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Rénovation énergétique - Le plan Bâtiment durable invite à changer de méthode

Coup de grâce infligé par le Conseil d’État au décret dit "Tertiaire", floraison d'initiatives locales en matière de financement de la rénovation énergétique, objectif gouvernemental d'éradication des logements considérés comme des passoires thermiques... l'ordre du jour était chargé pour l'équipe du plan Bâtiment durable, qui a tenu sa 25e assemblée générale le 19 juillet à Paris. 

"Un triste périple, un vrai gâchis !" C'est est en ces termes que Philippe Pelletier a résumé, le 19 juillet, lors de l'assemblée générale du plan Bâtiment durable qu'il préside, la suspension par le Conseil d’État du décret sur l'obligation d’amélioration de la performance énergétique du parc tertiaire (voir notre article dans l’édition du 29 juin 2017). Ce contrecoup intervient alors même que la rénovation du parc tertiaire public est érigée au rang de priorité de l'action gouvernementale. Et que l'équipe du plan Bâtiment durable estime avoir l'oreille attentive du gouvernement d'Edouard Philippe "qui reconnaît notre singularité d'approche sur ces questions pour lesquelles il faut continuer de mobiliser large, en veillant à bien ancrer notre action dans les territoires", insiste Philippe Pelletier.

Se recentrer sur les démarches volontaires

Pour que cette dynamique ne soit pas mise à l'arrêt par cette suspension de décret et "pour poursuivre la dialogue engagé avec l'ensemble des acteurs, nous allons redonner du souffle à la charte d'engagement volontaire et proposer très vite une nouvelle version", annonce Anne-Lise Deloron-Rocard, directrice adjointe du plan Bâtiment durable. L'Observatoire de l'immobilier durable (ODI, professionnels de l'immobilier) et l'Institut français pour la performance du bâtiment (IFPEB, alliance d'acteurs économiques) en assureront le secrétariat technique. Avec des prolongements concrets, par exemple des journées de mobilisation d'acteurs publics et privés en fonction du type de parc qu'ils ont à rénover.
Des focus sont ainsi prévus sur les bâtiments de santé et le patrimoine éducatif des collectivités. Ce dernier parc fait l'objet d'une action qui vise à donner plus de visibilité aux initiatives locales de rénovation énergétique (voir notre article dans l’édition du 29 avril 2017). L'appel à contributions fraîchement lancé a porté ses fruits : près de 80 initiatives de profils variés (rénovation mais aussi construction d'écoles, volet maintenance et mobilisation du corps enseignant) ont été recensées. Un groupe de travail auquel seront associés des élus locaux se chargera dès la rentrée d'en tirer de bonnes pratiques et de réfléchir aux modalités d'une rénovation réussie. D'ores et déjà, l'équipe du plan Bâtiment durable préconise de multiplier les chantiers et de prévoir des financements dédiés pour aider les collectivités.

Muscler les dispositifs nationaux

"Un écho est fait à ce parc éducatif dans le plan Climat du quinquennat, cela nous satisfait et nous nous sentons également en phase avec les autres objectifs que porte Nicolas Hulot, notamment celui de rénovation des logements considérés comme des passoires thermiques", ajoute Philippe Pelletier. Le ministre de la Transition écologique et solidaire se donne dix ans pour les éradiquer. "C'est ambitieux, il faut tripler le nombre de rénovations et pour cela, le pilotage actuel sous la houlette de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) n'est pas forcément le bon. Il manque de vigueur. Les dispositifs actuels sont trop développés en silo", poursuit-il.
Dès lors, deux enjeux pointent : favoriser les passerelles entre les dispositifs existants et viser l'efficacité et la massification des travaux de rénovation. "Certains acteurs excellent dans le travail sur la durée et de dentelle, par exemple le réseau Éco Habitat qui améliore l'habitat des personnes en situation de précarité énergétique grâce à des écomatériaux qui préservent l'environnement", explique Bertrand Lapostolet, directeur du fonds de dotation SoliNergy. D'autres privilégient une approche de masse, plus industrielle et marketée comme l'offre d'isolation des combles à un euro. "Pour aller trois fois plus vite nous n'avons plus le choix, il faut marier les contraires et avancer tous ensemble", prescrit cet expert et ancien de la fondation Abbé-Pierre.

Démocratiser les travaux

Les élus locaux auraient tout intérêt à s'intéresser à cette initiative de démocratisation des travaux d'isolation de combles. Un pari osé, lancé il y a quatre ans, mais réussi puisque des dizaines de milliers de maisons ont ainsi été isolées... pour un euro symbolique. Plusieurs offres existent : l'une d'elles, approuvée à l'époque par le ministère de l'Environnement et lancée sous l'appellation Pacte énergie solidarité, est financée par les certificats d'économies d'énergie des fournisseurs d'énergie, et repose sur un partenariat avec Isover, qui fournit la laine minérale soufflée dans les combles puis tassée sur les solives pour réduire les ponts thermiques. D'aucuns ont cru y voir une arnaque : isoler les combles perdus d'une maison avait dans leur esprit un coût minimal de quelques centaines, voire un millier d'euros. Comment cela peut-il coûter un euro ? C'est en fait le résultat d'une mécanique bien huilée, qui peut surprendre car elle répond à un nouveau modèle d'exécution des travaux. Au lieu d'être construite en aval, en partant du devis établi auprès du client, l'offre l'est en amont, en industrialisant la solution d'isolation et la relation avec les professionnels qui la réalisent chez l'habitant.

 

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