Le rebond du marché du travail en 2021 a en partie gommé les effets de la crise

Taux d’emploi au plus haut, pour toutes les classes d’âge, taux de chômage au plus bas… Le marché du travail a quasiment effacé en 2021 le choc lié à la crise sanitaire en 2020. Cette "photographie" de l’Insee est temporisée par le conseil d’analyse économique qui invite, face aux difficultés de recrutement des entreprises, à mieux cibler les formations sur certains publics et aider davantage les PME dans leurs démarches d’embauche.

En 2021, "67,3% des personnes âgées de 15 à 64 ans sont en emploi au sens du Bureau international du travail (BIT)", révèle l’Insee dans l’étude "Une photographie du marché du travail en 2021" publiée le 9 mars. En hausse de 1,2 point en moyenne sur l’année par rapport à 2020 (-0,3 point), ce taux d’emploi s’établit à son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure (1975). Il augmente plus fortement pour les hommes (+1,4 point) que pour les femmes (+0,9). Avec un taux de 32,2% (plus haut niveau depuis 1992), l’emploi augmente fortement pour les jeunes (+3,3 points contre -1,2 point en 2020), grâce à un net essor de l’alternance et les stages qui contribuent à hauteur de +1,4 point à la hausse globale de leur taux d’emploi. Ce dernier continue sa progression chez les seniors, "ininterrompue depuis 2009", qui atteint +0,8 point, soit un rythme comparable à celui observé au cours de la dernière décennie.  

Le taux de chômage continue de baisser et s’établit en moyenne à 7,9% en 2021. Il se réduit en particulier pour les 15-24 ans, (- 2,6 points) pour s’établir à 18,9%, "le plus bas depuis 2002), indique l’Insee, mais il reste toutefois plus de deux fois plus élevé que pour la moyenne des actifs".

Le volume moyen d’heures travaillées reste en-deçà de 2019

La moitié des personnes en emploi sont en CDI (stable), 12,6% sont des indépendants et 6,6% en contrat à durée limitée (CDD, intérim). Ce dernier taux augmente à nouveau (+0,4 point), après trois années de recul, accentué en 2020 par la crise sanitaire. Pour la troisième année consécutive, la part des cadres (21,5%) dans l’emploi total dépasse celle des ouvriers, qui se stabilise quasiment en 2021 (+0,1 point, à 19,0%).

Le volume moyen d’heures travaillées (30,5 heures par semaine), qui avait nettement reculé en 2020 (-7,4%), rebondit (+5,5%), sans toutefois retrouver son niveau d’avant-crise (- 2,2% par rapport à 2019). La part de personnes en sous-emploi, notamment en situation de chômage partiel ou technique, diminue mais reste plus élevée qu’en 2019.

Le conseil d’analyse économique (CAE) modère de son côté la "photographie" de l’Insee. Si "le marché du travail français semble avoir récupéré du choc violent infligé par la crise sanitaire, ce constat au niveau national masque d’importantes hétérogénéités sectorielles et territoriales", indique le CAE dans une note diffusée le 14 mars 2022, pointant notamment la coexistence d’un niveau de chômage élevé et de difficultés de recrutements. Mais à l’instar des participants à un webinaire organisé le 1er mars par l’Observatoire des impacts territoriaux de la crise (OITC) considérant que les tensions de recrutement relevaient d’un problème structurel et non conjoncturel (lire notre article), le CAE estime que "la crise n’a pas fortement accru les problèmes d’adéquation entre offre et demande de travail sur le marché du travail français. Ceux-ci sont stables depuis 10 ans".

Des tests certifiés de compétences des demandeurs d’emploi

Face à ces constats, le conseil émet cinq recommandations visant à mieux cibler la formation sur les publics "moins qualifiés et plus éloignés de l'emploi, plutôt que d'en accroître le volume", et à accentuer le soutien aux entreprises, notamment les PME, dans leurs démarches de recrutement "plus pertinent pour atténuer les difficultés d’embauches".

Le CAE préconise ainsi "d’organiser la concurrence entre des prestataires choisis par le service public pour l’emploi : les entreprises choisiraient sur la base d’indicateurs de performance rendus publics, et de leurs propres besoins". Pôle emploi pourrait également "systématiser les tests certifiés et normalisés de compétences" des demandeurs d’emploi permettant aux entreprises "de mieux évaluer les capacités des candidats".

Enfin, concernant les dispositifs de soutien au marché du travail mis en œuvre dans le cadre de la crise sanitaire (activité partielle et baisse de charges), les auteurs de la note, François Fontaine et Roland Rathelot, invitent à en "améliorer l’efficacité" pour "éviter les effets d’aubaine". Ils suggèrent ainsi "d’intégrer l’activité partielle à un dispositif de bonus-malus réformé prenant en compte directement les dépenses d’assurance chômage et élargi à l’ensemble des secteurs et entreprises". Quant à l’Aide à l’embauche des jeunes (AEJ), si elle a permis d’augmenter d’environ 6% les embauches en contrats longs et CDI, elle s’avère moins efficace que le dispositif "zéro charge". Aussi, il convient "de concentrer les politiques de baisse de charge en période de crise sur des publics spécifiques, aux faibles niveaux de salaire et de manière limitée dans le temps".

 

 

 

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