Localtis

Le moustique tigre sème la zizanie entre les communes et l'État

Les communes ne sont-elles associées à la prévention et à la lutte contre la présence du moustique tigre ? Une polémique entre la maire de Montauban et le préfet et l'ARS vient reposer la question. Le préfet rappelle entre autres que les moustiques tigres bien présents depuis 2015 dans le département ne sont pas porteurs d'arboviroses (chikungunya, dengue, zika).

Il a beau mesurer moins d'un centimètre, Aedes (Stegomya) albopictus – plus connu sous son nom de moustique tigre – est capable de semer la zizanie entre l'État et une commune chef-lieu de département. Il est en tout cas à l'origine de la vive polémique, rapportée par le quotidien La Dépêche, qui oppose Brigitte Barèges, la maire de Montauban et présidente de la communauté d'agglomération du Grand Montauban (77.000 habitants), et le préfet du Tarn-et-Garonne, ainsi que le directeur général de l'ARS d'Occitanie.

Traitement global et "transparence totale"

Au-delà de son aspect de querelle locale, l'affaire pose de vraies questions de fond sur la place des communes dans le dispositif de prévention des zoonoses d'origine virale, comme le chikungunya ou la dengue. Encore inconnues en métropole il y a quelques années, puis limitées à quelques cas importés, ces maladies connaissent aujourd'hui leurs premiers – rares – cas autochtones.
Dans une lettre ouverte du 8 octobre, adressée au préfet et au directeur général de l'ARS, la maire de Montauban rappelle que la suspicion de la présence du moustique tigre, confirmée par un arrêté préfectoral du 30 avril 2019, entraîne le déclenchement d'enquêtes et de mesures de traitements insecticides. Elle regrette donc qu'"à ce stade, la commune concernée ne soit nullement associée à cette démarche qui lui est purement et simplement imposée aux dates fixées par le laboratoire". Brigitte Barèges rappelle aussi qu'à la suite d'un cas de dengue, elle a demandé au préfet, par un courrier du 24 juillet dernier, de traiter l'ensemble de la ville. Mais elle s'est heurtée à "un refus catégorique le 29 août dernier, soit plus d'un mois plus tard", le préfet et l'ARS ayant décidé de ne traiter que deux quartiers de la ville.
Après "trois nouveaux cas en deux mois et demi", d'autres quartiers ont également été traités. La maire en conclut que "nous sommes donc bien obligés de constater que 'l'épidémie' a bien démarré – que les traitements opérés ont été inopérants et en tout cas trop partiels". Elle demande donc "une transparence totale sur le nombre de cas de dengue ou d'arbovirose constatés sur Montauban depuis le 1er janvier 2019 [et] d'ordonner à titre préventif un traitement global de l'ensemble des quartiers de la ville de Montauban ainsi que demandé dans mon courrier du 24 juillet 2019".

Ne pas créer "un sentiment anxiogène"

Dans un communiqué publié le 8 octobre, le jour même de la lettre ouverte, le préfet du Tarn-et-Garonne répond que "depuis 2015, le moustique tigre est désormais implanté et actif en Tarn-et-Garonne" et qu'"une fois implanté, il ne peut être éradiqué". Il rappelle également les différentes campagnes de désinsectisation menées depuis juillet sur différents quartiers, "diligentées à̀ la suite de la confirmation de trois cas de dengue importés, [...] diagnostiqués chez des personnes domiciliées en Tarn-et-Garonne et revenant de zone tropicale".
Le communiqué précise également que "dès que l'ARS a été informée, elle a réalisé des enquêtes auprès des patients pour connaître les lieux de séjour durant la période de virémie (présence du virus dans le sang)". Des enquêtes ont alors été menées par l'opérateur de démoustication du conseil départemental sur les lieux ainsi identifiés, afin de vérifier la présence d'Aedes albopictus. Celle-ci ayant été confirmée, les lieux concernés ont été traités.
Mais surtout, le préfet précise que "pour éviter les polémiques inutiles, il est rappelé que les moustiques tigres présents sur notre département ne sont pas porteurs d'arboviroses (chikungunya, dengue, zika). Il n'y a pas d'épidémie actuellement en métropole". En effet, le moustique tigre n'est pas naturellement porteur de ces virus. Il ne le devient qu'après avoir piqué et prélevé du sang à une personne malade durant la courte période de virémie. Dans ces conditions, "la création d'un sentiment anxiogène artificiel ne semble pas une bonne méthode et, par ailleurs, la demande de Madame le maire de procéder à une démoustication générale risquerait d'avoir l'effet inverse à̀ celui recherché".

Haut de page