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Régions - L'ARF prépare sa mue en "Conseil des régions de France"

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Philippe Richert, élu ce 26 janvier à la tête de l'Association des régions de France (ARF), entend ne pas se contenter de "relations épistolaires" avec l'Etat et propose la transformation de l'association en "Conseil des régions de France". L'ARF met par ailleurs en place une gouvernance partagée avec les élus de gauche en désignant pour la première fois un président délégué, en la personne de François Bonneau. Pour marquer cette nouvelle relation avec l'Etat, l'ARF propose que les régions puissent conduire des "expérimentations", notamment en matière de formation.

L'Association des régions de France (ARF) s'adapte à l'alternance… et au pluralisme. Quelques semaines après les élections régionales qui ont vu le basculement d'une majorité de régions à droite, l'association a élu son bureau, mardi 26 janvier, à Paris. Unique candidat, Philippe Richert, président LR de la nouvelle grande région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, a ainsi été élu à l'unanimité président de l'association qui, désormais, représente les treize régions métropolitaines grand format, les quatre régions et territoires d'outre-mer et Mayotte. Une élection saluée par son prédécesseur Alain Rousset, à la tête de l'ARF depuis 2004. "Philippe Richert est très attentif à l'action régionale, il est très visionnaire sur ce qu'il faut dans une France décentralisée", a déclaré le président de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, lors d'une conférence de presse à l'issue du vote. Et de le prévenir : "L'ARF c'est du Sisyphe. A chaque fois qu'on gagne six centimètres, on a l'impression d'être au bout…"

Gouvernance partagée

La candidature de Philippe Richert, président de l'Alsace depuis 2011, était très consensuelle, notamment chez les présidents de gauche qu'il a côtoyés durant toutes ces années dans une ARF presque exclusivement socialiste. Souvent présenté comme "modéré", il a promis de faire de l'ARF "la voix des régions" en donnant "la possibilité à chacun de s'exprimer" à travers une gouvernance partagée. Cet effort d'ouverture à gauche se traduit pour la première fois par la désignation d'une "président délégué", en la personne du socialiste François Bonneau, réélu président du Centre-Val-de-Loire, qui avait lui-même avancé cette idée.
Comme le veut la tradition, la vice-présidence est par ailleurs assurée par la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (LR). Enfin, Marie-Guite Dufay, présidente de la Bourgogne-Franche-Comté (PS) a été élue trésorière de l'ARF.

Conseil des régions de France

Philippe Richert a par ailleurs appelé à redéfinir les relations entre l'Etat et les régions. "Le dialogue entre l'Etat, le gouvernement et les régions est extrêmement important… l'essentiel, est devant nous", a-t-il souligné. Il ne peut plus s'agir, selon lui, "d'échanges épistolaires". Pour marquer ce virage et consacrer l'ARF comme une institution à part entière, il a à nouveau proposé qu'elle change de nom pour se transformer en "Conseil des régions de France". "Nous envisageons dans les six mois de remettre à plat la dénomination de l'ARF (…) Nous proposons la création d'un Conseil des régions de France pour prendre une nouvelle dimension", a-t-il en effet redit, quelques jours après avoir déjà avancé cette idée.
La première occasion pour l'Etat et les régions de nouer cette nouvelle relation est donnée avec le plan d'urgence pour l'emploi et la formation détaillé le 18 janvier par le chef de l'Etat. La grande réunion prévue avec l'ensemble des exécutifs régionaux, les représentants du service public de l'emploi, les partenaires sociaux, le Premier ministre et le président de la République, se tiendra finalement le 2 février. Dans cette perspective, le Premier ministre a entamé depuis quelques jours une série de consultations avec les nouveaux présidents de région qui entendent saisir la perche lancée par François Hollande pour mener des "expérimentations".

"Passer par l'expérimentation"

Les régions ne demandent pas un nouveau grand soir. "Passer par l'expérimentation sera un moyen de faire évoluer les choses", a déclaré Philippe Richert, qu'il s'agisse du soutien aux PME, de la formation ou de l'apprentissage. Si la réforme territoriale est venue redistribuer les cartes entre régions, départements et agglos, "aujourd'hui la vraie question est : que fait l'Etat dans tout ça ?", a-t-il martelé. En matière de formation des chômeurs, "on essaie de se coordonner [avec Pôle emploi], mais avoir un responsable serait beaucoup plus efficace. Nous sommes les mieux placés", a-t-il assuré. "Ceux qui sont le mieux placés pour être au contact des entreprises, qui connaissent leurs vrais besoins, ce sont les régions", a-t-il appuyé.
Récemment interrogé par Localtis au lendemain de sa rencontre avec Manuel Valls, François Bonneau avait proposé de confier aux régions "une nouvelle mission d'animation des prescripteurs de formation (Pôle emploi et les missions locales notamment) et du pilotage de l'accompagnement des demandeurs d'emploi vers l'entreprise" (voir ci-contre notre article du 22 janvier 2016). Il s'opposait en revanche à l'idée d'une régionalisation de Pôle emploi car "se posent les questions du statut du personnel de Pôle emploi et sa mission d'indemnisation des chômeurs ". Pour Philippe Richert, "il faut que la façon dont les choses se passent soit précisée".
S'agissant de la participation des régions au plan de 500.000 formations pour les chômeurs, doté d'un milliard d'euros, "on va y aller, forcément, c'est notre sujet", a assuré Marie-Guite Dufay auprès de Localtis, alors que, le matin même, le président LR de la région Rhône-Alpes-Auvergne, Laurent Wauquiez (et ancien secrétaire d'Etat à la Formation professionnelle de Nicolas Sarkozy) avait fait connaître ses réticences à Manuel Valls.

"Les régions sont dans une situation très difficile"

Les régions entendent par ailleurs rapidement remettre sur le métier la question des finances. "Les régions sont dans une situation très difficile", a souligné Philippe Richert, appelant à donner "les marges de manoeuvre" nécessaires aux régions françaises pour "les hisser au niveau" de leurs homologues européennes. Les présidents de région attendent confirmation de l'accroissement prévu en 2017 de 25 à 50% de leur part de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Dans les relations avec l'Etat, "le diable se niche toujours dans les détails", a encore prévenu Alain Rousset, peu avant de tirer sa révérence.

 Michel Tendil

Le nouveau bureau de l'ARF

- président : Philippe Richert, Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine
- président délégué : François Bonneau, Centre-Val-de-Loire
- première vice-présidente : Valérie Pécresse, Ile-de-France
- trésorière : Marie-Guite Dufay, Bourgogne-Franche-Comté
- vice-président : Ary Chalus, Guadeloupe
- vice-présidente : Carole Delga, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées
- vice-président : Christian Estrosi, Provence-Alpes-Côte d'Azur
- vice-président : Didier Robert, La Réunion
- vice-président : Alain Rousset, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes
- vice-président : Laurent Wauquiez, Auvergne-Rhône-Alpes, qui représentera les régions à la présidence du Comité national d'orientation de Bpifrance.
 

 

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