L’accès à la formation pour les chômeurs reste un "parcours du combattant"

Alors que le gouvernement veut amplifier la formation des chômeurs, Solidarités nouvelles face au chômage souligne les difficultés récurrentes d’accès des demandeurs d’emploi aux divers dispositifs. Parmi les principaux freins : le défaut d’accompagnement et la complexité du système de financement.

La formation professionnelle n’est pas une solution magique contre le chômage. Tel est le message de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SBC), alors que le gouvernement a annoncé un nouveau plan d’investissement dans les compétences (voir notre article du 14 septembre) pour former davantage de chômeurs et d’actifs et même un plan spécifique pour les demandeurs d’emploi de longue durée (voir encadré). Dans un rapport publié jeudi 16 septembre, l’association constate les divers dysfonctionnements et formule six propositions pour dépasser les limites des politiques publiques de formation.

Car malgré plus d’1,1 million d’entrées en formation en 2020 comptabilisées par la Dares (voir notre article), l’accès à la formation des demandeurs d’emploi s’apparente encore à un "parcours du combattant", estime SNC. L’association rappelle qu’en 2018, selon l’Insee, 48% des personnes au chômage n’ayant pas bénéficié de formation auraient souhaité en suivre, contre 27% parmi les actifs occupés.

Défaut d’accompagnement

SNC constate un défaut d’accompagnement des demandeurs d’emploi vers la formation en raison d’un paysage "complexe", lié à la multiplicité des interlocuteurs. La mise en place du compte personnel de formation, devenu en 2020 "la première voie d’accès à la formation pour les chercheurs d’emploi", n’a pas réglé le problème de l’accès aux dispositifs pour "les profils les plus éloignés de l’emploi, en décrochage numérique et peu formés".

Destiné à éclairer les actifs en matière de formation, mais encore méconnu, le conseil en évolution professionnelle "reste peu mis en œuvre pour les chercheurs d’emploi". Ce service gratuit, assuré par Pôle emploi en ce qui concerne les chômeurs, "se confond, bien souvent, avec l’accompagnement classique ou se réduit à un atelier dédié au projet professionnel, sans donner lieu à une prestation spécifique ou identifiée comme telle par le chercheur d’emploi". "Si Pôle emploi est censé les aider à sélectionner les modules de formation et les organismes adéquats, on constate souvent sur le terrain que les conseillers eux-mêmes ne disposent pas de l’information qui leur serait utile", relève aussi SNC à propos de l’opérateur public.

Des demandes de financement qui échouent

S’ajoute aussi l’obstacle du financement. Plafonné à 5.000 euros maximum, le compte personnel de formation ne permet pas aux demandeurs d’emploi de se payer des formations qualifiantes de manière autonome. Une situation qui les oblige à obtenir des abondements à Pôle emploi ou auprès de régions. Ainsi, le chercheur d’emploi peut-il être "amené à solliciter l’un ou l’autre de ces financeurs", "être renvoyé de l’un à l’autre", et "sans toujours parvenir à faire aboutir sa demande de financement nécessaire".

Persiste aussi l’enjeu de la rémunération pendant la période de formation : 11% des chercheurs d’emploi renoncent à leur projet de formation faute d’être rémunérés sur sa durée, selon un sondage commandé par l’association en février 2021.

Pôle emploi comme "interlocuteur central"

Pour réduire la complexité d’accès, SNC appelle dans l’une de ses six propositions à ce que Pôle emploi devienne l’interlocuteur central tant en matière d’orientation et d’information que de financement des formations. L’association appelle aussi à une rémunération automatique et complète, frais annexes compris, des formations issues d’un conseil en évolution professionnelle inscrites dans le projet personnalisé d’accès à l’emploi.

Elle en appelle aussi à davantage d’actions de reconversion réservées aux demandeurs d’emploi, à l’image de Transitions collectives qui s’adresse aux actifs dont l’emploi est menacé. Favorable aux formations concertées avec les employeurs, SNC incite à développer les dispositifs comme la préparation opérationnelle à l’emploi (POE), l’action de formation préalable au recrutement (AFPR) ou l’alternance. Elle encourage enfin, la formation en situation de travail (Afest), une nouveauté issue de la loi Avenir professionnel encore utilisée de manière marginale. 

  • Un plan pour les chômeurs de longue durée

Dans un entretien au Parisien, vendredi 17 septembre, la ministre du Travail Elisabeth Borne s’est engagée à ce que les demandeurs d’emploi "de longue durée" soient "recontactés par un conseiller Pôle emploi d’ici la fin de l’année". Cherchant à développer "la mise en situation en entreprise", elle s’engage à "financer les entreprises qui formeront pendant plusieurs mois" ces personnes. Les contrats de professionnalisation seront, enfin, "boostés pour ce public". Au deuxième trimestre 2021, on comptait plus de 3 millions de demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an (catégorie A, B et C), ce qui représente 50,3% des inscrits.

 

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