tels que des céramiques, des textiles, des broderies ou des articles de coutellerie", précise-t-elle.
L’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) s’est pour sa part dit "ravi", mardi, de la reconnaissance de la porcelaine de Limoges. "Dorénavant, les nouvelles demandes déposées à l’Inpi, feront également l’objet d’une protection automatique au niveau de l’Union européenne", indique-t-il dans un communiqué. La France a été pionnière dans ce domaine en instituant dès 2014 des IGP artisanales, en pleine affaire Laguiole. La vingtaine d’IGP françaises déjà reconnues (siège de Liffol, granit de Bretagne, pierre de Bourgogne, tapisserie d’Aubusson, couteau de Laguiole…) doivent être notifiées à l’EUIPO avant le mois de décembre, pour une homologation au niveau européen. Elles "pourront ainsi arborer le logo officiel 'Indication géographique protégée'", précise l’Inpi.
Le droit d'alerte des collectivités maintenu
Pour la Commission, ce système - en grande partie impulsé par la France - va contribuer "à préserver les savoir-faire traditionnels, à soutenir l’emploi local et les économies régionales, et à aider les consommateurs à identifier des produits européens authentiques et de haute qualité". Née de la découverte, en 1768, d'un gisement de kaolin au sud-ouest de Limoges, la porcelaine du même nom représente aujourd'hui une filière de près de 1.200 emplois pour un chiffre d'affaires estimé à plus de 100 millions d'euros, dont environ 70% sont réalisés à l'export.
Le passage des IGP au niveau européen ne remet pas en cause le "droit d'alerte" qui avait été institué pour permettre aux collectivités d'être prévenues du dépôt de marques en leur nom. Celui-ci a été élargi aux titulaires d’indications géographiques, "qui peuvent obtenir la liste des marques déposées qui reprendraient le nom géographique protégé tous les vendredis", précise l'Inpi, à Localtis.