Le plan d’investissement dans les compétences répond-il véritablement aux besoins des publics visés ?

Le Céreq publie un ouvrage dans sa collection "Échanges" qui compile une somme de contributions de chercheurs et d’universitaires relative au PIC, le plan d’investissement dans les compétences. Un état des lieux qui pose la question de l’efficacité de cet ensemble de dispositifs destinés à répondre aux besoins des publics éloignés de l’emploi en matière de formation.

À l’heure où les régions annoncent la finalisation avec l’État d’un accord sur le financement des Pric (plan régionaux d’investissement dans les compétences) plus favorable que les premiers arbitrages rendus en début d’année (lire notre article du 3 mars), le Céreq publie une série de contributions de chercheurs et d’universitaires, réunies dans un ouvrage collectif, qui interrogent l’efficacité du PIC dans sa capacité à répondre aux enjeux de la formation comme vecteur de retour à l’emploi. Car c’est bien là toute la promesse originelle du PIC : former et accompagner les personnes en difficulté sur le marché du travail en réduisant les inégalités d’accès à la formation et en facilitant le retour à l’emploi. Un objectif ambitieux qui s’est heurté, traduisent les différentes contributions, à la complexité des parcours d’insertion autant qu’à la diversité des publics visés. Si le PIC a indéniablement permis de "dynamiser l’offre de formation", les études révèlent en filigrane "les limites d’une approche centrée sur la seule remobilisation individuelle". En résumé, "proposer à se former ne suffit pas : il faut aussi relier formation et marché du travail".

Le PIC plébiscite la formation comme levier principal du retour à l’emploi. Or les publics visés sont par nature éloignés de l’emploi. Il n’y a donc aucune automaticité à ce que les formations conduisent les candidats vers l’emploi dans un laps de temps court ou durablement, estiment les auteurs qui décrivent un effet "file d’attente" qui conduit à dévaloriser certaines certifications et diplômes en raison d’une abondance de diplômés. Au bout du compte, "des jeunes dont les certifications sont censées leur donner accès à un emploi qualifié, occupent donc des places qui ne sont plus disponibles pour les non-diplômés".

Une évaluation "sévère" de la Cour des comptes

Le déploiement du PIC, explique Pierre-Yves Bernard, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Nantes, a donné naissance à un grand nombre de dispositifs, expérimentations et autres innovations pédagogiques dont les différentes études tendent à décrypter les effets concrets. Le PIC, rappelle-t-il, a fait l’objet en 2025 d’une évaluation "sévère" de la part de la Cour des comptes qui estimait alors que celui-ci n’avait pas transformé le système de formation, ni toujours atteint les publics cibles (lire notre article du 28 janvier 2025). À partir d’une enquête menée en région Bourgogne-Franche-Comté, Paca et Nouvelle-Aquitaine, les auteurs ont mis en lumière des inégalités "multiples et cumulatives" face au risque de chômage (origine sociale, genre, âge, territoire...) qui dépassent le simple niveau de qualification. Dit autrement, au regard des publics visés, "la formation ne peut constituer un levier vers l’emploi que si des facteurs de conversion adaptés sont réunis", tels que l’accompagnement renforcé, la restauration de la confiance envers les institutions ou encore la meilleure coordination des politiques publiques.

Vient ensuite la question du diplôme : est-il un réel Sésame pour l’emploi pour tous les employeurs, interroge la publication du Céreq ? Au-delà, les représentations et les déclarations émanant des dirigeants eux-mêmes évoluent selon le secteur d’activité, au point que dans certains métiers le diplôme ne constitue pas un a priori, comme ce peut être le cas dans la restauration. Ce que constatent les auteurs à ce sujet, c’est que l’accès à une qualification augmente la chance d’accéder à un emploi, mais dans des proportions moins importantes qu’imaginées. Un critère qui, au final, pèse moins que la capacité à apprendre dans l’entreprise.

Dans une seconde partie, l’ouvrage collectif s’attarde sur les dispositifs de formation et les formateurs eux-mêmes en pointant une "fragilité" des logiques partenariales à l’œuvre. À propos de l’accompagnement proprement dit, ils soulignent que l’individualisation des parcours (...) peut entrer en contradiction avec une réponse aux besoins du marché du travail local. Ils constatent en parallèle que "le social s’invite de plus en plus dans le champ de la formation et de l’insertion"... et vice versa ! Ce qui se traduit par un glissement vers des dispositifs "qui s’éloignent d’une action de formation pour viser l’accompagnement en vue de sécuriser les parcours et de proposer des demandeurs d’emploi à la formation". Pierre-Yves Bernard conclut ainsi à "un échec relatif" des politiques publiques en la matière, dans la mesure où seule une faible minorité des bénéficiaires de ces dispositifs accèdent à la qualification.

 

Pour aller plus loin

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis