Lancement de Junn, un jumeau numérique national au service de tous les territoires
Avec le jumeau numérique national (Junn), la France se dote d'une infrastructure technique souveraine capable de répondre aux besoins de visualisation, d'optimisation et de simulation de tous les territoires, qu'ils soient dotés ou non d'un jumeau local. Porté par un large consortium public-privé, le projet bénéficie désormais du soutien financier de l'État. Les premières briques opérationnelles sont attendues d'ici un an.
© @MathieuMlefevre/ Mathieu Lefèvre
Ce 13 avril 2026, le Junn (jumeau numérique national) a été officiellement lancé par ses initiateurs : l'IGN, le Cerema et l'Inria. Le gouvernement a officialisé à cette occasion le soutien de l'État, avec 25 millions financés sur 3 ans dans le cadre de France 2030 via la Banque des Territoires. S'y ajoutent 14 millions d'euros de contributions des partenaires publics et privés. Au-delà de cet amorçage, le modèle économique sera construit progressivement à partir des retours d'expérience des collectivités. Il reposera sur une articulation entre financements publics, partenariats privés et contributions aux coûts générés par la mise en œuvre des services.
Partenariat public-privé
Le consortium Junn réunit au total 14 partenaires publics et privés. Parmi eux, le Cnes apporte son expertise sur les données spatiales et le calcul intensif, l'IFPEN sur l'orchestration de systèmes complexes, le BRGM sur la modélisation des sols et ressources souterraines. 1Spatial France intervient sur la coordination opérationnelle. La production des maquettes numériques sur les territoires d'expérimentation est assurée par Geofit/IGO, Siradel et LuxCarta. Géodata Paris et GeometryFactory fondent les briques technologiques des modèles 3D et temporels, des graphes de connaissances, de l'IA ou encore des interactions avancées. Cap Digital est chargé de structurer la filière industrielle et le modèle économique. Camptocamp intervient sur l'architecture et les infrastructures. Dassault Systèmes, 15e partenaire à rejoindre le consortium, va plancher sur l'"adaptation climatique des villes" en mobilisant ses capacités de simulation multiphysiques. S'ajoutent à ces partenaires techniques quatre territoires pilotes retenus pour tester les premiers jeux de données 3D : Alpes-Maritimes, Charente-Maritime, Gironde et Ille-et-Vilaine.
Enfin, le projet se construit en lien étroit avec 200 acteurs regroupés dans une "Équipe de France des jumeaux numériques de territoires" issus d'un appel à communs de 2024. Parmi eux, de grandes collectivités dotées de jumeaux numériques, des bureaux d’études et des entreprises innovantes, ainsi que des acteurs industriels.
Des cas d'usages très concrets
Réplique virtuelle d'un espace physique, un jumeau numérique associe des données statiques (images satellitaires, relevés LiDAR, données descriptives…) et des données dynamiques issues de capteurs. Mais c'est couplé à des outils de simulation qu'il prend tout son sens en permettant de tester différents scénarios pour prendre des décisions éclairées, pour des opérations d'aménagement comme en situation de crise.
Junn se concentrera sur quelques cas d'usages prioritaires : intégration des contraintes environnementales, climatiques, sismiques dans les projets d'aménagement, résilience des territoires face aux bouleversements climatiques (ilots de chaleur, traits de côte, inondations, incendies…), évaluation de la biodiversité, gestion de la forêt et des ressources hydriques, développement des énergies renouvelables, optimisation de la mobilité, lutte contre la propagation d'épidémies.
Exemple : dans le cadre de la loi APER, les collectivités doivent identifier des zones propices au développement des Energies Renouvelables (EnR). Or, aujourd'hui les outils dont elles disposent sont dispersés. Junn permettra de réunir dans un même environnement le potentiel solaire ou éolien, les contraintes environnementales, les zones protégées, les règles d'urbanisme et la disponibilité du foncier, pour faciliter la comparaison de scénarios.
Un jumeau accessible à tous
Pour une collectivité ou un service public qui ne dispose pas encore de jumeau numérique, Junn offrira un accès à des données nationales homogènes, des outils de visualisation 2D/3D, des briques logicielles et un socle mutualisé permettant de disposer rapidement de fonctionnalités basiques, sans investissement initial lourd. La collectivité pourra expérimenter et accéder à des cas concrets déjà testés par d'autres territoires, et construire son propre jumeau à son rythme.
Pour une collectivité déjà équipée, Junn permettra d'enrichir les jumeaux existants avec de nouvelles capacités, en intégrant des briques de simulation avancées pour aborder des problématiques nouvelles. Un jumeau développé pour simuler des inondations pourra ainsi être élargi à la simulation de feux de forêt sans être repensé entièrement. La mutualisation des développements et le choix de l'interopérabilité faciliteront une large diffusion de ces fonctionnalités avancées.
Pour les fournisseurs de solutions technologiques, Junn leur permettra de se concentrer sur des services à forte valeur ajoutée sans avoir à reconstruire les fondations techniques, et facilitera la mise en relation avec les collectivités et opérateurs publics, tout en offrant des opportunités de financement via des appels à projets.
Une première brique technique d'ici un an
La première phase du programme couvre la période 2026-2029. La première année verra la mise en place des premiers outils techniques (environnement de développement, catalogage des sources de données, plateforme de visualisation) et la production des premiers jeux de données 3D sur les territoires pilotes. La deuxième année permettra la première connexion d'applications. En troisième année, les données et briques logicielles seront davantage développées pour aboutir à un système complet et utilisable à grande échelle. La phase d'exploitation opérationnelle débutera en 2029. Le chantier est suivi par un comité des partenaires qui se réunira tous les six mois.
À court terme, des groupes de travail thématiques vont être mis en place et les premiers appels à contribution pour sélectionner des fournisseurs de solutions sont prévus avant la fin de l'année. Un premier prototype de socle technique est attendu au printemps 2027. Les acteurs souhaitant rejoindre l'équipe de France sont invités à utiliser la plateforme Expertises Territoires, en tant qu'usager pilote ou fournisseur de solutions.