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La Quadrature du net place la "safe city" sous surveillance 

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par
Lucas Boncourt / EVS pour Localtis
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Infrastructures numériques, données

Sécurité

Citoyenneté et services au public

Smart city

L'association la Quadrature du net a lancé un observatoire des projets de smart city centrés sur la sécurité. Objectif : mobiliser les citoyens et mettre sous surveillance des projets de ville jugés potentiellement liberticides.

Selon l'association la Quadrature du net, certains projets de smart city portés par les territoires connaîtraient des dérives préjudiciables aux libertés publiques. Des projets centrés sur la "technopolice", version policière de la smart city, contre lesquelles l'association a décidé de partir en guerre en mobilisant voies de recours et "lanceurs d'alerte". En partenariat avec la Ligue des droits de l’Homme, la FCPE et CGT-Educ, l'association appelle ainsi à "résister à la mise sous surveillance totale de nos villes et de nos vies". Estimant la Cnil "coupable de laisser faire", le collectif lance un manifeste et un forum de la "technopolice". Le manifeste cible plus particulièrement la "safe city", "vrai visage de la smart city" aux dire de l'association : "Sous couvert d’optimisation et d’aide à la décision, elle transforme l’urbanité toute entière pour en faire une vaste entreprise de surveillance." Et de discerner dans les projets de certaines villes françaises, quitte à forcer le trait, les prémices d'une smart city à la chinoise, où les citoyens sont observés, notés en permanence et réprimés à la moindre infraction.

Huit projets dans le viseur

Ce manifeste s'appuie sur un "observatoire" recensant, pour le moment, huit projets jugés potentiellement liberticides. Une majorité concerne l'usage de caméras "intelligentes" fournis par Thalès, Huawei ou IBM, dopés aux algorithmes d'analyse d'images. Si Nice a expérimenté lors de son carnaval la reconnaissance faciale pour repérer des individus recherchés, Toulouse, La Défense et Valenciennes testent des systèmes de détection automatique des anomalies, mouvements de foules et autres comportements suspicieux. Istres est épinglée pour son usage de drones lors de manifestations et Saint-Étienne pour son projet de capteurs de bruits suspects. "L'observatoire big data de la tranquillité publique" marseillais est de son côté dénoncé pour les nombreux croisements de données (sécurité, mobilité, vidéo...) qu'il entend réaliser. Enfin Lannion se voit, assez étonnement, figurer dans ce palmarès pour son détecteur de piétons ayant vocation à mieux comprendre les flux en centre-ville, préoccupation assez lointaine de la safe city.

Un débat sur l'usage de l'IA en ville

Un inventaire que l'association entend poursuivre en s'appuyant sur des lanceurs d'alerte locaux et une sollicitation systématique de la Cada pour récupérer les bilans de ces expérimentations lorsque les collectivités ne veulent pas les fournir. Un préalable à d'éventuels recours comme l'a fait l'association en février suite au vote d'une délibération de la région Sud pour expérimenter la reconnaissance faciale dans un lycée. Un tableau assez anxiogène (dans beaucoup de cas, il ne s'agit que d'expérimentations) qui pourrait aussi laisser penser que la Cnil est inactive. Or, c'est loin d'être le cas comme le montrent ses récents contrôles (Nice, Saint-Étienne notamment) et les réflexions de son Lab sur la smart city. La démarche a dans tous les cas le mérite de montrer l'urgence d'un débat public approfondi sur l'usage de certaines technologies et plus particulièrement du recours à l'intelligence artificielle pour piloter l'espace public.

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